« Milk » de Gus Van Sant – 2009
Rien à dire : Sean Penn a amplement mérité l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation d’Harvey Milk. Lui qu’on a tellement vu bougon, déprimé, fatigué, énervé ou stressé : ici nous le voyons enfin gai, illuminé, joyeux, optimiste et heureux. Ce qui prouve ainsi son talent pour interpréter des rôles aussi différents les uns des autres et rentrer entièrement dans la peau de ses personnages.
Malgré cela, la question que l’on pourrait se poser est la suivante : est-ce que Mickey Rourke aurait dû remporter l’Oscar à sa place pour sa performance dans The Westler ? La réponse est non. Et pourquoi allez-vous me demander ? Tout simplement parce que l’ancien boxeur joue son propre rôle à l’écran et non celui d’un autre. Je suis d’accord sur le fait que sa performance est puissante avec tout ce qu’elle porte de violence et de souffrance mais le vrai métier d’acteur est avant tout de rentrer dans la peau d’un personnage autre que soi-même et d’aller au bout de ses forces, comme Heath Ledger a pu le faire avec celui du Joker, ce qui lui a bien valu l’Oscar du meilleur second rôle masculin à titre posthume (comme pour Peter Finch dans Network de Sydney Lumet en 1976 et dont nous avons déjà parlé sur ce site).
Cela étant dit, revenons au film de Gus Van Sant. Comme on l’aura remarqué, le revoilà pour un film entièrement destiné au grand public, appelé plus communément a mainstream picture. Cela prouve deux choses mais que l’on savait déjà de cet auteur : d’abord qu’il arrive à passer facilement d’un genre à un autre sans faute, ensuite qu’il réussit à mettre certains ingrédients de ses films d’auteurs dans des films plus importants.
Il n’y a qu’à regarder les scènes d’intérieures et bien entendu la fin du film pour s’en faire l’ écho. Trois scènes particulières me sautent aux yeux :
La première scène se situe au moment où Harvey Milk explose de joie à l’annonce de son élection à la chambre des représentants de San Francisco. Gus Van Sant ne s’intéresse qu’à une seule et unique chose qui est son personnage, personne d’autre n’est filmé que lui malgré le fait qu’il soit si entouré. La caméra tente alors de le suivre tant bien que mal prenant alors la forme d’un documentaire. C’est comme s’il voulait montrer aussi sa solitude face à toute ces personnes et à ce milieu, ce qui permet de déjà conduire le spectateur sur la fin tragique de son ascension politique.
La deuxième scène se situe peu après, vers la fin de la soirée, au moment où Josh Brolin, sous l’emprise de l’alcool, vient s’adresser à Sean Pean en se confiant quelque peu face à lui. Vous vous souvenez de ce plan ? Il m’a tout de suite fait penser à celui dans Elephant où le jeune ange blond est face à la caméra, sur le côté droit et regarde en haut quand soudain arrive une jeune fille au loin approchant doucement vers lui et prenant forme à l’écran. Ici, c’est presque le même plan avec toujours ce recul de cet espace vide, bizarrement éclairé, quelque peu flouté et où les acteurs se situent sur le côté. Ici ce n’est pas un plan rapproché ni un plan américain mais autre chose d’assez innovateur je trouve dans son cinéma.
Enfin la troisième scène, la plus flagrante d’ailleurs, se situe lorsque l’on voit Brolin arpenter lentement les couloirs avec cette caméra qui la suit de dos comme dans Elephant, Gerry ou encore Last Days et qui nous emmène doucement et péniblement vers ce que l’on attend. En parlant de ça (et sans trop dévoiler l’intrigue), la scène de la fin a été quelque peu critiquée en disant que c’était du déjà vu et totalement classique. Certes, on pourrait le croire, mais il n’en est rien si on la regarde de plus prêt : si on fait bien attention au son qui envahit cette séquence, si on regarde bien la façon dont elle est filmée, et enfin si on prend le temps de la regarder, permettant ainsi que comprendre pourquoi il la fait durer en prenant son temps.
Grand fan du cinéma de Gus Van Sant, je suis heureux d’avoir vu un tel film qui, à priori, pourrait être considéré comme un film grand public mais qui est en fait parsemé d’éléments fondateurs du cinéaste et que certains intéressés ou passionnés ont peut-être pu reconnaître. Ainsi se créé le cinéma pour tous.
En cadeau, pour ceux qui ne l’auraient pas vu, un extrait de la cérémonie des Oscars où une belle pléiade d’acteurs remet à Sean Penn son prix du meilleur interprète. On félicitera aussi James Franco qui confirme encore une fois son grand talent d’acteur.
Bonne projo !




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