Festival Paris Cinéma – Eugène Green et fin de la compétition

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Poster le : 11-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents

Après Jane Fonda et Louis Garrel, c’est au tour du réalisateur Eugène Green d’être l’invité d’honneur du Festival Paris-Cinéma. Une occasion unique de découvrir cet artiste aux talents multiples à travers sept films uniques, rares et précieux. Focus.

Eugène Green est un être à part : un poète, un dramaturge, un passionné, un baroque, un metteur en scène, un écrivain et un cinéaste. Avec sa moustache poivre et sel et ses cheveux en bataille, il incarne à sa façon la modernité du monde contemporain et s’amuse avec la langue française tout en créant un style esthétique qui lui est propre. À travers quatre longs-métrages et trois mini-films, il s’est imposé comme un cinéaste iconoclaste, privilégiant l’absence de psychologie chez ses personnages, à la recherche de la vérité et ancré dans le présent par le biais de la fiction. La passion semble le guider. S’il s’amuse autant avec l’histoire et la langue française, c’est pour mieux prendre de recul sur ce qui nous entoure et ce qui caractérise autant l’être humain . L’absence de rhétorique en est la preuve même.

La musique adoucit les mœurs

Ses personnages ne cherchent pas à convaincre, mais se placent dans un monde parfois mélancolique, romantique et/ou baroque. Il ne faut pas prendre les films d’Eugène Green au premier degré mais se laisser guider par ses images et le regard de ses acteurs. La lenteur, l’aspect minimal qui se dégage de ses œuvres ne doivent pas gêner ou ennuyer le spectateur mais au contraire le prendre à parti comme s’il faisait aussi parti de l’action. Ne sommes-nous pas aussi des êtres statiques au regard fixe face à un écran de cinéma? Cet effet de miroir est le sens même de chacun de ses films et La Religieuse Portugaise en est le meilleur exemple.

De la musique baroque au fado, du monde de la musique à celui du cinéma, son message critique n’est pas une attaque contre une certaine pensée ou une certaine école mais un regard ironique à l’égard de certaines personnes. Sa représentation du monde baroque dans Le Pont des Arts est à ce titre criblante de vérité. Ce sarcasme ne cherche pas à blesser ou à dénoncer mais tout au contraire s’impose comme une ode à un univers qu’il connaît bien, apprécie et respecte.

Si le public éprouve du mal à rentrer dans l’univers d’Eugène Green, nous ne pouvons que lui conseiller de prendre son temps et du recul sur ce qu’il est amené à voir habituellement ainsi que d’accepter ces projections comme une expérience à part.

Tout être pourvu d’une certaine poésie à l’intérieur de soi-même et qui a suffisamment de recul pour y déceler l’humour et le charme qui y réside aura la chance de découvrir un artiste décalé, intelligent et féru d’histoire. À ce titre, il incarne comme nul autre les racines de l’Europe : pour un artiste d’origine américaine, c’est un comble. On attend donc avec impatience d’en savoir plus sur son travail à travers une leçon de cinéma organisée par Paris-Cinéma. Nous ne pouvons sinon que vous conseiller de lire son essai, Poétique du cinématographe publié chez Acte Sud où Eugène Green se dévoile enfin et nous invite à lire ses notes de travail. Indispensable.

Fin de la compétition officielle

Avec la projection des trois derniers films en compétition officielle, c’est du côté de l’Autriche, du Japon et des Etats-Unis que s’est conclue une sélection plus ou moins engagée. Nous aurons pu ainsi découvrir les facettes des différentes nations représentées : de l’absence de communication japonaise à la crise économique américaine en passant par la situation politique thaïlandaise  et les questions d’identités roumaines et coréennes.

Seul film en langue allemande, Le Braqueur de Benjamin Heisenberg, second film du cinéaste, est une œuvre que l’on voudrait apprécier mais qui déçoit par son absence de message et de narration. Si on est plus ou moins capté par l’énergie qui se dégage de cette chasse à l’homme tirée d’un fait réel, l’histoire ne tient pas en haleine et ne provoque aucune attention particulière. Est-ce la faute de cette histoire d’amour que ce braqueur éprouve pour une conseillère sociale  ou la première partie qui traîne en longueur. Il reste que le film jouit tout de même d’une excellente bande-son parsemée de coups de timbales puissants et nerveux. Une musique qui colle parfaitement à la course-poursuite de la deuxième partie. Les kilomètres parcourus par cet ancien détenu poussé à reprendre son passe-temps favori, braquer des banques, au lieu d’essayer de se réinsérer au mieux dans la société autrichienne. Le film fait étrangement échos à l’autre film roumain de la compétition If I want to whistle, I whistle pour l’entêtement et l’impulsivité que porte leurs deux protagonistes.

Deuxième film japonais présenté dans la compétition, Sweet little lies de Hitoshi Yazaki n’a malheureusement pas remporté l’adhésion. Cette histoire de couple se veut à la fois originale et unique en son genre mais n’arrive pas au bout de son objectif en raison d’un manque d’intérêt pour ce couple qui s’aime et ne s’aime pas tout à fait. Ruriko et Satoshi mènent une vie paisible dans un quartier résidentiel de Tokyo mais ne se parlent pratiquement jamais et communiquent dans le même appartement par téléphone portable. Il faudra que chacun aille voir ailleurs pour finalement mieux se retrouver et être de nouveau connecté. Du déjà-vu dans ce qui apparaît comme une fiction encore une fois lente et minimaliste, parsemée de plans à répétition et de situations aussi basiques qu’ironiques. La magie ne prend malheureusement pas cette fois-ci. Dommage…

Déjà présenté à Cannes cette année à La Quinzaine des réalisateurs, Cleveland contre Wall Street part d’un très bon sentiment que l’on soutient mais n’atteint pas son objectif tant le sujet est vaste, compliqué et,pardonnez l’expression, casse-gueule.  Cette docu-fiction unique en son genre reconstitue un procès que la population de Cleveland attend désespérément contre les banques de Wall-Street responsables de la saisie de milliers de maisons suite à la crise des subprimes. Si vous n’y connaissez rien à la finance et à l’origine de cette crise financière, alors ce film est fait pour vous et vous apprendra quelques notions économiques. Etait-ce suffisant pour aller jusqu’à simuler un faux procès avec les vrais protagonistes dans un vrai tribunal américain ? A qui la faute ? Les créanciers ? Les assurances ? Les habitants ? Les politiciens ? Les banquiers ?

Ce film tente de répondre à cette question tout en prenant parti pour la population délaissée par tous et vivant dans la misère. Plus qu’un constat, il s’agit d’une volonté noble de faire bouger les choses, réglementer les systèmes bancaires pour éviter le nombre d’inégalités. On est donc à la fin de projection partagé entre ce désir de dénoncer un monde capitaliste proche de la dictature tout en se gardant bien de prendre ses réserves face à ce monde impitoyable. Ressort une œuvre pouvant apparaître comme dangereuse, partant d’un bon fond mais qui se mord la queue à force de trop vouloir en faire. On félicitera pourtant son réalisateur pour sa détermination et pour le début de son film où il nous présente les deux partis.

Paris-Cinéma touche à sa fin. Malgré la grève qui a eu lieu au MK2 Bibliothèque samedi dernier, le festival est indéniablement une réussite. Entre ses hommages, ses rétrospectives et sa compétition, la manifestation a offert au public parisien comme chaque année une belle plongée dans le monde cinématographique. En attendant le verdict du Jury lundi soir, nous vous invitons à vous déplacer le 13 juillet à partir de 21h30 au 104 à l’occasion de la fête de clôture du festival pour un ciné-karaoké et un bal orchestré par la rédaction des Inrockuptibles.

« Don Giovanni » à Aix-en-provence – Les raisons d’une réussite

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Poster le : 10-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Difficile de trancher parmi les hués et les bravos qui ont accueilli  le nouveau Don Giovanni du metteur en scène Dmitri Tcherniakov à Aix-en-Provence. Retransmis le 5 juillet en direct sur Arte, cette diffusion a permis d’être au plus près des personnages et de saisir au maximum l’intensité de leur délire psychologique. Une mise en scène audacieuse et brillamment pensée qui bouleverse intelligemment les conventions.

Oubliez le Don Juan que vous connaissez, jeune, beau, galant et ténébreux, car vous ne trouverez aucun de ces traits dans cette nouvelle production du metteur en scène Russe Dmitri Tcherniakov. Après avoir brillamment mise en scène l’opéra de Tchaïkovski Eugène Onéguine et Macbeth de Verdi à l’Opéra de Paris, Tcherniakov nous revient avec sa dose de référence cinématographique pour nous présenter un Don Giovanni au livret quelque peu modifié. Nous nous retrouvons ici dans un décor unique, à savoir un spacieux salon d’un grand appartement bourgeois, et l’action se déroule sur plusieurs mois. L’unité de temps, d’action et de lieu en est transformée tout comme le statut des personnages. Toujours autant fasciné par la famille, Tcherniakov a décidé de nous montrer en guise de prologue une réunion familiale où le commandeur n’est autre que le patriarche, Donna Anna sa fille avec à ses côtés son fiancé Don Ottavio, elle-même entouré de sa fille Zerlina et son amoureux Masetto tandis que Donna Elvira incarne sa cousine accompagnée de son mari Don Giovanni. Reste Leporello, un ami de la famille quelque peu dérangé et à l’allure enfantine. Le cadre est présenté, l’action peut commencer.

La catharsis des sentiments

Le cinéma reste donc une grande source d’inspiration dans cette nouvelle production et on s’amusera à reconnaître des éléments provenant des films de B. Bertolucci, Lars Von Trier, Thomas Vinterberg, Milos Forman, R. W. Fassbinder ou encore Marco Bellocchio. Il y a tout d’abord au premier plan ce Don Giovanni, puissamment incarné par le danois Bo Skovhu. Tout droit sorti du Dernier Tango à Paris et sosie de Marlon Brando, ce Don Juan nous paraît fatigué, déprimé, mélancolique et dont la folie s’empare peu à peu de lui jusqu’à une démence qui pourrait rappeler celle de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. A côté de lui, Leporello le suit tel un enfant gâteux et semble faire écho au personnage torturé et dérangé d’Alessandro dans le premier film de Marco Bellocchio Les points dans les poches.

Une tableau de famille de la Russie contemporaine

Le parti pri choisi par Dmitri Tcherniakov est une réussite pour plusieurs raisons. Sa vision noire et pessimiste du mythe de Don Giovanni est ici modifiée pour mieux s’attarder sur la psychologie des personnages. Nous assistons à un vrai mélodrame avec cet invité de la famille qui va bouleverser chacun de ses membres en les torturant tous sans exception. Sa force de séduction inégale envoûte chacun des personnages féminins : Donna Anna est transformée en une nymphomane manipulatrice tandis que Zerlina, comme sa mère, n’arrive pas à se défaire de cette rencontre qui l’a envoûtée jusqu’à en fantasmer devant les yeux de son Masetto alors roué de coup dans le deuxième acte. Donna Elvira est quant à elle prête à tout pour sauver cet odieux individu tout en souhaitant le condamner. Toutes les trois portent en elle les traits russes reconnaissables à leurs postures, leurs cheveux et leurs traits de caractères. Don Ottavio quant à lui apparaît comme un mafieux russe avec ses lunettes fumées et son costume bleu. La littérature russe n’est décidément pas loin et l’on a l’impression d’être dans un roman de Dostoïevski contemporain : Don Giovanni en serait L’idiot et Leporello L’adolescent. Autre détail majeur, l’attention apportée à chaque geste, chaque posture et chaque accessoire (le manteau de Don Giovanni) rendant l’action encore plus violente.

Un premier acte plus intense que le deuxième

Il y a dans ce premier acte des instants de pure intensité et d’une puissance rarement vu sur scène. Dès le début du l’Opéra, le ton est donné : Donna Anna ressent une pulsion sexuelle intense en compagnie de Don Giovanni et réagit à peine lors de la mort de son père. L’ironie est de même très présente et apparaît à plusieurs reprises comme lors de l’air de Donnar Elvira Ah, chi mi dice mai. Petit détail, quitte à continuer dans les références cinématographiques, il est dommage de ne pas s’être inspiré de Jean-Pierre Léaud et Maria Scheider dans le toujours Dernier Tango à Paris pour Mazetto et Zerlina plutôt que de les accoutrer en pseudo-rocker. On se souviendra par la suite du face-à-face osé et si érotique entre Donna Anna et Don Ottavio lors des airs Or sai chi l’onore suivi de Dalla sua pace. La scène du bal est enfin l’une des plus luxurieuses que l’on ait vu depuis longtemps et pouvait rappeler le Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Même si le deuxième acte perd un peu en énergie, l’arrivée finale du commandeur dévoilera un complot arrivant à point. La folie de Don Giovanni est alors à son point le plus extrême ce qui lui portera forcément un coup fatal. La revanche est bien consommée.

Dirigé sans partition et de façon exemplaire par Louis Langrée, ce Don Giovanni restera unique pour sa puissance destructrice et sa vision psychologique. La retransmission télévisuelle a permis d’être au plus près des chanteurs et de percevoir leurs apparences physiques si importantes dans cette production. A noter la possibilité de la (re)voir en streaming sur Arte Live Web jusqu’à lundi prochain.

Festival Paris Cinéma – Huppert, Garrel et la compétition

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Poster le : 08-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents

Entre les avants-premières de Copacabana avec Isabelle Huppert, Des filles en noir de Jean-Paul Civeyrac, la séance spéciale et master class de Louis Garrel et les films en compétition officielle, le festival Paris-Cinéma continue de battre son plein. Le temps est maintenant venu de faire un point sur tous ces évènements.

Le destin fait parfois bien les choses. Dans la même journée du 6 juillet, le public a pu avoir la chance de rencontrer tour à tour l’acteur Louis Garrel pour son moyen-métrage Petit Tailleur et l’actrice Isabelle Huppert pour Copacabana sorti ce mercredi. Deux figures du septième art qui ont marqué les cinéphiles en 2003 dans le film audacieux et dérangeant de Christophe Honoré Ma Mère, adapté du roman de Georges Bataille.

Louis Garrel réalisateur : deuxième !

Très attendu, Louis Garrel est donc venu présenté à l’occasion d’une séance spéciale son moyen-métrage Petit Tailleur qui fait suite à son premier court-métrage Mes copains déjà présenté à Cannes à La Quinzaine des réalisateur. On y retrouve à nouveau son goût pour le noir et blanc et surtout sa passion pour les films de la Nouvelle Vague. Ce moyen-métrage conte l’histoire d’un jeune apprenti tailleur devant faire un choix entre reprendre une affaire de tissu ou tout abandonner pour suivre une jeune actrice interprétée par Léa Seydoux.

Louis Garrel serait-il un être mélancolique ? Il se cache en tout cas dans cet œuvre un romantisme sensuel et attachant, symbole d’une jeunesse rive-gauche parisienne à la barbe de trois jours. On pourrait d’ailleurs y déceler quelques éléments autobiographiques comme son grand intérêt pour le théâtre, pour la musique et même pour la religion. Si l’on ressent tout de même un sentiment d’intimité et un film fait « entre copains », on s’amusera à reconnaître quelques références liées au personnage d’Antoine Doinel immortalisé par Jean-Pierre Léaud dans les films de François Truffaut, qui reste encore aujourd’hui la plus grande inspiration du jeune réalis-acteur. Au final, Garrel continue doucement (mais surement) son apprentissage vers la réalisation. S’il reste très inspiré par les films de son père Philippe Garrel, un style qui lui est propre commence cependant à faire surface et annonce un cinéaste en herbe. Affaire à suivre.

Petit Tailleur from Quinzaine / Directors’ Fortnight on Vimeo.

A noter aussi la projection du film de Valérie Donzelli, membre du jury, qui propose avec Madeleine et le facteur un film charmant et entrainant tourné avec le fameux appareil photo Canon 5D Mark II.

Les avants-premières

Avec sa dose de deux avant-premières quotidiennes, le public continue de se presser dans les salles obscures. Les parisiens ont ainsi pu découvrir lundi dernier le dernier film de Neil Jordan Ondine avec un Colin Farrell transformé en pêcheur irlandais trouvant dans son filet une jeune femme- sirène… Le lendemain, c’est l’immense actrice Isabelle Huppert qui est venu présentée au MK2 Bibliothèque son dernier film Copacabana accompagnée de sa fille Lotita Chammah et du réalisateur Marc Fitoussi. Le film est sorti ce mercredi dans les salles de cinéma (lire la critique). Enfin, notons la venue de l’équipe du film de Jean-Paul Civeyrac pour Des filles en noir ainsi que la présentation du City of Life and Death de Lu Chuan.

Trois films de la compétition

Et parmi toute ces séances, la compétition officielle continue de se dévoiler à travers 3 nouveaux films provenant du contient asiatique.

Mundane History , premier film de la thaïlandaise Anocha Suwichakornpong est très certainement celui qui a le plus déconcerté les spectateurs. Après la palme d’or décernée cette année au film Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul, la Thaïlande continue de nous impressionner avec cette fois-ci un film à la fois puissant, envoutant et emplit de sérénité. L’histoire d’une rencontre entre un infirmier et un jeune paralysé en froid avec son père et vivant dans un monde de rêve et d’hallucination. Une œuvre presque sensorielle, tout à la fois métaphysique et universelle, faisant référence au 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et à la situation politique actuelle en Thaïlande. On en sort tout à la fois en extase et en harmonie… ou tout le contraire.

Dans un autre genre, le japonais Yuya Ishi déçoit quelque peu avec son Sawako Decides. L’histoire d’une jeune fille ayant fugée de chez elle et revenant après 5 ans d’absence, prête à affronter la fureur de sa famille et de ses proches. Malgré quelques séquences amusantes, cette œuvre très nippone n’arrive pas à la hauteur d’un Takeshi Kitano ou d’un Hirokazu Kore-Eda. Le film reste intéressant pour son message féministe et sa vision assez pessimiste de la société japonaise. Un autre traitement aurait peut-être été préférable plutôt que cette navigation à l’aveugle entre la comédie et le drame.

Avec son sixième film,  La rivière Tumen de Zhang Lu est pour le moment le plus abouti et le plus mature. Même si des notions de géographies sont à connaître avant la projection, on se laisse malgré tout emporter par la lenteur de chaque séquence, certes parfois trop minimaliste mais aussi très forte en émotion. Ce parti pri permet de créer un environnement propice à l’action et aux différentes situations comme on peu le voire dans beaucoup de film asiatique. Ce mélodrame autobiographique marque pour la dureté de certaines scènes mais aussi pour son sujet politique et transfrontalier situé autour de cette rivière gelée séparant la Chine et la Corée du Nord. Un film à ne pas manquer lors de sa sortie en salle le 25 aout prochain.

Le festival continue avec le reste des films en compétitions mais aussi des avants-premières très cannoise avec la présentation de The Housemaid de Im Sang-soo, L’autre monde de Gilles Marchand, Oncle Boonmee de Apichatpong Weerasethakul, L’arbre de Julie Bertuccellie ou encore Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois et Un homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun. En d’autres termes, que du grand Cinéma !

Festival Paris Cinéma – Premières impressions

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Poster le : 05-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents

Paris-Cinéma, c’est parti ! Depuis le samedi 3 Juillet, la capitale française vit à fond pour le septième art et a déjà accueilli nombre de manifestations : masterclass de Jane Fonda et du réalisateur japonais Koji Wakamatsu, avant-première de Amore avec Tilda Swinton et L’âge de raison avec Sophie Marceau ainsi que l’ouverture de la compétition officilelle. Premières impressions.

Il faut le dire, Paris-Cinéma commence fort. Pour ceux qui avaient la chance d’être à Paris samedi dernier, Jane Fonda a offert au public parisien une masterclass unique à la Filmothèque du Quartier Latin située en plein cœur de la capitale. Modérée par le journaliste Fabrice Leclerc de Studio Ciné Live, Jane Fonda est longuement revenue dans un Français exquis sur sa belle carrière d’actrice, a rendu hommage à son père Henry Fonda et a abordé son militantisme politique qui lui a valu à l’époque de la guerre du Vietnam nombre de détracteurs.

Le lendemain, Paris-Cinéma a continué son hommage en organisant un cocktail en son honneur avec la présence de Charlotte Rampling, Géraldine Chaplin, Daniel Bruhl, ou encore Guy Bedos. Dernier événement, Jane Fonda en a profité pour venir présenter le film Klute d’Alan J. Pakula film qui lui a valu l’Oscar de la meilleure actrice en 1971. Pour ceux qui auraient raté ces évènements, rien n’est perdu : la star hollywoodienne reste à Paris le temps du tournage de son prochain film Et si on vivait tous ensemble ? de Stéphane Robelin.

L’âge de raison en avant-première

Outre les rétrospectives des oeuvres de l’acteur Louis Garrel et du réalisateur Eugène Green qui viennent de commencer, l’avant-première du très attendu L’âge de raison de Yann Samuel s’est tenue au Gaumont Opéra Capucines en présence de toute l’équipe dont les acteurs Sophie Marceau et Jonathan Zaccaï. Déjà remarqué avec son précédent film Jeux d’enfants sorti en 2003, Yann Samuel revient avec une œuvre d’une grande fraîcheur en traitant à nouveau du thème de l’enfance mais en prenant comme cadre cette fois-ci le monde impitoyable de l’entreprise en suivant une executive woman qui va voir son destin bouleversé suite aux souvenirs de ses années de jeunesse.

Début de la compétition officielle

Avec son lot de retrospectives et d’avant-premières, il ne faut pas oublier que Paris-Cinéma propose aussi une compétition officielle en proposant 8 films inédits venant de tous horizons. C’est donc le Mexique et la Roumanie qui ont ouvert cette compétition avec tout d’abord une docu-fiction déjà présentée au Festival du Cinéma du Réél avec Alamar du mexicain Pedro Gonzales-Rubio. Cette histoire de pêcheur entre un père et son fils a ému pour son sujet universel et ses somptueux paysages malgré quelques imperfections quant à son traitement et ses effets de stylistiques.

Dans un autre genre, le scénariste et producteur roumain Catalin Mitulescu est venu présenté le très sombre If I want to whistle, I whistle de Florin Serban. Après Un prophète et Dog Pound, c’est au tour de la Roumanie de prendre comme cadre le monde carcéral dans cette histoire d’un jeune détenu près à tout pour éviter que son petit frère fasse les mêmes erreurs que lui. Une œuvre qui a déjà remporté l’Ours d’argent au dernier festival de Berlin et qui repose essentiellement sur l’interprétation de son jeune acteur principal Pistireanu George aussi impassible que ravageur face-caméra.

Au programme dans les prochains jours, Paris-Cinéma organise Mardi 6 juillet deux avant-premières avec le moyen-métrage de Louis Garrel Petit Tailleur à 19h au MK2 biblithèque en sa présence ainsi que celle d’Isabelle Huppert et sa fille Lolita Chammah pour Capacabana de Marc Fitoussi déjà présenté cette année au Festival de Cannes.

Ouverture de Paris-Cinéma en présence de Woody Allen pour « You will meet a tall dark stranger »

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Poster le : 02-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Rien à dire, ce fut une belle cérémonie d’ouverture. Tout d’abord parce que le cinéma Gaumont Opéra offre une bonne climatisation face à la chaleur extérieure, mais surtout parce que Woody Allen a fait l’honneur de sa présence au côté de la présidente du Festival, Charlotte Rampling, du maire de Paris Bertrand Delanoë et son adjoint chargé de la culture Christophe Girard. S’exprimant dans un léger français, le réalisateur New Yorkais a affirmé être heureux d’être présent à Paris en espérant que son film plaira au public et que si ce n’était pas le cas, qu’il aurait une chance de se rattraper grâce à son prochain film tourné à Paris.

Oui, on aime Woody Allen et il est difficile de ne pas aimer chacun de ses films. Et pourtant, on restera dubitatif face à sa dernière œuvre. Pour résumer, You will meet a tall dark stranger plaira très certainement aux non connaisseurs du cinéaste et inversement ennuiera quelque peu ses inconditionnels. De retour à Londres, Allen semble avoir fait un mix de chacun de ses films à travers une galerie de personnages tout aussi gauches que lui-même et embarqués dans des situations que seule la vie nous réserve. Accordons ceci à cette oeuvre: il devient à chaque fois amusant de retrouver des acteurs connus et réputés comme Antonio Banderas, Josh Brolin ou Naomi Watts sur un projet de Woody Allen, surtout quand ils réussissent à prendre le ton, l’intonation et la gestuelle si propre au metteur en scène. Anthony Hopkins paraît à son tour le double d’Allen et réussit à émouvoir par sa timidité mais aussi par sa stupidité. Mais la vraie découverte du film reste celle de l’acteur Roger Ashton-Griffiths qui joue le rôle d’un vieux libraire endeuillé. Sa voix et son physique sont employés à merveille et il suffit de le voir à l’écran pour reconnaître l’Angleterre. Plus sombre qu’on ne le pense, You will meet a tall dark stranger marque les esprits pour sa gravité et sa noirceur cachés sous un humour britano-américain dont Allen devient peu à peu le spécialiste. On a donc hâte de découvrir son film parisien avec notre Carla Bruni en directrice de musée.

Interview: Marco Bellocchio pour « Vincere »

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Poster le : 01-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Interviews et dossiers

Grand oublié du festival de Cannes, Marco Bellocchio a pourtant signé avec Vincere l’un de ses plus grands films. Interview réalisée avec Julien Dokhan en novembre 2009:

Rédacteur pour Allocine

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Poster le : 01-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Interviews et dossiers

Journaliste au sein du site internet  Allocine.com pendant 6 mois, vous trouverez ici le contenu que j’ai rédigé durant cette période: des interviews de Tony Gatlif, James Thierrée, André Dussolier, Marc Dugain, Panos H. Koutras, Bahman Ghobadi, Radu Mihaileanu, Cristian Mungiu… aux différents dossiers rédigés jusqu’aux articles quotidiens et quelques « Merci Qui? »

Dossier: « Opéra et Cinéma »

Dossier: « L’âge d’or du cinéma roumain »

Dossier: « La voix-off sous toutes ses formes »

Interview: « Breathless » – Ik-june Yang

Interview: « Liberté » – Tony Gatlif

Interview: « Liberté » – James Thierrée

Interview: Werner Herzog, président du 6ème festival de Berlin

Interview: Guy Maddin, à l’occasion de sa retrospective au Centre Pompidou

Interview: « Une exécution ordinaire » – Marc Dugain et André Dussollier

Interview: « Strella » / « L’attaque de la moussaka géante » - Panos H. Koutras

Interview: « Les chats persans » – Bahman Gohbadi

Interview: « Vincere » – Marco Bellocchio

Interview: « Le Concert » – Radu Mihaileanu & Aleksei Guskov

Interview: « Mother » – Joon-ho Bong

Interview: « Contes de l’âge d’or » – Cristian Mungiu

Interview: « La fille la plus heureuse du monde » – Radu Jude

Interview: « Lebanon » – Samuel Maoz

Interview: « Adama, mon kibboutz » – Dror Shaul

Conférence: « Où va le cinéma ? »

Article sur la fermeture du cinéma l’Eden au Havre (avec interview)

News & « Merci Qui? »

« La merditude des choses » – DVD – Edition MK2

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Poster le : 30-06-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Jamais un film n’aura aussi bien porté son nom que La merditude des choses.  Et puisque le terme est de circonstance, ne nous gênons pas car il s’agit bien d’une vie de merde qui nous est montrée à travers ce film. Au-delà du mot lui-même, trop souvent péjoratif, il y a avant tout une belle histoire de filiation entre un père et son fils. Deux générations pas si éloignées que cela qui se font face dans un monde où tous les excès sont permis.  Où l’alcool coule à flot, les cigarettes s’écrasent les une sur les autres jusqu’à former une montagne de cendre et enfin où les années 80-90 sont immortalisées par les queues de rat derrière la nuque et les pull trop long à forme géométrique. C’est dans ce magnifique environnement que vit le clan de la famille Strobbe : une mère gâteuse, quatre frères tous simplets et entourés du petit dernier Günther, conteur de cette histoire et futur romancier à succès. Même si le film souffre de longueurs et d’un manque de fil conducteur, on restera sous le charme de ces moments de tendresse partagés avec les Strobbe dont le meilleur moment restera la création d’un nouveau jeu ayant pour thème le Tour de France…

(C’est en flamand mais pas si difficile à comprendre !)

Adaptation du best-seller de Dimitri Verhulst De helaasheid der dingen, ce film présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2009 sort en DVD dans une édition qui respecte comme il faut l’univers de ce monde étrange. Tous les éléments sont réunis sur ce boitier à l’accent si flamant : la police, les capsules de bière entassées les unes sur les autres et les photos de famille qui sont autant d’éléments emblématiques tirés de cette fiction qui semble au final loin d’en être une. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur la conception de ce film unique en son genre, nous les invitons à regarder les bonus de la Strobbitudes qui leur permettront d’en savoir plus sur cette famille décalée, les différents trucages et surtout les différentes beuveries. Clou du spectacle, les éditions MK2 propose de re-découvrir l’épisode culte de l’émission Strip-Tease Les aventures de la famille De Becker, à consommer sans modération et de préférence juste après visionnage du film lui-même.

La merditude des choses

Un film de Felix Van Groeningen avec Johan Heldenbergh et Koen De Graeve

Distribution : MK2 Editions

Fiche produit boutique MK2

Date de sortie : 05/05/2010

« Sémélé » de Haendel au TCE – Ainsi naquit Bacchus – Compte Rendu

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Poster le : 26-06-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Reprise de la production de 2004 mise en scène par David McVicar, Sémélé refait surface en cette fin de saison lyrique parisienne le temps de 4 représentations à ne pas manquer au TCE. Danielle De Niese incarne majestueusement la fille du roi Cadmus face à un Richard Croft impeccable en Jupiter au côté du puissant Peter Rose et de la jeune Claire Debono, le tout dans une mise en scène assez minimaliste.

Caractéristique de l’oratorio anglais, Sémélé de Haendel  n’en est pas moins un grand opéra composé à Londres en 1743 dont le livret est tiré d’un épisode des Métamorphoses d’Ovide. Sémélé est forcée d’épouser le jeune Athamas, mais implore le jour de ses noces le dieu Jupiter dont elle est éprise. Celui-ci réussit à la kidnapper pour la conduire dans un temple construit pour elle, sous l’œil  jaloux de sa femme Junon prête à se venger. Ce n’est pas la première fois que ce récit est adapté en opéra puisque Marin Marais s’en inspira en 1709 ainsi que l’abbé Claude Boyer en 1666 dans Les amours de Jupiter et de Sémélé.

De 2004 à 2010

Acclamé à travers le monde, le metteur en scène écossais David McVicar avait déjà présenté en 2004 sur la même scène cette production en compagnie du chef d’orchestre Marc Minkowsky. Quels changements en juillet 2010 ? Outre une nouvelle distribution, excepté le même ténor Richard Croft en Jupiter, on a pu entendre dans la fosse du TCE l’excellent ensemble des Talents Lyriques dirigés par le très baroque et grand claveciniste Christophe Rousset. Mais la plus grande innovation est d’avoir confié les rôles de Junon et de la sœur de Sémélé, Ino, à la même chanteuse Vivica Genaux jouant ainsi de l’ambiguïté et de la dualité des personnages tant vocalement que sur le plan dramaturgique. Le résultat n’en est que réussi tant elle arrive à changer de tessiture entre la force dramatique de l’air d’Ino à l’acte I Turn, hopeless lover, turn thy eyes et l’air de vengeance de Junon à l’acte II Hence, Iris, hence away.

A l’origine était l’austérité

C’est sous le signe de l’austérité qu’est basée la mise en scène de David McVicar. Un décor unique, sobre et de couleur blanche, fait face au public aux allures d’un temple contemporain éclairé aux néons. Le chœur est vêtu en grands habits tandis que les personnages principaux sont accoutrés à la mode du XVIIIème siècle. Est-ce pour souligner l’enfermement dans lequel vit Sémélé face à un père autoritaire et la sévérité de Jupiter ?  Il reste que le décor circonférentiel de Tanya McCallin manque de folie tout comme la lumière de Paule Constable trop éclairée et appuyée par moment. On reconnaîtra cependant avec plaisir la touche McVicar lors des chorégraphies d’Andrew George toute en harmonie avec la musique d’Haendel. Un bon exemple pourrait en être l’air Myself I shall adore chanté par Sémélé lorsqu’elle découvre sa beauté dans le miroir tendu par Junon, ayant alors usurpée l’identité d’Ino.

Le « réveil » du troisième acte

Si les deux premiers actes présentent les protagonistes et posent l’intrigue, le troisième est celui de l’action et des péripéties. On découvre pourtant dans l’Act I un personnage que l’on suivra tout au long de l’opéra qui est Cupidon, apparaissant comme celui qui intéresse le plus McVicar. Tel le garçon en noir dans le film Don Giovanni de Joseph Losey, l’Amour aveugle vêtu de rouge suit les amours de Sémélé et de Jupiter sans pour autant avoir la force de réunir les deux amoureux. La soprano Claire Debono est d’ailleurs parfaite dans ce rôle exigeant. L’apparence humaine de Jupiter renvoie de même au personnage de Don Giovanni en raison de sa perruque brune et de son accoutrement. Richard Croft connaît bien rôle tout comme Danielle de Niese en Sémélé dont les duos et les arias sont parfaitement maîtrisés, jusqu’au final malheureux.

On connaît l’importance qu’accorde Haendel au chœur tout en puissance qui est ici parfaitement maîtrisé par celui du Théâtre des Champs-Elysées dirigé par Emmanuel Trenque. La bass Peter Rose a enfin suffisamment de présence et de voix pour incarner à la fois Cadmus et surtout Somnus dont l’air Leave me, loathsome light reste un moment tout aussi drôle qu’envoûtant. Purcell n’est décidemment vraiment pas loin.

Avec une aussi belle distribution et Les Talents Lyriques dans la fosse, on en vient à oublier la chaleur ressentie dans la salle du Théâtre des Champs-Elysées sans climatisation. Assister à la naissance de Bacchus, dieu du vin et fils de Sémélé et de Jupiter, vous rendra aussi ivres que les chanteurs et laissera couler un sentiment de liberté après l’austérité.