« Antichrist » de Lars Von Trier – 2009

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Poster le : 19-06-2009 | Par : Edouard | Dans : Nouveaux Films

Il est difficile de faire une analyse de ce film. On l’aime ou on le déteste. Et pourtant, nous sommes partagés entre ces deux avis. D’un côté, il est scandaleux de montrer de telles images et d’aller aussi loin dans la provocation ; de l’autre, on ne peut nier la qualité artistique qui en émane et d’être autant happé par ces images et ce délire infernal. « Antichrist » est un film à ne pas renier et sera certainement considéré dans le futur comme l’œuvre phare du réalisateur Danois.


« Le scénario a été achevé et filmé sans grand enthousiasme, fait comme il l’avait été, c’est-à-dire en utilisant environ la moitié de mes capacités physiques et intellectuelles (…) Des scènes s’ajoutaient sans raison (…) Elles provenaient souvent des rêves que je faisais à l’époque, ou de rêves que j’avais faits à une époque antérieure de ma vie (…) En tout cas, je n’ai aucune excuse à offrir pour Antichrist. Rien d’autre que ma foi absolue dans le film – le film le plus important de toute ma carrière ». Ces propos de Lars Von Trier provoquent en nous une certaine compassion. Et pourtant, son film est morbide, glauque, noir, négatif, dépressif, horrible, misogyne, schizophrénique, machiavélique mais aussi beau, triste, poétique, évangélique et même magnifique…

Ce que l’on gardera de plus beau et de plus cruel sera sans conteste cette séquence de prologue. Dès la première seconde, elle envahit nos oreilles et nos yeux par la beauté plastique de l’image, avec sa couleur grise et froide mais aussi par la musique de Haendel Lascia ch’io pianga. En voici les paroles : « Laisse moi pleurer – Sur mon sort cruel – Et soupirer après la liberté – Que la douleur brise – Les liens de mon martyr – Ne serait-ce que par pitié ». Tout le film se résume en ces quelques mots.

Comment aborder Antichist ? Dans quelle catégorie pourrait-on le classer ? Est-ce un film d’horreur, un drame passionnel, un film fantastique, voir pornographique ou un film de genre ? Disons qu’il est plutôt inclassable pour toutes ces catégories qu’il aborde.

Divisé en quatre chapitres aux noms de La douleur, La peine, Le désespoir et Les trois mendiants, le film restera passionnant jusqu’à son avant-dernière partie, où un surtitre nous dit que Le chaos règne. On est en effet rapidement happé par cette histoire douloureuse en suivant ce couple qui va tout faire pour oublier un tragique accident et revenir à une vie normale.

Entrecoupé par des rêves majestueux que font les deux protagonistes, le film porte en lui un romantisme que l’on n’avait pas vu au cinéma depuis longtemps. Le recours au ralenti magnifie ces instants qui seront en fait la source du mal qui va petit à petit faire son arrivée.

On se rend rapidement compte que le mari ne joue pas vraiment son rôle et que sa façon de soigner son épouse provoque en fin de compte haine et hantises. Il est au final réduit à une certaine inutilité absurde et se rend responsable des actions de sa femme. Les envies extrêmes liées au sexe et à l’horreur font qu’il est difficile de discerner ce qui est l’ordre de la souffrance passive ou du désir actif. Il est beaucoup question de schizophrénie, d’exorcisme, de paranoïa et au final, il est difficile de savoir d’où vient cette animosité soudaine, bêtement imagée par des scènes insoutenables, inutiles et provocatrices. Le résultat qui en découle nous laisse malheureusement perplexe, perd le spectateur et casse la réflexion qu’il avait développée depuis le début de l’histoire.

Au final, chacun aura donc sa propre vision qui se sera construite sur différents éléments présentés par le réalisateur au cours du film : des photos, des livres, des sons, des peintures…

Même si une migraine se fera ressentir en sortant de la salle pour ceux qui seront restés jusqu’au bout, « Antichrist » a pour objectif de déranger le spectateur, mais aussi le faire réfléchir sur sa condition humaine et sur la part d’animosité qui réside en lui. Le meilleur moyen de le comprendre est d’aller le voir et de se faire sa propre opinion. Ce que nous vous encourageons fortement à faire.

En cadeau, ce petit film excellemment bien fait sur le film présenté durant le dernier festival de Cannes. On remarquera que Von Trier ressemble étrangement à Fassbinder…

Bonne projo !



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