Poster le : 22-11-2011 | Par : Edouard | dans : Nouveaux Films
Qu’un film comme « Two Gates of Sleep » puisse enfin sortir dans nos salles pourrait être digne d’un miracle. Présenté en 2010 à Cannes puis au Festival du film américain de Deauville, il aura fallu attendre plus d’un an pour voir le premier film d’Alistair Banks Griffin sur nos écrans. Il en était grand temps pour ce qui apparaît comme un tour de force osé, un véritable voyage transcendantal à découvrir.
Si vous ouvrez le numéro 670 des Cahiers du Cinéma daté de septembre 2011, vous y trouverez page 79 l’interview de trois génies issus de la génération new-yorkaise « do it yourself », comme la nomme si justement la revue française sur sa couverture. Antonio Campos, Sean Durkin et Josh Mond sont les fondateurs de la maison de production ultra indépendante Borderline Films. Après l’aliénant Afterschool d’Antonio Campos et en attendant le sectaire Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin, voici qu’arrive le spirituel Two Gates of Sleep d’Alistair Banks Griffin. Ce qui rapproche avant tout ces trois films ? Non seulement un nouveau ton qu’ils ont réussi à insuffler dans le paysage du cinéma indépendant américain, mais aussi, et surtout, une image commune signée par le même chef opérateur Jody Lee Lipes.
Ces trois films pourraient à ce titre former une trilogie dite de l’enfermement où chacun des personnages principaux serait enfermé dans une bulle les aspirant vers un monde inconnu, les éloignant de la société moderne à travers des médiums tels que la vidéo, l’hypnose et la forêt.Tel est le cas avec Two Gates of Sleep, traité comme un voyage transcendantal magnifié par de longs travellings sublimement photographiés rappelant les clichés de Thomas Struth. L’image n’est pas seule puisque la musique bourdonnante des violons permet d’installer une atmosphère à la fois morbide et romantique, entrainant le spectateur vers des abîmes funestes et funèbres.
Le synopsis du film est aussi court que la durée du film (1h18), sans en dire trop sur les mystères qui l’entoure : A la frontière de la Louisiane et le Mississippi, deux frères entreprennent une expédition pour honorer la dernière volonté de leur mère. Voyage initiatique donc pour ces deux frères au caractère bien différents. Jack est un être fort et affirmé, proche de sa mère, tandis que Louis est en retrait et moins clairvoyant. Autour d’eux, Bess, leur maman, semble vivre dans un rêve, elle qui voit venir à grands pas la mort tout en se souvenant de son passé et de son ancien foyer ravagé par un incendie. Cette famille vit dans une société régie par d’autres règles inconnues de tous, mais qui pourrait bien trouver une connivence avec les cinq phases issues de la cosmologie des Wuxing. Le feu, le bois, l’eau, le métal et la terre sont en effet autant d’éléments que l’on retrouve au cours de ce périple mortuaire. Celui-ci ira même jusqu’à provoquer une confrontation frontale entre ces frères qui en viendront jusqu’aux mains.
Two gates of sleep n’est pas Two gates to sleep : il ne s’agit donc pas de deux passages pour accéder à un rêve, mais de deux rêves différents : celui de deux frères maintenant abandonnés de tous, livrés à eux-mêmes. Après plusieurs passages initiatiques, l’un sera touché par la grâce, l’autre par la foudre. À l’image de l’homme sauvage chassant sa proie, la dépeçant et la dévorant sans état d’âme pour survivre, jusqu’où iront donc nos faux-jumeaux ( ?) pour arriver à leur destination ? Et surtout, quel chemin devront-ils emprunter ? Là réside véritablement le mystère de ce film bien différent de celui d’un Gus Van Sant ou d’un Terrence Malick malgré les apparences. Rien qu’en cela, il vaut entièrement le coup d’être vu et d’être découvert sur grand écran.
Vous qui avez toujours tout voulu savoir sur les organisations obscures et autres confréries (et pour ceux qui y appartiennent), rendez-vous au Musée d’art contemporain de Bordeaux pour l’exposition « Sociétés secrètes » qui s’y tient jusqu’au 26 février 2011. Visite guidée.
De 1993 à 2002, une série télévisée américaine a révolutionné le monde de la télévision par son concept mystérieux. X-Files flirtait alors avec le genre de la science-fiction et des sociétés secrètes. En 2011, son slogan « La vérité est ailleurs », devenu emblématique, reste toujours autant d’actualité. Il se peut pourtant que vous puissiez la trouver au musée d’art contemporain de Bordeaux où se tient l’exposition Sociétés Secrètes conçue par les commissaires Cristina Ricupero et Alexis Vaillant.
Signes et symboles
Il faut en préambule dire que cette manifestation tombe à point nommée. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la crise avance à grands pas et nos politiques font tout pour en faire reculer l’échéance. Qu’on le veuille ou non, et sans se voiler la face, elle se présente bel et bien devant nous, les bras grands ouverts. L’arrivée d’un tel événement n’est jamais bon pour les sociétés secrètes où les masques tombent un à un, faisant désordre sur son passage. Dernier exemple en date, la société Goldman Sachs qui, après avoir placé ses pionts à travers le monde sur l’échiquier politique et financier, se voit perdre de sa puissance. Ces organisations, du type des omniprésentes Franc-Maçonnerie et Scientologie, gravitent tout autour de nous sans même que nous nous en apercevions. Les signes et symboles représentatifs de ces sociétés nous frôlent pourtant quotidiennement. Après avoir parcouru cette exposition présentée sur deux étages, nous parions que vous ne regarderez plus certains objets de la même façon. Triangle, damier, échiquier, colonne, bougie, lune, marteau, compas, équerre, bougie : voici autant de repères pouvant porter à confusion et rendre les plus illuminés d’entre nous paranoïaques.
Initiation, maîtres occultes, conspiration
À ce titre, l’Art joue un rôle bien particulier. Le risque de présenter en effet une exposition artistique sur un tel thème n’est pas sans conséquence. Les commissaires ont pourtant réussi à la mener à bien et sans heurts, preuve d’une nouvelle ouverture d’esprit et d’un désir de révéler ces secrets si longtemps cachés. Le slogan de l’exposition résume d’ailleurs cette approche par ces mots : savoir, oser, vouloir, garder le silence. Plus concrètement, qu’est-on amené à découvrir en parcourant les étages de l’entrepôt Lainé situé à Bordeaux, ville si justement emblématique des sociétés secrètes ? Tout commence par le rez-de-chaussée où une grande porte noire pyramidale s’ouvre à vous. Une fois pénétré, le rite initiatique (et artistique) peut commencer. Divisée en cinq sections différentes (initiation, maîtres occultes, conspiration, savoirs occultes, états altérés de la conscience), cette visite débute comme un lancer de dé après avoir parcouru les premières pages d’un ouvrage tel que le livre dont vous êtes le héros. Le public n’est pas seulement invité à regarder une œuvre, mais à en déchiffrer son sens et le secret qu’elle cache en elle. Le tableau de Edward Kay, Family Secret (2011), pourrait ainsi en être le meilleur exemple.
En parlant de rite clandestin et au détour d’une salle au rez-de-chaussée, vous aurez la surprise de tomber sur le film Body Double 22 (2010) de Brice Dellsperger, une parodie transsexuelle du film Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Cette œuvre pouvant paraître abrupte, rappelle à quel point le cinéma est friand de ce thème comme le rappellent les films Complot de Richard Donner ou encore Les trois jours du Condor de Sydney Pollack. A noter aussi au même étages les œuvres de Goshka Macuga (The somnanbulist, 2006) et Eva Grubinger (The trial of Henry Kissinger, 2009).
Savoirs occultes, états altérés de la conscience
Après une partie sous les arches sombres et voûtées du musée, la suite de l’exposition prend une autre tournure dans un espace davantage éclairé et blanchâtre. À cet étage, d’autres films captiveront notre attention. Parmi eux, il y a celui de Kenneth Anger datant de 1969 intitulé Invocation of my demon Brother avec un Micke Jagger aussi hallucinant que dans le film Performance (1970) de Nicolas Roeg et Donald Cammell. Mais les œuvres les plus emblématiques de l’exposition (outre le nombre impressionnant de triangles que l’on rencontre) sont celles de Suzanne Treister. L’artiste anglaise a dessiné plusieurs tableaux à même de résumer au mieux l’histoire de ces sociétés secrètes et de leurs relations mutuelles. Qui plus est, elles sont complétées par un audioguide narrant une histoire de ces cercles exclusifs écrite par Gary Lachman, ancien batteur du groupe Blondy et grand adepte des traditions ésotériques occidentales.
Une fois arrivé au bout de cette imposante initiation, vous serez surpris par une œuvre des plus intrigantes : Dong (2006) de Julian Göthe. Dans un obscur et ténébreux espace s’échappe autour d’un miroir noir une lumière blanche quasi aveuglante. Cette œuvre pourrait résumer à elle-même l’objectif de cette exposition : découvrir le visible dans l’invisible. Si Sociétés secrètes nous délivre vaillamment quelques passe-partout pour mieux identifier ces organismes clandestins, on regrette simplement qu’elle ne délivre pas plus d’informations sur les œuvres présentes. Mais peut-être qu’il s’agirait alors d’élucider trop facilement des mystères qui vaillent mieux être gardés. Après tout, toute vérité n’est pas bonne à dire n’est-ce pas ?
A découvrir aussi sur Bordeaux :
Si vous êtes de Bordeaux ou de passage dans la ville, nous vous conseillons de visiter deux autres sites artistiques. Le premier est l’Institut Culturel Bernard Magrez. A l’image d’un François Pinault, ce nouveau mécène spécialisé dans la viticulture vient d’ouvrir sa première exposition d’Art contemporain intitulé L’Etoffe du temps. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une traversée temporelle dans l’art où vous aurez la chance de découvrir des œuvres de Picasso, Klein, Kentridge ou encore Giacometti et une vidéo de Mircea Cantor.
De son côté, le FRAC Aquitaine propose l’exposition Au loin, une île, une douce escale vers l’Angleterre. Consacrée à la scène artistique britannique actuelle, cette manifestation permettra de découvrir des œuvres à la fois moderne et contemporaine à l’image du Sea, Painting, Dunwish, Summer (2011) de Jessica Warboys créée pour l’événement. The Short and the Long of It 6.0 (2010-2011) de Uriel Orlow est quant à lui un dispositif fragmentaire ayant pour sujet l’immobilisation en 1967 de 14 cargos de nationalités différentes dans le canal de Suez.
Poster le : 16-11-2011 | Par : Edouard | dans : Nouveaux Films
Au long de sa filmographie en tant que cinéaste Mathieu Kassovitz s’est constamment intéressé à la place et à la représentation de la violence. Que cela soit au sein d’une banlieue (La Haine), d’un cercle familial (Assassin(s)) ou aujourd’hui d’un peuple opprimé (L’Ordre et la Morale), son cinéma bouscule par son propos mais aussi par l’engagement qu’il porte pour ses projets. Nouvelle preuve en date : la réalisation de son dernier film, projet qui a mis plus de cinq à se faire et ayant rencontré de nombreux problèmes scénaristiques, logistiques et naturellement politiques. L’ordre et la Morale est un film rare et précieux malgré ses défauts (si propre au cinéma français) entre mauvais jeu d’acteurs et prononciations défaillantes. Pourtant, difficile de lui en vouloir. Premièrement parce que les acteurs sont majoritairement non professionnels, secondo pour le désir de Kassovitz d’être à la fois devant et derrière la caméra, ce qui lui incombe forcément moultes tâches à gérer et à paramétrer.
Au delà de l’histoire même traitée dans ce long-métrage (la prise d’otages de gendarmes retenus par un groupe d’indépendantistes Kanaks en 1988 en Nouvelle-Calédonie), Mathieu Kassovitz soulève un problème de taille portant sur la responsabilité politique de nos dirigeants. A l’heure où le printemps arabe a su démontrer avec virulence la limite de certains gouvernements et à la veille de nombreuses élections présidentielles (française, américaine et russe), on peut dire que ce film tombe à point. Comme chacun sait, toute vérité n’est pas bonne à dire mais en cas de force majeure, quelle attitude faut-il alors adopter ? Le titre du film donne une réponse, ou du moins livre une piste soulignée par cette phrase finale : La vérité blesse, le mensonge tue. Engagé mais ne prenant aucunement parti, Kassovitz ne souhaite pas donner de réponse toute faite mais préfère questionner nos politiques sur leurs actes souvent inconscients et soulever la polémique à travers cet exemple sanglant qu’on pourrait purement et simplement appeler du gâchis.
Après Crime et Châtiment, Mensonge et trahison, voici donc L’Ordre et la Morale, titre emprunté à l’ouvrage du négociateur Philippe Legorjus La morale et l’action dont le film est grandement inspiré. D’un côté, la force militaire prête à tout pour stopper un enlisement diplomatique (L’Ordre), de l’autre, une volonté politique, éthique et sociale de régler un problème par le dialogue (La Morale). Tout le problème viendra de ce mélange des genres dont un homme, Philippe Legorjus (Mathieu Kassovitz) se retrouvera prisonnier. Avec lui, le spectateur se trouvera pris dans le même filet. La caméra en tisse la toile habillement par le biais d’une réalisation efficace, quasi-subjective (on pense à la séquence de l’attaque de la gendarmerie et à la séquence finale) et dotée d’une musique crescendotique signée Klaus Badelt, collaborateur entre autre de Terrence Malick sur La Ligne Rouge auquel le film fait symptomatiquement résonnance.
Le cinéma français a, à coup sur, retrouvé un cinéaste qui porte en lui une fureur semblable à celle de ses confrères des années 70. Cela fait du bien.
Poster le : 16-11-2011 | Par : Edouard | dans : Opéra
Il aura donc fallu attendre trente ans avant que La Force du destin ne revienne au programme de l’Opéra National de Paris. Ce sacrilège est aujourd’hui bel et bien réparé avec la nouvelle production signée Jean-Claude Auvray. Attendue, celle-ci baigne entre l’époque du risorgimento et du romantisme, sans véritablement convaincre.
C’est peu dire que La Force du destin était attendue à Paris. Trente ans que les spectateurs parisiens essayaient de la guetter au gré des saisons qui se succédaient. 2011 aura donc été l’année salvatrice de ce mal qui commençait à devenir de mauvais augure. Coproduite avec le Liceu de Barcelone, la nouvelle production proposée en première à l’Opéra de Paris a été confiée à Jean-Claude Auvray. Illustre metteur en scène d’opéra, Mr Auvray n’en est pas à son coup d’essai, lui qui a déjà mis en scène de nombreuse fois La Force du destin par le passé. À partir de ce constat se pose immédiatement la question de savoir pourquoi Nicolas Joel a choisi un metteur en scène de l’ancienne génération pour une telle reprise. Car le résultat n’est que des plus classiques et manque de folie et d’énergie.
Le principe est ici simple : reprendre le système des toiles peintes par addition ou soustraction (…) afin de créer des images davantage suscitées par le discours émotionnel de la musique, que par l’action purement narrative vécue par les personnages. Ce parti-pris permet de créer de belles images magnifiées par la lumière de Laurent Castaingt et les somptueux costumes d’époque de Maria-Chiara Donato (fin de l’Acte 1 dans l’église du couvent, début de l’Acte 2 avec la plainte mélancolique de Don Alvaro et finale dans l’ermitage). Mais qu’en est-il du reste ? Que ceux qui s’attendaient à voir un grand spectacle passent leur chemin, le budget semblant être directement allé dans la production de Faust de Jean-Louis Martinotti. Nous aurions par exemple préféré redécouvrir l’excellente mise en scène de David Alden présenté en 2006 à l’Opéra de Munich. Il sera en revanche intéressant de découvrir la captation audiovisuelle de cette nouvelle production réalisée par Olivier Simonnet. Pour cela, il faudra se rendre dans les salles de cinéma le 8 décembre prochain pour se faire une meilleure idée de cette mise en scène somme toute cinématographique.
La force de Philippe Jordan
Rien ne l’arrête, il triomphe dans tous les répertoires qu’il dirige. Après son imposante tétralogie wagnérienne et son Cosi Fan Tutte à Garnier, le chef d’orchestre Philippe Jordan se voit de nouveau couronné maître de la soirée grâce à sa puissante direction. Il faut le voir diriger pour le croire : le buste relevé et la tête haute, la rigueur germanique passe parfaitement chez Verdi. Habituée à être entendue lors de nombreux concerts et autres récitals, l’ouverture si connue de La Force du destin n’a jamais aussi bien résonné que dans l’enceinte Bastille grâce à des cuivres et des percussions élevées au plus haut niveau. Autre moment de grâce, le Pace,Pace entonné par la vigoureuse Violeta Urmana (Donna Leonora) accompagné par la gracieuse harpe d’Emmanuel Ceysson.
Porté malade, Marcelo Alvarez a laissé sa place au ténor spinto Zoran Todorovich (Don Alvaro) qui se débrouille tant bien que mal à la différence du baryton Nicola Alaimo (Fra Melitone), grande révélation de la soirée par sa présence physique et son enthousiasme. À ses côtés, la basse Kwangchul Youn (Padre Guardiano) maintient une voix ecclésiastique à en faire perdre la foi. Il manque simplement de l’audace et du panache à cette production qui ravira les adeptes du genre classique. Qu’importe, la musique est bien à son avantage : Viva V.E.R.D.I comme qui dirait.
Et si, arbitrairement, on mettait les artistes face à dex choix cornéliens en braquant sur leurs visages -si sympathiques- nos caméras inquisitrices ? C’est cela Opérabox: bombarder un artiste de questions qui font sens (ou pas du tout) et laisser à la virtuosité de leur esprit le soin de les tirer de cette mauvaise passe.
OPERABOX#3 => Patricia Petibon – Soprano
A l’occasion de la sortie de son disque « Melancolia ».
La mélancolie se détache de la nostalgie par ce qu’elle représente de noir et de plus profond. Avec le nouvel album de Patricia Petibon, la notion de mélancolie prend de nouvelles couleurs, à commencer par le rouge qu’elle entretient si bien. La rousse préférée des français confie ici sa difficulté à faire un choix tout comme son désir de s’exprimer « nue » sur scène.
Avec la (re)création du Ballet « La Source », l’Opéra de Paris nous plonge dans un romantisme éblouissant grâce aux costumes conçus par Christian Dior et au danseur Etoile Mathias Heymann.
1866. L’Opéra Garnier n’existe pas encore et c’est vers la salle de son prédécesseur rue le Peletier qu’il faut se rendre pour découvrir La Source, nouveau ballet de l’Opéra de Paris. Chorégraphiée par Arthur Saint-Léon sur la musique de Léo Delibes et Ludwig Minkus, l’œuvre fut interprétée 69 fois avant de disparaître suite à l’incendie qui ravagea la salle en 1873. Résultat : presque toute trace du ballet fut réduite en cendre. La fin d’un mythe ? Pas si sûr. Lorsque l’ancien danseur étoile Jean-Guillaume Bart entend pour la première fois la partition en 1990, il ne se doute pas que vingt ans plus tard, cette œuvre sera de nouveau en haut de l’affiche de l’Opéra Garnier avec son nom gravé en grand.
Cette nouvelle Source est non seulement un beau pari, mais surtout un rêve devenu réalité pour un chorégraphe épris du ballet classique et de romantisme, avant tout guidé par la musique. Sa réussite tient à une équipe qu’a su intelligemment rassembler Brigitte Lefèvre, directrice de la Danse de l’Opéra de Paris, avec au premier rang le couturier Christian Dior. Bénéficiant du soutien de Swarovski, ses costumes semblent eux aussi sortis d’un long sommeil entre tulle de soie, tweed et saris scintillants. Il suffit ainsi de voir s’élancer ces vingt Nymphes et leurs ports de bras pour s’en rendre compte.
Mathias Heymann, elfe prodige
Elles ne sont cependant pas les seules à briller sur scène. Autour d’elles, le danseur Etoile Mathias Heymann n’en finit pas d’impressionner et de récolter les applaudissements les plus élogieux. Son elfe Zaël, copie du lutin Puck dans le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, est si marquant, enjoué et présent que le ballet pourrait porter le nom de son personnage. On aura en effet beau chercher : de « source », il n’y en a malheureusement aucune trace dans la scénographie d’Eric Ruf. Au lieu de cela trônent une forêt de guindes et un « palais » de velours faisant directement écho au rideau de scène en toile peinte de la scène de l’Opéra Garnier. D’après son collège dramaturge Clément Hervieu-Léger : « le décor n’est plus la reconstitution d’un lieu, mais l’expression d’un paysage mental ». Admettons : quitte à toutefois penser qu’un peu plus d’herbe, d’eau, de fleurs et de monuments auraient été les bienvenus.
L’imagination quant à elle émanera surtout de la musique enlevée et brillante de Delibes face à celle mélancolique de Minkus. L’ensemble de ces talents réunis permet en tout cas de placer La Source comme une création unique du Ballet de l’Opéra de Paris. Grâce à sa captation audiovisuelle le 4 novembre, on sera rassuré de savoir qu’il restera une trace entière et nécessaire de ce ballet qui inspira même Edgar Degas pour son tableau Portrait de Mlle Eugènie Fiocre dans le ballet « La Source ».
Poster le : 25-10-2011 | Par : Edouard | dans : Opéra
C’est l’automne et cela se sent. Les températures ont l’habitude d’évoluer au gré des jours avec le changement climatique, les créations d’Olga Neuwirth suivent les mêmes précipitations. Le Festival d’Automne à Paris et l’Opéra de Paris viennent de nous le démontrer en ce 24 octobre en présentant au Palais Garnier Kloing ! et Hommage à Klaus Nomi, a Songplay in Nine Fits, deux œuvres contemporaines de l’artiste autrichienne.
L’une combine automne et été, l’autre hiver et printemps. Pour en saisir les détails, il faut avant tout connaître un tant soit peu Olga Neuwirth et son œuvre. Entre classique, cinéma et jazz, cette compositrice contemporaine touche-à-tout d’une quarantaine d’années a vécu à travers le monde : de San Francisco aux États-Unis en passant par l’Autriche et l’Allemagne. Depuis 1993, elle s’inspire de multiples sources artistiques pour créer des œuvres intemporelles et envoutantes dans la seule optique d’emmener son public vers de nouvelles expériences émotionnelles. Ce fut précisément le cas au Palais Garnier où l’artiste a véritablement emballé les auditeurs, entre fins connaisseurs et néophytes en la matière.
Kloing !
En parlant de matière, celle de Kloing ! pourrait être difficilement palpable tant l’intelligence artificielle remplace l’être humain. Dans cette œuvre créée en 2008, Neuwirth s’amuse à faire dialoguer trois instruments dans une mésentente totale. D’un côté figure sur grand écran le premier automate musical mécanique, de l’autre sur scène un piano-machine jouant tout seul avec, face à lui, un pianiste virtuose en la personne de Mario Fromenti. Chacun jouera ce qu’il veut, quitte à improviser et se livrer à une violente bataille sonore représentée à l’écran par des images variées : un cartoon de Tom et Jerry, une caméra filmant le clavier du piano-machine et des images d’archives de pianistes renommés. Déroutant au premier coup d’œil, la magie opère rapidement. C’est avec des brides de morceaux mélangés de Liszt, Chopin et Ravel que les sens se réveillent en nous pour finir dans un silence total.
A Songplay in Nine Fits
Pour la deuxième œuvre, le principe est le même : à savoir reprendre les airs connus du chanteur Klaus Nomi en les re-composants avec des caractères harmoniques et mélodiques modifiés. Cela donne par exemple, pour l’air du froid tiré du Roi Arthur de Purcell, une version encore plus hivernale, lente et mélancolique, que celle de Nomi (son morceau le plus connu). Ces neuf « ajustements » qui se succèdent représentent donc un voyage onirique à travers la mer pour redécouvrir le travail du chanteur inclassable et unique en son genre, mort du sida en 1983 dans une triste solitude. Ces extraits sont interprétés par le contre-ténor Andrew Watts qui s’amusent à réadapter lui-même les déplacements habituels de Nomi tels ces mouvements de poupées mécaniques devenus aujourd’hui cultes. Pour ceux qui souhaitent découvrir l’œuvre d’Olga Neuwirth, il n’est pas trop tard. Rendez-vous le 15 décembre à la Cité de la Musique pour Construction in Space. Vous aurez ainsi la chance d’y découvrir son œuvre créée en 2000 à l’occasion des 75 ans de Pierre Boulez.
Poster le : 22-10-2011 | Par : Edouard | dans : Opéra
Lulu de Alban Berg n’est pas un opéra facile d’approche. Pourtant, son titre et son histoire pourraient prouver le contraire, tout comme la production de Willy Decker à l’Opéra de Paris.
A l’image du roman Barry Lyndon de l’auteur William Makepeace Thackeray, Lulu traite-t-il de l’ascension et la déchéance d’une femme moderne, voir contemporaine, ou davantage d’un monstre né ? La tragédie de Frank Wedekind donnait déjà la réponse à l’heure où d’autres compositeurs représentaient déjà la femme sous les traits d’une dominatrice semant sur son chemin l’effroi et la mort. Le début de la saison 2011/2012 de l’Opéra de Paris a suivi lui aussi ce sentier en présentant, comme le note judicieusement la revue de l’opéra En scène, trois figures de femmes impitoyables et manipulatrices : Salomé, Vénus et Lulu. Diminutif d’une Lucienne ou d’une Louise, l’appellation de cette Lulu trouve son origine dans celle du mot: lièvre. Aujourd’hui, Lulu est souvent reliée à l’image d’une femme de joie, autant dire un être qui saute constamment à droite à gauche dans une optique de survie. C’est pourtant bel et bien le destin de notre héroïne qui finira dans les bras (et les mains) de Jack l’Éventreur. Et qui dit prostitution, dit forcément voyeurisme. C’est sur ce détail que repose principalement la mise en scène de Willy Decker.
Verticalité
Scindé en deux parties, basse et haute, Decker place ses protagonistes au premier plan et laisse libre champ dans le second à un ensemble d’hommes mystérieux suspendu en hauteur, tour à tour journalistes, fêtards, assassins ou encore proxénètes. Ces hommes vêtus d’un chapeau et d’un manteau noir style année 50 inspirent forcément peu confiance. Ils sont tous l’inverse de nos personnages principaux sortis tout droit d’un cirque ambulant… et déambulant tels des animaux d’attractions. Par cette verticalité scénique, les montées et descentes des chanteurs entre les deux parties se juxtaposent parfaitement à la musique dissonante de Berg qui laisse place à un usage particulier du saxophone et du xylophone. Cette sonorité, qui pourrait étrangement avoir des connivences avec la musique des années 80, sert les chanteurs dans un parlé-chanté parfois confus et brouillon, mais qui prend son envol au fur et à mesure des actes, des meurtres et suicides perpétrés tout le long de l’histoire. Il est simplement dommage que le demi-cercle de la partie basse modifie constamment la voix des chanteurs passant d’une sonorité parfaite à une audibilité trop variable. Difficile d’accès, mais dont il faut persévérer l’écoute en suivant son histoire, Lulu (comment passer à côté de son final ?) n’en reste pas moins saisissant par sa monstruosité animale qui place cette œuvre dans une contemporanéité sans démesure à l’heure où la crise financière et la débandade bat son plein. Berg avant-gardiste ? Plus que jamais.
Depuis qu’ « Intouchables » est diffusé en avant-première à travers toute la France, le dernier film d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache ne désemplit pas. Le succès annoncé du mois de novembre (et de l’année ?) semble déjà montrer son nez au gré des séances qui se multiplient. La réaction est souvent la même : rire déployé, applaudissement à tout rompre et standing-ovation méritée pour une œuvre réussite et touchante, au sujet pourtant bien casse-gueule. Dernière preuve en date, l’accueil unanime réservé à l’équipe du film le 17 octobre dernier au Publicis où le film était présenté aux internautes les plus influents du web. Voici la retranscription du débat ayant eu lieu à l’issue de la projection.
« Le moins personnel des sujets est celui que l’on sait le mieux exprimer sur nous »
Eric Toledano
Votre histoire s’inspire de la vraie vie du tétraplégique Philippe Pozzo di Borgo et de sa relation avec son aide-soignant Abdel Sellou. Comme ont-ils réagi à l’humour du film ?
Eric Toledano : Pour le moment, Philippe a vu le film, à l’inverse d’Abdel. Pour vous donner une idée de l’humour de Philippe, voici une anecdote : nous avions rendez-vous tout à l’heure, mais nous étions en retard… Nous sommes donc arrivés auprès de lui en nous excusant sur quoi il a répondu : « Vous savez, moi, je ne bouge pas ». C’est lui qui nous a autorisés à aller vers cet humour. Il nous a montré à quel point la blague et la vanne pouvaient amener à un autre genre de relation.
Il s’agit ici de votre meilleur film et pour Omar Sy de son meilleur rôle. Après deux films personnels, pourquoi avoir spécifiquement choisi cette histoire ?
ET : Nous travaillons en commun avec Olivier depuis toujours. Nos premiers films peuvent aujourd’hui apparaître comme de simples tentatives, mais sincères. Nos jours heureux était un film de vacances léger, ce qui n’était pourtant pas du tout le cas pour nous. Nous nous sommes rencontrés en colonie et nous éprouvions une vraie nostalgie pour cette période. Nos comédies se sont construites sur des résonnances personnelles telles que la famille comme dans Tellement proche.
Pour Intouchables, après vision du documentaire consacré à Philippe Pozzo di Borgo, il nous est apparu que tout ce que nous avions envie de raconter était présent dans cette histoire. J’ai l’habitude de dire que le moins personnel des sujets est celui que l’on sait le mieux exprimer sur nous. Nous sommes nous même un binôme et nous arrivons à nous laisser la place pour exister. C’est aussi ce qu’il se passe à l’écran car nous sommes complémentaires, tout comme les personnages l’ont été. On a ainsi pu trouver une façon d’écrire qui nous est aussi propre. C’est aussi le cas des grands réalisateurs que l’on admire depuis que nous sommes jeunes: ce qui est intéressant est de découvrir leur vision sur un sujet choisi. Il était temps de ne pas raconter notre vie qui n’est peut-être pas si passionnante que cela. Cette histoire était un coup de foudre. On est enthousiasmé par votre accueil, mais dans le chemin qui nous amené ici, plusieurs difficultés sont advenues. Quand on racontait le pitch au producteur en expliquant dès la première ligne qu’il s’agissait de l’histoire d’un tétraplégique, on nous répondait : « Mais pourquoi les mecs ? Vous qui étiez si sympa là… qu’est-ce que vous allez faire là-dedans ? » On savait qu’il y avait un réel défi et c’est cela qui nous a intéressés. Mais je vais plutôt laisser la parole à ma femme.
Olivier Nakache: Merci chérie (Rires). Quand on a vu en 2003 le documentaire dont est tiré le film, l’image où l’on voit Abdel porter Philippe nous a profondément marquées. Nous avons été saisis par la relation entre ces deux personnes opposées. Cette image a déclenché un mille-feuille d’idées ! On a donc essayé de retranscrire l’émotion émanant de cette image.
Omar Sy, avez-vous rencontré avant le tournage votre personnage ?
Omar Sy : Je l’ai pour la première fois rencontrée il y a exactement une heure !
Comment avez-vous construit dans ce cas votre personnage ?
OS : J’ai rencontré Philippe au Maroc bien avant le tournage et le scénario donnait déjà beaucoup d’indications. Cela m’arrangeait de ne pas le rencontrer tout de suite, car j’avais envie d’apporter quelque chose de neuf à cette histoire. Avec mon propre vécu et mon travail, j’ai pu apporter de nombreux détails.
Comment voyez-vous ce rôle après tout ce que vous avez pu faire ?
OS : Je pense que c’est très bien. (Rires) Je sens au fil des projections qu’il y a quelque chose de particulier avec ce film. En lisant le scénario, j’ai tout de suite senti que quelque chose se passait. Je suis tout simplement en train de kiffer !
Le couple que vous formez avec François Cluzet est vraiment touchant. Ceci vous a demandé beaucoup de travail ou cela s’est fait spontanément ?
OS : Il y a eu du travail, forcément, mais il y a aussi eu quelque chose de magique. Olivier parlait tout à l’heure de mille-feuille d’idées, il y en a aussi dans les rencontres. Il y a celle de Philippe et Abdel, celle d’Eric et d’Olivier, celle d’Olivier et Eric avec Philippe, puis la rencontre avec François et moi… Il s’est passé quelque chose entre nous. Nous nous sommes tout simplement rencontrés. Il n’y a pas eu d’effort pour se plaire ou se draguer. Cela s’est fait dans l’envie de faire un film ensemble. C’est donc une belle «rencontre-filmée». La prochaine rencontre se fera, je l’espère, avec le public.
Aviez-vous déjà lors de l’écriture vos acteurs en tête ?
ET : Cela va paraître démagogique, car il est à côté de nous, mais sans Omar, nous n’aurions jamais pu faire le film. Nous le suivons depuis ses débuts, nous avons toujours cru en lui. Auparavant, ce n’est pas qu’il s’ignorait ou s’excuser d’être là, mais il n’a tout simplement pas passé le même cursus que les autres acteurs. Il fallait lui donner la possibilité de s’exprimer. Nous avons toujours su qu’il fallait aller fouiller au fond de sa personnalité. Nous lui avons donc montré le documentaire en question avant de commencer à écrire pour lui tout en lui demandant s’il était partant pour cette aventure. Nous savions aussi que son vécu pouvait faire échos à cette histoire avec ce qu’il avait pu connaître dans sa jeunesse. C’est aussi pour cela que le fait de ne pas rencontrer Adbel était intéressant. C’est un rôle de composition qui reflète avant tout sa personnalité. Ce qui est moins le cas chez François Cluzet. Il a été d’un courage et d’une conviction emblématique pour rester assis dans un fauteuil pendant 12 semaines ! Il fallait être concentré au maximum et arriver à composer ce personnage qu’à travers le regard. François Cluzet est habité par la passion. On a rencontré beaucoup d’acteurs, mais de cette intensité, c’est vraiment rare. Nous avons en plus énormément appris face à un acteur qui a une sacrée expérience. Quand Omar parle de rencontre, ce sont avant tout celles qui vous changent.
Omar, est-ce la première fois que vous faisiez du parapente ? Et que s’est-il passé avec votre chaussure pour qu’il n’en reste qu’une seule à votre pied ?!
OS : Pour le parapente, oui ce fut la première fois et j’ai vraiment adoré ça ! J’étais content d’en faire alors que François, durant le tournage, n’en était pas vraiment fan. Pourtant c’est l’inverse qui se produit à l’écran ! Pour la chaussure, c’est la jeunesse ! Quand on est jeune, on veut crâner, on ne fait pas ses lacets et on perd ses chaussures. Au début c’est amusant, mais au bout du troisième saut, on ne sent plus rien tant votre pied est un glaçon. (Rires)
Est-ce que Fred Testot a vu le film ? Si oui, a-t-il été jaloux ?
OS: Il a vu le film très tôt et il a adoré. Il n’y a pas de sentiment de jalousie entre nous deux. C’est une autre histoire d’amitié entre nous et au contraire, il est ravi et fier pour son ami.
Qui de vous deux a écrit les dialogues ?
ON : Nous les avons écrits à deux. On connaît bien Omar donc on a écrit pour lui connaissant bien ses vannes. Il est très dans l’instantané. Quand on envoie quelque chose à Omar, on sait qu’il part parfois en improvisation… mais toujours contrôlée !
ET : Quand nous sommes partis dans le Nord par exemple, on a bien précisé que c’était lui qui avait proposé auparavant Dunquerke. Nous n’avons rien contre les gens de cette ville.
ON : C’est vrai ! Mettait une autre ville, vous allez voir, ça fait moins rires ! Essayez avec Avignon par exemple… (Rires)
Le film porte en lui quelques clichés sur la vie de banlieue. Etiez-vous obligé de les montrer de façon aussi exagérée à l’écran ?
OS : Pour moi, l’une des fiertés de ce film est que l’on montre la banlieue justement sans clichés. Je ne peux pas entendre dire ça, car nous n’avons rien voulu souligner. Nous l’avons montré dans son authenticité. Peut-être que cela dérange de voir des mecs à huit dans une baraque avec une toute petite baignoire, mais c’est la réalité. Le cinéma sert aussi à ça : les montrer comme ils sont, sans clichés. Le personnage de Driss vient de là. Quand on ouvre la porte à des gens comme ça, ils peuvent changer. C’est aussi ce que le film raconte. Je l’ai vécu moi-même et je n’ai aucun problème avec ça. Le film est inspiré d’un fait réel, mais on reste aussi dans la fiction. Il n’y a aucune gêne vis-à-vis de ce traitement.
Quelle est la part de fiction-réalité ?
OS : Bah la fiction, on a inventé tout le passage sur la banlieue justement ! (Rires)
ET : En fait, Abdel a été élevé dans une pension en Suisse (Rires). La vraie histoire date en fait d’une quinzaine d’années. Nous l’avons donc adapté au monde d’aujourd’hui. Dans les grandes lignes, il s’agit de la réalité. Ils s’amusaient ainsi à semer les policiers en voiture, Abdel a reconnecté Philippe à la séduction… Ce qui est peut-être moins vrai est qu’Abdel ne s’est pas mis à peindre et ils ne sont malheureusement pas allés voir Der Freischutz à l’Opéra Comique avec l’homme en arbre…
La force de votre film provient aussi du fait qu’il s’agit de deux êtres handicapés. Le premier dans la vie physique et l’autre dans la vie sociale. Comment avez-vous travaillé ce point précis ?
ON : Vous l’avez très bien résumé, les deux personnages sont handicapés. Il s’agit de la rencontre de deux solitaires dont l’histoire est véritablement extra-ordinaire. A eux deux, ils deviennent intouchables.
SurTwitter, Laurent Ruquier pense qu’il s’agit du « Tchao Pantin » d’Omar Sy. Qu’en pensez-vous ?
OS : Je ne suis absolument pas dans le calcul. Je n’attends rien et je suis juste content de ce qu’il passe. Cela va être différent après, c’est sûr. Coluche a eu son Tchao Pantin. Me concernant, je ne me pose pas la question. J’espère juste que l’on me rappellera pour la suite !
Propos recueillis à Paris le 17 octobre 2011 par Edouard Brane
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