Un jour / Une scène : « Eyes Wide Shut » de Stanley Kubrick – 1999
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Un peu plus de 10 ans sont passés depuis son précédent film et Kubrick nous offre le plus intimiste de ses films mais certainement aussi le plus personnel et le plus érotique de tous.
J’ai désespérément chercher en vain des scènes accrochantes et mémorables et j’ai été impressionné par le peu de choix sur le web. J’aurais pu vous montrer la fameuse bande-annonce qui est l’une de mes préférées sur la musique de Chris Isaak :
Revenons plus particulièrement au film maintenant. Encore une fois, il s’agit d’un long-métrage tiré d’un livre ou plutôt d’une nouvelle de l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler et qui est assez fidèle au livre je dois dire, particulièrement lorsqu’il s’agit de la mise en place de l’histoire donc du début du film.
On l’a dit, Kubrick nous fait rentrer dans les moments les plus intimes du couple… et quel couple puisqu’il s’agit de celui le plus connu des années 90 et qui n’est autre que Tom Cruise et Nicole Kidman.
Eyes Wide Shut reste pour moi l’un de ses films les plus mystérieux et je prends plaisir à le regarder et le re-regarder pour essayer de mieux le comprendre et mieux l’apprécier. On a devant nous un couple qui semble comblé et avoir réussi dans la vie, légèrement bobo on va dire mais dont un propos tenu par la femme va faire basculer cette vie qui nous paraissait si parfaite et sans problème. Elle avoue en effet avoir déjà eu de l’attirance pour un autre homme au début de leur relation. J’aurais d’ailleurs aimé vous montrer cette très grande scène mais je ne l’ai malheureusement pas trouvée…
Bref, cette discussion va changer toute la donne pour le mari qui va commencer à douter, à réfléchir, à essayer de comprendre ce qui ne va pas et où est le vrai problème. Sa quête va le mener vers un monde qu’il n’aurait jamais soupçonné et qui va le changer à jamais.
Kubrick nous parle ici de la banalité du couple, de sa crainte face aux pulsions sexuelles de chacun et de la nature humaine à nouveau. Doit-on rester si fidèle que cela au mariage ou peut-on se permettre d’avoir des rêves érotiques, d’avoir d’autres aventures sexuelles et aller au bout de ses fantasmes ? Chaque mentalité est différente mais quelle est vraiment celle de ce couple « parfait » ?
Dernier film avant sa mort, le réalisateur nous offre une vision tout à la fois pessimiste et optimiste de la vie d’un couple bourgeois moderne. On peut être choqué par ce film mais je n’en comprends aucunement la raison quand je vois ce qui se passe aujourd’hui dans notre société avec justement cette banalisation vulgaire du sexe, du mauvais goût et de la violence. Kubrick réussit à nous mettre mal à l’aise comme spectateur et à nous faire découvrir une nouvelle société primaire… et naturelle ?
La scène d’aujourd’hui est assez différente de mes propos ci-dessus et se situe au milieu du film lorsque Tom Cruise déambule dans les rues de New York, seul, un soir de pluie et où il va sentir la présence d’un homme intriguant le suivre au pas. A nouveau, faites attention à la musique qui baigne cette scène (et le film) et qui permet de faire monter la pression et le suspense, la crainte chez le spectateur. Il n’y a personne… Quelques voitures qui passent en faisant rouler leurs pneus sur des flaques d’eau et cet anti-héros que nous suivons sans trop savoir où il va.
Mélange de plan large et fixe, fondu enchaîné assez lent et travelling suivant les personnages. De même, on retrouve toujours chez lui un personnage qui nous est totalement étranger, que l’on voit de loin et qui nous inspire beaucoup de méfiance… nous sommes bien dans le cinéma de Stanley Kubrick.
J’espère, pour ceux qui ne connaissent pas encore le cinéma de Stanley Kubrick, que cela leur a donné envie de découvrir ses films et d’apprécier son énorme talent. Je recommande d’acheter bien entendu le coffret de ses films qui est sorti chez Warner Bros Vidéo.
Ici s’achève la rétrospective des films de Kubrick, à partir de lundi prochain, je commencerai une nouvelle section avec les films d’un autre grand réalisateur qui n’est autre que Steven Spielberg.
En attendant, je vous souhaite une bonne projo !
Si la vidéo ne marche plus :
http://www.youtube.com/watch?v=3DExkPNbo7I
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Ce qui prête davantage à la réflexion est pour moi la sélection sociale et non naturelle. Vous semblez, monsieur Edouard, vouloir légitimer la nature humaine présentée dans ce film, dans ce cas, le pessimisme est de rigueur après l’avoir vu. Faut-il accorder autant d’importance aux réseaux, cette question semble au cœur de ce film mais aussi annonciateur des années qui ont suivies (bulle internet; facebook et même les blogs?). Stanley Kubrick était il ce prophète annonçant des jours plus sombres?
Je n’arrive pas à comprendre votre commentaire. Qu’entendez-vous par réseau très exactement? Réseau social je suppose? Est-ce en rapport avec le rôle de Tom Cruise, qui justement se retrouve perdu face à ce monde qu’il ne connait pas et dont il n’appartient pas malgré sa position sociale et ses connexions? Le film montre-t-il pour vous que bien que nous soyons bien entouré et bien logé, cela n’est pour autant que l’on appartient à un groupe?
Oui, le film reste pessimiste mais la fameuse dernière phrase dit plutôt le contraire!
Cruise: « What are we gonna do now…? »
Kidman: « Fuck »
Monsieur Edouard, il va sans dire que cette dernière phrase résume à la fois le film mais aussi la carrière de monsieur Kubrick (d’où l’expression: « mais dis donc, t’es lubrique comme Stanley Kubrick »!). Trêve de grivoiseries, le propos, selon moi, est que cette « société » rêvée, reste cependant de l’ordre du fantasme. Agir, être dans l’action, vivre, tant au sein du groupe que pour le chalant appâté par un monde qu’il ne « touchera » certainement jamais, est imaginée et offre la réflexion qui mène à la jouissance (intellectuelle et non physique). Voltaire en son temps, qui n’a dailleurs guère évolué, avait tenté de faire de Ferney, la société parfaite. A la manière de Stanley Kubrick, ce dernier établit de nouveaux principe libertins mais ne rend pas l’homme meilleur pour autant.
Chère Armande,
Chacun interprète à sa façon le film qu’il regarde. Concernant celui-ci, comme je le dis au début du paragraphe, ce long-métrage reste un mystère.
C’est d’ailleurs grâce à vos commentaires que j’arrive à mieux le cerner et à m’en faire une idée différente. Votre vision est d’ailleurs intéressante à analyser, oui ça reste du fantasme puisqu’il assiste à cela, ce qui fait penser au voyeurisme.
Si je fais le lien avec ce qu’il se passe aujourd’hui, c’est parce que je ne vis pas dans le monde de Stanley Kubrick mais dans la vrai vie et dans la réalité des choses.
….
kidman : « Fuck »
…
lool
Mademoiselle Armande,
je pense qu’avant tout, ce film traite, comme notre cher Monsieur Edouard nous l’a bien dit, de nature.
L’oeuvre de Kubrick joue en général là dessus.. et comme d’habitude, il n’est pas péssimiste, mais il trouve simplement une incompatibilité entre les règles sociétaires et la nature de l’homme.
Mais il ne juge ni la société, ni la nature humaine.. simplement leur rapport..
Ces réseaux sont simplement des chemins secrets que l’humain emprunte afin d’atteindre ses fantasmes, son état primaire..
Internet, comme vous le disiez, est un de ses réseaux qui a comme fonctionalité annexe de permettre de vivre caché, et donc de dévoiler sa vraie nature..
Maintenant, je pense que ces réseaux ne sont qu’une partie du film dont l’ensemble complète l’étude de l’humain de Kubrick.
Je suis plutôt d’accord avec le commentaire d’Arthur. L’analyse est concrète et résume parfaitement le film, notamment le fait d’être caché (par des masques ou des écrans) afin d’atteindre ses fantasmes.
Très enrichissant, car Eyes Wide Shut est d’une rare complexité.
Pour revenir à l’article, il est vrai que cette scène est d’une intensité incroyable ! Kubrick était réellement un virtuose.