« Idomeneo » – Mozart – Théâtre des Champs-Elysées
Pour inaugurer son Festival Mozart, le Théâtre des Champs-Elysées commence les festivités avec une nouvelle production d’ «Idomeneo» de Mozart. Confiée à Stéphane Braunschweig, la mise en scène déçoit face à une direction dynamique menée par le jeune Jérémie Rhorer.
En 2009, le festival d’Aix-en-Provence avait confié à Olivier Py une nouvelle mise en scène d’Idomeneo de Mozart, son premier opéra séria composé à l’âge de 25 ans. Le résultat avait déplu tandis que nous y avions vu force et précision (d’autant plus qu’il s’agissait de la version viennoise avec ballet final). En 2011, le Théâtre des Champs-Elysées propose à son tour une nouvelle mise en scène, confiée au très philosophe Stéphane Braunschweig. Le résultat cette fois-ci déroute et suggère peu de choses. Le premier souci est d’ordre temporel. Pour conter cette histoire de filiation et de passation de pouvoir entre un père et son fils, Braunschweig a choisi de mélanger les époques et brouille ainsi la vision du spectateur. Le décor et les costumes du chœur renvoient directement aux années 70 (et on imagine à la guerre du Vietnam) tandis que les principaux solistes sont vêtus de costumes contemporains. Outre ce décalage inexpliqué, la direction apparaît plate et déjà-vue. Idoménée se languit contre le mur tout comme Elettra, le grand prêtre et Arbace sont constamment immobiles et font du sur place. Enfin, Idamente en rajoute constamment à force de se prendre le chou. Malgré cela, quelques beaux instants s’immiscent pourtant, essentiellement à la fin du deuxième acte ou lors de la venue d’un Neptune torse nu dans la fosse d’orchestre.
La fougue mozartienne de Rhorer
La vraie raison qui pousse à découvrir cette nouvelle production provient justement de cette même fosse où le chef Jérémie Rhorer et son orchestre du Cercle de l’harmonie donnent force à la partition de Mozart. On y sent ainsi toute la fougue et toute la jeunesse du compositeur autrichien à mesure que Rhorer accentue certains passages, propose des récitatifs décalés au pianoforte et impose à ses chanteurs des ornementations différentes de ce que l’on a l’habitude d’entendre.Cela change en particulier pour l’Idomeneo de Richard Croft. Habitué à ce rôle depuis qu’il le chante à travers le monde, son interprétation change ici légèrement de l’ordinaire même si on souhaiterait le voir moins rigide. Il est en tout autre de Sophie Karthäuser qui interprète une sublime Ilia tiraillée par l’amour et prête à se sacrifier pour sauver le peuple de Crète face à la fureur de Neptune. Face à elle, l’Idamante de la mezzo-soprano Kate Lindsey est scéniquement surfait mais la voix s’élève avec précision. Après cette représentation, une chose est sûre : on attend maintenant la fin de saison prochaine pour entendre Cosi fan tutte dirigé par Jérémie Rhorer dans la mise en scène classique d’Eric Génovèse.
Edouard Brane




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