Une décevante «Infedelta Delusa» d’Haydn à l’Opéra de Lille

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Poster le : 09-03-2010 | Par : Edouard | Dans : Articles récents, Opéra

Tout comme l’Opéra-Comique à Paris, l’Opéra de Lille offre au public une proximité intime avec la scène et donc avec l’orchestre et les chanteurs. Ajoutez cela à ses prix attractifs (30 euros pour la 1ère catégorie) et la programmation d’un opéra de Haydn, il n’y a alors aucune raison pour manquer une belle soirée. Malheureusement, on se retrouve avec un résultat mitigé…

L’infedelta Delusa (L’infidélité déjouée) est un opéra en deux actes composé par Joseph Haydn en 1773 ampli d’allusions aux idées neuves avancées par les Lumières (les vrais sentiments l’emportent enfin sur les décisions fictives et imposées par les générations passées). La magie de ce petit opéra repose donc avant tout sur ses paroles plutôt que par son histoire un tantinet naïf : une fille fait face à son père qui souhaite la voir épouser un riche paysan alors qu’elle est amoureuse d’un pauvre fermier. Ce dernier, avec l’aide se sa sœur, va avoir recours à de multiples déguisements pour déjouer ce mariage arrangé.

L’œuvre fait écho sur de nombreux points aux opéras de Mozart et annonce son Cosi Fan Tutte. Après sa présentation au festival d’Aix-en-provence en 2008, cette production signée Richard Brunel passe par Lille après Monte-Carlo, Sceaux, Besançon, Bilbao, Toulon, Besançon et avant de poser bagage au Grand Théâtre du Luxembourg.

Sans rien n’apporter de neuf et de foncièrement marquant, cet opéra d’Haydn n’en est pas moins une œuvre fraîche et réjouissante parfaitement dirigée par Frank Markowitsch et son orchestre du Cercle de l’Harmonie. On sera cependant un peu plus sceptique face à une distribution vocale inégale et une mise en scène semi-contemporaine.

Une distribution inégale

Pour cause de problème vocal, le baryton Thomas Tatzl a du être remplacé au pied levé par Andreas Wolf qui chantait depuis la fosse tandis que Tatzl jouait muet son rôle son scène. On fut surpris d’apprendre cette nouvelle au début de la représentation alors que l’on savait que Wolf connaissait le rôle scénique pour l’avoir joué à Aix-en-provence. Reste que sa voix fut grave comme il faut, face au timbre de Claire Debono qui interpréta une dynamique Vespina et emporta le plus l’audience. (voir ci-dessous la captation faite au festival d’Aix-en-provence en 2008).

On regrettera en revanche un réel manque d’assurance provenant des voix de Iain Paton, Mari Eriksmoen et Julian Prégardien.

Une mise en scène inadéquate

La mise en scène de Richard Brunel semble faire l’unanimité mais elle nous a pourtant semblé inadéquate et peu attractive. Il semble d’ailleurs que le public fut du même avis, tout du moins lors du premier acte où l’un des premiers airs a été accueilli par de très pauvres applaudissements, faisant planer un froid au sein du théâtre. Avec ses décors sombre et en acier, Richard Brunel a souhaité reprendre «à sa sauce » les jeux issus de la Comédia del Arte mais en y apportant sa dose de contemporanéité qui ne colle malheureusement pas à l’œuvre musicale. Nous sommes sensés nous retrouver en plein été dans un village de Toscane et nous nous retrouvons dans une sorte d’usine de coton en pleine nuit… Même si l’on a pu apprécier les costumes et le jeux scénique, les décors et les lumières n’ont en revanche pas emporter notre suffrage. Dommage.

Malgré une très bonne direction sur instruments anciens interprétée par Le Cercle de l’harmonie, on reste dubitatif face à cet opéra plaisant et minime d’Haydn qui nous a laissé perplexe en raison d’une distribution peu en forme et d’une mise en scène décevante.



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