Un jour / Une scène: « La Pianiste » de Michael Haneke – 2009
Alors que Michael Haneke a gagné une Palme d’or à Cannes pour son film Le Ruban Blanc, revenons sur son film qui rafla en 2001 le grand prix et les deux prix d’interprétation : La Pianiste. Peut-être cela pourra-t-il nous aider à comprendre le cinéma de ce cinéaste autrichien.
Car le cinéma de Haneke est avant tout un cinéma sur la violence morale. A l’opposé donc de Tarantino qui propose une violence gratuite, décalée, facile par moment et disons gentille, Haneke prend beaucoup plus son temps, joue avec les nerfs du spectateur, jusqu’à le choquer, voire même le torturer avec des cadres simples, mais ultra réfléchis, filmant tout simplement la vérité et donc la vraie violence telle qu’elle existe dans notre société. C’est d’ailleurs à ce titre que l’on pourrait le rapprocher du cinéma de Stanley Kubrick. Disons que ce dernier représente un juste milieu par rapport à ces deux cinéastes. Les trois ont en tout cas un rapport commun à la musique. Aussi bien Tarantino que Kubrick et Haneke utilisent dans l’ensemble des musiques connues, qu’elles soient classiques ou non. Tarantino souhaite décaler le film de genre avec ce recours, Kubrick, instaurer un certain climat et enfin Haneke, dans La Pianiste, faire une critique de ce monde privilégié et embourgeoisé de la musique classique.
L’extrait peut-être difficile d’accès si vous n’avez pas vu ce film. Pour ces personnes, voici un résumé de l’histoire :
Erika Kohut, la quarantaine, est un honorable professeur de piano au Conservatoire de Vienne. Menant une vie de célibataire endurci chez sa vieille mère possessive, cette musicienne laisse libre cours à sa sexualité débridée en épiant les autres. Fréquentant secrètement les peep-shows et les cinémas pornos, Erika Kohut plonge dans un voyeurisme morbide et s’inflige des mutilations par pur plaisir masochiste. Jusqu’au jour où Walter, un élève d’une vingtaine d’années, tombe amoureux d’elle. De cette affection naît une relation troublante, mouvementée et perverse entre le maître et son disciple.
La scène suivante montre Isabelle Huppert qui, par pure méchanceté, va trouver un moyen de briser la carrière de sa jeune élève, en lui infligeant une torture malsaine et gratuite :
Comme dans Funny Games, Haneke impose à ses acteurs un jeu que l’on pourrait qualifier de mystérieux. On sait en effet rarement ce que les protagonistes pensent et on se demande même parfois si ces derniers savent eux-même à quoi ils songent. Agissent-t-ils plus par instinct animal ou plutôt par stratégie mûrement développée ? C’est ce qui nous est donné à voir dans cette scène dans ces premières minutes et en trois plans. Le premier filme l’actrice au niveau des épaules, puis un passage sur ce qui se déroule sur la scène, on revient enfin longuement sur Huppert en plan rapproché. A quoi pense-t-elle dans ce plan statique ? La seule chose que l’on sait est qu’elle ne peut regarder ce spectacle et décide plutôt de sortir rapidement dans la salle.
Haneke aime filmer de longs plans séquences. Ce qui, à mes yeux n’est pas si dérangeant que cela et au contraire permet d’instaurer cette ambiance si glauque et parfois même machiavélique. La preuve en image ici. Ces travellings ne ressemblent-ils pas à la caméra de Kubrick ? Cette atmosphère neutre et blanche ne nous rappelle-t-elle pas des scènes de Shining ou encore Eyes Wide Shut ? Cette fois, nous sommes dos à l’actrice qui continue toujours à réfléchir sur le pire moyen qu’elle pourrait trouver pour se venger du bonheur de cette jeune élève. Et puis l’on comprend rapidement sa stratégie. Elle revient doucement, comme si de rien n’était et Haneke s’attarde une dernière fois sur elle, montrant et insistant ainsi sur ce mystère qui réside en elle et cette absence totale de sentiments, de rancœurs et d’amour.
On peut penser que ce réalisateur incite à la violence et à la haine par son aspect misogyne assumé. Mais il est quelque part difficile de le détester tant il fait appel à des choses vraies et dérangeantes, insistant sur une certaine violence qui baigne dans chaque individu.
Articles associés
- Un jour / Une scène: « Heat » de Michael Mann – 1996
- Un Jour / Une scène: « Casablanca » de Michael Curtiz – 1942
- Un jour / Une scène: « Indiana Jones et le temple Maudit » – 1984
- Un jour / Une scène : « Duel » de Steven Spielberg – 1971
- Un jour / Une scène : « Les sentiers de la gloire » de Stanley Kubrick – 1957




0