
Pas mal sans plus. Voilà mon impression en sortant de la salle. La première partie est sans intérêt puisque peu originale tandis que la deuxième partie (qui commence lors de l’apparition de Penelope Cruz) permet au film de prendre une sorte d’envol intéressante. J’ai cherché dans ce film qu’est-ce qui le différenciait des autres Woody Allen :
- Barcelone en premier lieu bien sûr
- Il ne joue pas dedans mais on peut tout de même le sentir dans chacun de ses personnages, la couleur du film baignant dans un sublime semi sepia-crépusculaire, bref des couleurs chaudes et enfin la musique qui, comme d’habitude, joue une grand rôle dans ses films, permettant de mieux comprendre les sentiments des protagonistes (je pense au morceau récurant de guitare espagnole à chaque fois que Vicky apparaît à l’écran).
En revanche, comme d’habitude, on retrouve beaucoup d’éléments communs à ses autres films :
- Tout d’abord des inconnus arrivant dans un monde qu’ils ne connaissent pas et qui va les transformer. Il s’agit bien entendu d’américains.
Sur ce point, je suis assez septique. Ce que montre Allen est typique de la mentalité des américains, avec cette façon d’arriver dans une ville européenne en étant immédiatement émerveillés pour tout et n’importe quoi. Ce que les américains découvrent avant tout est un nouveau mode de vie centrée sur ce qui font les qualités des pays de l’Europe à savoir, la nourriture, la langue et avant tout l’Histoire. Mais point de salut, il est rare qu’un américain s’européanise vraiment et les Etats-Unis restent toujours présents au fond d’eux mêmes, quitte à ressentir une certaine nostalgie.
De l’autre côté, je trouve qu’on l’a déjà vu dans ses autres films et qu’il ne se renouvelle pas dans ce registre.
- Encore septique sur ce point, Woody Allen nous décrit à chaque fois la bourgeoisie américaine face à la bourgeoisie européenne. J’adore ce comparatif et toutes les situations qui peuvent en découler mais sa façon de le montrer devient encore une fois trop connue à mes yeux. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais l’emploi de la caméra, des figurants, de la posture et des conversations des acteurs sont semblables dans tous ses films et y compris dans ce dernier. Prenons quelques exemples : dans encore Tout le monde dit I love You, des réunions de famille où personne ne s’entend dès que quelqu’un de nouveau arrive et où le spectateur peut percevoir trois dialogues différents (très américain et génial !), une soirée organisée pour le nouvel an ou un vernissage dans Match Point et où tout va s’arrêter soudainement par une mauvaise nouvelle avant que le brouhaha ne recommence… De même, sauf quand les acteurs clefs se parlent, il n’y a pratiquement pas de champs contre champs et on entend souvent la réponse de l’autre off-caméra jusqu’à ce qu’il apparaisse de nouveau à l’écran ou non. Il semble en fait que tout les montages des films d’Allen se superposent les uns sur les autres. Ce sont à chaque fois des fragments de vie qui vont quelque peu basculer afin de devenir plus matures (Vicky…, Tout le monde dit…) ou de mal terminer (Match Point, Le rêve de cassandre, Intérieur).
- Je parlais plus haut des acteurs ressemblant à Woody Allen. Et bien ici encore c’est le cas et je ne peux que sentir de l’exagération dans les interprétations, à commencer par Vicky qui interprète en fait deux personnages différents d’autres films de Woody : d’abord celui de l’auteur dans Escrocs mais pas trop ou le rôle de Jason Biggs dans Anything Else : indécis, gênés, bafouillants (euhm… yeah…but…no…yes…well…you see… I….) et dans la seconde partie, une fille ayant pris conscience de certaines choses mais ne trouvant pas de réponses à ses questions comme Julia Roberts dans Tout le monde dit I love you. Trop récurant encore.

Non, la force de ce film réside ailleurs. Bien entendu dans ce côté espagnol nouveau, cette façon de nous montrer un pays et les monuments emblèmes de la ville/capitale. Pour comprendre les films de Woody Allen, il me semble qu’il ne faut pas forcément regarder la réalisation mais l’écriture et les dialogues. C’est incroyable à quel point il peut bien raconter les histoires, leur donner un certain punch, passer d’un sentiment à un autre, rire de tout et de rien tout en décalant les situations et même ses personnages. Ces quiproquos amoureux nous amusent beaucoup mais nous rendent tristes aussi comme cette dernière image voyant les deux actrices disparaître sur un fondu noir. Il connait surtout bien les gens et leurs états d’âme. Bardem est en premier lieu nonchalant mais au fur et à mesure, on commence à prendre goût à son personnage mais aussi à sa vie de bohème et d’artiste. Vicky, Cristina, Barcelona jouent beaucoup sur la frustration de chacun il est vrai : l’artiste insatisfait dans sa vie amoureuse, Cristina dans sa vocation d’artiste ratée, Vicky dans sa frustration sexuelle et de devoir vivre une vie monotone et déprimante ou encore Maria Elena jalouse de son homme et de ses femmes.
Voilà donc les raison qui me font penser que ce film, mineur dans l’oeuvre de Woody Allen mais néanmoins important pour son côté Européen, a quelques atouts m’ayant convaincu mais où réside tout de même une certaine connaissance des événements pouvant avoir lieu. Encore une fois, je suis partagé sur l’oeuvre de Woody Allen : est-ce que je préfère son côté romantique et burlesque (Tout le monde dit I love you) à son côté noir et plus réaliste (Intérieur étant un pur chef d’oeuvre au côté de Match Point). Il ne reste que j’adore ce réalisateur. Et une chose est sûre si on veut encore plus s’imprégner de son amour pour la nature et les femmes… voir impérativement son film : Comédie érotique d’une nuit d’été.
Questions aux lecteurs :
Etes-vous d’accord avec cet avis ? Pensez-vous voir tout le temps la même chose dans ses films ? Ou au contraire, pensez-vous que notre auteur rit de plus en plus de ses personnages et rit des travers des êtres humains ? Allenisez-vous !
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