Ezra Miller – Interview – Another Happy Day

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Poster le : 25-01-2012 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Qu’il soit étudiant traumatisé dans Afterschool, jeune gay en plein coming out dans Every Day, sociopathe dans We need to talk about Kevin ou junky dans son nouveau film Another Happy Day, Ezra Miller pourrait bien symboliser à lui seul les souffrances de la jeunesse américaine. Il est pourtant rare de voir un adolescent de 20 ans aussi mature pour son âge. Preuve nous est donnée à travers notre interview que derrière cette attitude de rebelle se cache en fait un romantique de son temps passionné par l’opéra, Beethoven, Hunter S. Thompson et la Côte Est des États-Unis.


Interview à retrouver sur le site www.artistikrezo.com


  • Vous avez débuté votre carrière… en tant que chanteur d’opéra.

Je devais avoir 6 ans quand j’ai commencé au jardin d’enfants mes premiers cours de musique. Ma professeure nous a immédiatement initiés à l’opéra alors que nous étions en âge de tous porter des scratchs ! J’ai tout de suite été saisi par ce genre musical qui est rapidement devenu une obsession. Ma mère, qui est une danseuse moderne, m’emmenait ensuite une fois par mois au Metropolitan Opera de New York. Deux ans plus tard, elle a entendu parler d’une audition pour le rôle d’un jeune enfant dans la production White Raven de Philip Glass, mise en scène par Robert Wilson.

J’étais suspendu dans les airs pendant que la soprano chantait accrochée à une fausse lune ! La seule condition du rôle était de ne pas avoir le vertige, ce qui n’était pas mon cas. Travailler dans ce nouveau monde fut pour moi comme une épiphanie. L’opéra porte un regard inouï sur notre existence.  J’ai tout de suite su que je voulais devenir chanteur lyrique. Le MET m’a par la suite engagé pendant deux saisons en tant que jeune soprano. Je me souviens avoir chanté dans Boris Godounov de Moussorgski et La Bohème de Puccini. Mais mon souvenir le plus frappant reste d’avoir chanté auprès de Luciano Pavarotti alors qu’il était à la fin de sa carrière. Ce fut sur une production de la Tosca où j’interprétais un enfant de chœur.

  • Mais votre voix a mué, ce qui a mis fin à votre carrière de soprano…

Ne m’ayant pas proposé de castration, cela devait arriver ! Je me souviens encore de l’instant où ma voix a changé. Du jour au lendemain, j’ai dû renoncer à l’opéra. J’ai alors ressenti un vide énorme. Il me fallait trouver une autre forme artistique pour m’exprimer. J’ai donc pris des cours de théâtre au collège. Je continuais toutefois de chanter, ce qui m’a propulsé vers la comédie musicale Runaways d’Elizabeth Swados. Un homme est venu me voir un soir dans les coulisses. Il m’a proposé de faire du cinéma. J’avais 13 ans et j’ai lu de nombreux scriptes sans avoir de véritable coup de cœur ; jusqu’à ce que je tombe un an après sur celui d’Afterschool. Ce scénario était fait pour moi, car il reflétait à l’époque mon tempérament intérieur.  Le personnage de Robert lutte contre la désensibilisation qu’apportent les nouveaux médias. Il symbolise à lui seul toute ma génération. À 15 ans, il en a déjà trop vu et essaye de mettre un sens à sa vie. D’une certaine manière, ce film pose la question de frontière entre fiction et réalité.

  • Ce qui est justement aussi une particularité du journaliste Gonzo que vous interprétez dans Beware of the Gonzo (inédit en France). L’initiateur de cette appellation, Hunter S. Thompson rappelle souvent ces mots de Faulkner : La fiction est souvent le meilleur des faits.

Les faits, par nature, ne rendent pas compte de l’expérience subjective que vit une personne. La façon dont les êtres humains vivent un événement est remplie de drame. Rien que de rentrer dans un magasin peut pour quelqu’un être un voyage en lui-même. C’est l’impression qui compte le plus. Pour cela, je suis d’accord avec Faulkner ainsi que Hunter S. Thompson. On retrouve ce concept dans toutes formes d’art.

  • Afterschool marquait vos premiers pas dans un long-métrage, tout comme pour son réalisateur Antonio Campos et l’acteur Michael Stuhlbarg.

Nous sommes partis sur le même terrain d’entente puisqu’il s’agissait pour tous d’une première expérience. Le caractère de mon personnage Robert évoluait constamment durant le tournage, comme si nous étions tous à sa recherche. J’ai ainsi pu voir comment il était possible de construire un personnage tout le long d’un processus cinématographique.

  • Vous avez affirmé avoir arrêté l’école… après avoir fait un rêve en compagnie de Beethoven !

Le journaliste qui a rapporté ces propos les a quelque peu exagérés ! Voici la vraie histoire : je revenais tout juste du festival de Berlin où je présentais alors Afterschool. A mon retour, j’avais raté quelques cours à l’école. Les professeurs m’en voulaient beaucoup tandis que les autres élèves étaient jaloux que je ne travaille pas autant qu’eux. Je me suis donc rapidement senti peu à ma place dans cet environnement et l’ai vécu comme une restriction où je n’apprenais au final pas grand-chose. Ce modèle académique ne me correspondait pas. Un soir, j’ai donc rêvé d’une rencontre dans le métro avec Beethoven qui était en crise de panique. Il n’était pas satisfait de ses quatre premières symphonies et j’essayais de le rassurer. Puis nous avons été attaqués par des sortes de zombies où nous devions faire équipe pour se défendre. À mon réveil, j’ai compris qu’il me fallait arrêter les études (Rires).

  • Suite à Afterschool, vous avez enchainé avec City Island au côté de Andy Garcia.

Ce fut un peu plus d’un an après Afterschool. Andy Garcia est un acteur incroyable. J’ai même eu l’immense chance de tenir un dialogue politique avec lui, ce qui est réputé comme n’étant pas chose commune. J’avais aussi des positions très radicales sur Cuba par exemple. Il m’a même offert à la fin de tournage un bouquin sur l’histoire de son pays natal.

  • Faisait-il un meilleur père que plus tard John C. Reilly dans We need to talk about Kevin ?

De l’ensemble des parents que j’ai pu avoir à l’écran, tous ont été adorables avec moi et entrain à m’enseigner la magie du cinéma. C’est impossible de les comparer, ou en tout cas cela serait difficile de le faire. Andy Garcia m’a toutefois pris sous son aile. Ses conseils me sont toujours utiles aujourd’hui.  Et il m’en donnait un par jour ! Celui que je retiens le plus est de « briser l’ardoise». Il ne faut jamais reproduire le même jeu mais toujours proposer quelque chose de neuf ; que cela soit au cinéma ou dans la vraie vie. Il est pourtant difficile de reproduire la même émotion sur plusieurs prises.

  • À propos d’émotion, le dernier face-à-face avec Tilda Swinton dans We need to talk about Kevin était-il difficile à tourner ?

Cette séquence fut l’aboutissement de tout notre travail fait sur ce film. Nous l’avons prévu en dernier, car je devais avoir la tête complètement rasée. Pour la première fois depuis le début de l’histoire, la façade de Kevin tombe pour laisser place à une sincère émotion. Il se rend compte de la réalité des faits. À travers l’adolescence, nous avons tous l’habitude d’adopter un regard du monde où tout est blanc ou noir. Il se rend enfin compte de son erreur alors qu’il est proche de ses 18 ans. Il a beau avouer ne pas savoir pourquoi il a commis cet acte, je suis sûr qu’il le sait très bien. Il cherchait tout simplement à avoir une communication honnête avec sa mère ; ce qu’ironiquement, il réussit à avoir au final.

  • Qu’avez-vous ressenti en apprenant la tuerie perpétrée par Anders Behring Breivik en Norvège ?

Venant d’interpréter plus ou moins le même personnage, j’ai essayé de comprendre pourquoi il avait commis cet attentat. L’une des premières choses que j’ai faites fut de connaître son antécédent familial. J’ai ainsi appris que son père était parti très tôt dans sa jeunesse. Breivik a quand même rédigé tout un manifeste basé sur des sujets politiques et socio-économiques. Au-delà de cette démarche, il faut comprendre d’où provient sa haine émotionnelle. Celle-ci doit très probablement venir de son antécédent familial. C’est la même perspective que celle de Kevin : ils ne peuvent pas véritablement expliquer leur geste.

  • Avant We need to talk about Kevin et suite à City Island, vous avez joué le rôle d’un jeune adolescent gay en conflit avec son père dans Every Day. Comment avez-vous préparé ce rôle ?

Vous savez, on peut trouver toute sorte de variété dans la sexualité d’un être humain, qui peut aller bien au-delà du genre pour lequel celui-ci est attiré. C’est un trait assez insignifiant quand j’interprète un personnage, car sa personnalité ne va pas simplement être régie par sa sexualité. Les deux personnages gay que j’ai pu interprété dans Every Day et prochainement dans The perks of being a wallflower sont ainsi radicalement différent. La seule chose qu’ils ont en commun est qu’ils sont fiers de ce qu’ils sont. Leur homosexualité s’exprime qui plus est dans un moment important de leur existence, celui de l’adolescence.

  • Ces personnages évoluent pourtant dans un monde assez libéral, ce qui n’est pas forcément le cas aux Etats-Unis, ou ailleurs dans le monde.

La société américaine est basée sur une série de contradictions et d’hypocrisies. Plus que n’importe quelle autre culture, nous sommes obsédés par tout ce qui tourne autour de la sexualité, de la drogue et de la violence.  Ce puritanisme est la raison pour laquelle il existe autant de répression.  Nous sommes arrivés à un point où l’être humain se voit refouler de sa propre existence et de ses désirs propres. C’est comme un fait scientifique : si vous mettez un embryon en quarantaine, il va certainement se propager davantage qu’à l’extérieur jusqu’à devenir un parasite. C’est cette répression qui nous conduit à ces soi-disant monstruosités qui ne sont que le reflet de notre personnalité.

  • Nous avons le même problème en France. Nos politiques ont par exemple récemment débattu sur la législation de certaines drogues douces.

Dans l’idéal, il ne faudrait rien rendre d’illégal. La vie elle-même est à près tout composé de nombreuses drogues. Ce à quoi il faut faire attention est l’usage que l’on en fait. À partir du moment où vous rendez quelque chose d’illégal, un engrenage se crée. Certaines drogues douces sont tellement utilisées quotidiennement qu’il faudrait les rendre légales. De plus, un contrôle sur la qualité serait ainsi mis en place, ce qui serait beaucoup moins dangereux pour la santé.

  • Vous interprétez vous même un drogué dans Another Happy Day que l’on peut voir comme un sombre film de Woody Allen.

(Rires). Exact, il y a la même variété d’êtres humains ayant des névroses bien différentes les unes des autres ! Je vois ce que vous voulez dire par là. Le film était dur à tourner et rempli d’émotion puisque nous l’avons tourné en une vingtaine de jours dans le Maryland.

  • Il semble que vous soyez très attaché à côte Est des États unis entre le Maryland, le New Jersey ou encore New York.

C’est exact ! Je suis pourtant allé sur la Côte Ouest lors d’un tournage sur la série Californication. Mes films se situent davantage dans la banlieue de la Côte Est des États-Unis et non dans les grandes villes. J’ai aussi grandi dans cet environnement. J’ai ainsi pu retranscrire à l’écran les quelques « démons » que l’on peut trouver dans cette région (rires). L’Est sera toujours ma maison bien que l’on puisse aussi s’amuser à l’Ouest. Il y existe toutefois quelques invraisemblances : les habitants veulent se croire relaxer alors qu’ils ne le sont pas forcément. Un New-Yorkais clamera toujours sa crise d’angoisse à l’inverse d’un Californien !

  • La religion peut-elle être source de conflit au sein d’une famille comme peut-être dans Another Happy Day ?

Je ne vois pas la religion comme un thème à extraire en particulier, mais la question est intéressante. Bien entendu, la religion est liée à la tragédie humaine. Elle nous caractérise beaucoup en fin de compte. Il n’y a qu’à voir la relation que nous entretenons avec elle face à la mort.

  • Vous avez aussi eu la chance de jouer avec d’immenses acteurs tels que Brian Dennehy, Ellen Burnstyn et Georges Kennedy. Qu’avez-vous appris d’eux ?

Je suis fasciné par ces acteurs qui ont réussi à percer aussi longtemps dans le métier. Tourner avec eux fut comme si vous regardiez un artisan travaillant d’arrache-pied sur son objet pour arriver à un rendu parfait. Le jeu de ces trois acteurs et leur tempérament intérieur coïncident mutuellement. Un autre point commun est leur sens de la discipline que vous ne voyez pas chez la nouvelle génération. Sur le tournage de Another Happy Day par exemple, Ellen Burnstyn et Georges Kennedy étaient les seuls à rester sur le plateau attendant la nouvelle prise tandis que les autres se précipitaient dans leur caravane ou à la cantine.

  • Pour revenir sur We need to talk about Kevin, vous avez affirmé avoir écouté l’opéra Guerre et Paix de Prokofiev pour préparer votre rôle, ce qui est loin de la musique indépendante que vous interprétez avec votre groupe Son of an illustrious father.

Et pourtant ! Figurez-vous que nous avons même retranscrit le dernier air tiré de l’opéra Dino et Enée de Purcell ; comme quoi, l’opéra est toujours là ! Tout ce que je fais tourne autour de ce genre musical. J’essaye aussi de transposer l’émotion de l’opéra au cinéma.

  • Vous avez donc chanté en russe, en italien, et même composé une musique pour votre groupe intitulé Sanskrit.

Le Sanskrit est une ancienne langue indienne. Il équivaut à ce que l’on appelle le Mantra. C’est pourquoi le chœur répète souvent les mêmes syllabes dans ce morceau. Tout a un début, un milieu et une fin : ce mot symbolise la nature de toute matière. J’ai écrit cette musique dans une période difficile de ma vie où j’étais en pleine «agonie émotionnelle».  Lorsque nous chantons ces mots, nous luttons pour essayer de parvenir à saisir la réalité de la vie.

  • Est-il un réalisateur avec qui vous souhaiteriez tourner ? Suite à We need to talk about Kevin, nous pourrions penser à Gus Van Sant par exemple.

Je l’ai rencontré lors d’une audition pour Restless. J’aime son style et la perspective qu’il propose dans certains de ses films. Il fait parti de ces grands réalisateurs qui arrivent à parfaitement visualiser leur désir. Mais le véritablement Elephant restera pour moi celui d’Alan Clark. Quel film !

Propos recueillis à Paris le 2 janviers 2012 et traduit de l’anglais par Edouard Brane

Interview – Philippe Jaroussky – Forumopera.com

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Poster le : 21-12-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Interview réalisée pour le site www.forumopera.com

Et si, arbitrairement, on mettait les artistes face à des choix cornéliens en braquant sur leurs visages -si sympathiques- nos caméras inquisitrices ? C’est cela Opérabox: bombarder un artiste de questions qui font sens (ou pas du tout) et laisser à la virtuosité de leur esprit le soin de les tirer de cette mauvaise passe.

OPERABOX#4=> Philippe Jaroussky – Contre-ténor

A l’occasion de la sortie de son disque « Duetti »

On connaît tous le timbre caressant de Philippe Jaroussky. Mais qui peut se targuer de véritablement connaître son Moi profond ? Forumopera.com a tenté de sonder cette âme à la fois complexe et délicate. À défaut d’avoir véritablement révélé l’homme, à nu, derrière l’artiste, nos journalistes seront parvenus à mettre en avant une personnalité attachante, souriante, simple et génialement spontanée.

Interview : Edouard Brane

Réalisation : Eric Kervern

Interview – Alistair Banks Griffin – Two gates of sleep

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Poster le : 16-12-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Alistair Banks Griffin est de ces nouveaux talents à suivre et à découvrir. Il nous en donne la preuve en nous livrant les clefs de son premier (et déjà grand film) Two gates of sleep.


  • Après sa présentation au Festival de Cannes en 2010, votre premier film sort enfin sur les écrans français. Pourquoi une si longue attente ?

Lors du Festival de Cannes, j’ai rencontré une productrice qui avait beaucoup aimé le film et qui en avait parlé autour d’elle. Parmi ses interlocuteurs, elle a rencontré le gérant de la société Damned Distribution, Yohann Cornu, qui a lui aussi eu un coup de cœur pour le film et qui a décidé de le sortir en France.

  • Quel souvenir gardez-vous du Festival de Cannes ?

La première projection mondiale a eu lieu dans le cadre de La Quinzaine des Réalisateurs. Je ne m’attendais vraiment pas à être sélectionné si tôt dans carrière. J’étais assez effrayé, car la copie est arrivée la veille de la première projection. J’avais aussi déjà fait de nombreux festivals grâce à mes courts-métrages.

Cannes Day 7: Two Gates of Sleep Part 1 from IONCINEMA.com on Vimeo.

  • Pouvez-vous nous présenter votre premier court-métrage « Gauge » ?

On pourrait dire qu’il s’agit d’un avant-goût de Two gates of sleep. Aux États-Unis, il est bien vu de créer un premier projet assez court qui puisse annoncer votre premier film. Pour celui-ci, je souhaitais refléter l’ambiance et l’atmosphère du film, sans développer la même narration et les mêmes personnages. Pourtant, le scripte de Two gates était déjà écrit au moment du tournage de ce court.

  • Quand avez-vous pensé à « Two gates of sleep » pour la première fois ?

L’idée remonte à dix ans. J’ai longtemps travaillé à un autre scénario, mais qui n’a pu se faire pour des raisons financières. Dans cette frustration, j’ai écrit ce script qui s’est grandement inspiré de mon expérience personnelle à la frontière de la Louisiane et du Mississippi.  J’ai été très marqué par certaines rencontres de personnes vivant dans la forêt. J’ai souhaité retranscrire cette expérience de façon poétique. Je suis toujours frustré en découvrant des films qui se déroulent dans cette région et qui dépeignent une population reculée, voire presque arriérée.

  • Votre film est aussi une vision poétique de la nature.

Il y a une certaine magie qui se dégage de cette ancienne forêt. Elle ressemble un peu au paysage que l’on trouve au Golf du Mexique où vous avez d’immenses arbres et beaucoup de végétation avant de tomber sur une plage déserte. Je n’ai jamais vu un tel paysage ailleurs dans le monde. En 2005, l’ouragan Katrina a causé beaucoup de dégât dans cette forêt ravageant sur son passage 60 à 70% de son ensemble. J’ai été très marqué par cet incident, mais fut aussi impressionné par la vitesse à laquelle elle a repris forme.

  • Vos personnages sont obligés de continuer leur voyage à pied suite à un arbre tombé leur barrant la route,  comme un signe de la nature.

L’harmonie entre les êtres humains et la nature me préoccupe beaucoup. Werner Herzog parle très bien de ce sujet en expliquant au contraire que les deux sont de faux amis. Mon film traite de cela. La nature fait tout pour empêcher à ces deux frères d’arriver à leur but. Jack (Brady Corbet) pense être en harmonie avec elle, mais il ne l’est pas. Après tout, il participe à la déforestation de par son travail. Il y a une certaine ironie ici.

  • Jack semble être le fil conducteur de votre film.

Je ne pense pas ainsi. Son personnage va au-delà de sa propre personnalité. Le film va plutôt dans ce sens.

  • Le titre fait-il référence à Jack et Louis, ces deux frères silencieux ?

Ces two gates (deux « passages ») font à vrai dire davantage référence à la relation entre Jack et à sa mère. Le titre provient d’un passage tiré de l’Odyssée d’Homère où il est expliqué que notre existence change au moment de la mort.

  • Le fondu rose que vous incrustez au moment de la mort de la mère a-t-il un rapport avec cette idée ?

En effet, ces différents fondus que l’on voit dans le film sont des passages visuels qui pourraient symboliser ce passage entre deux mondes. Mais cela reste abstractif, il s’agit aussi d’un changement de conscience.

  • Cette photo est tirée de l’album « New picture for Paradise » du photographe allemand Thomas Struth. De quelle mesure cet artiste vous influence-t-il ?

Je suis un grand admirateur du travail de Thomas Struth. J’avais d’ailleurs toujours avec moi son ouvrage, à la fois pendant l’écriture et le tournage du film ! Je suis non seulement admiratif de ses clichés, mais aussi des textes qui vont avec. Sa série Museum Photographs où il modifie l’espace entre l’humain et les œuvres d’art reflète bien l’intérêt qu’il porte pour l’espace et plus particulièrement le cadre. Rendre tous les contours visibles est un travail particulièrement difficile en photographie. Nous nous en sommes beaucoup inspiré pour la photo.

  • Comment avez-vous justement travaillé avec votre directeur de la photographie Jody Lee Lipes ?

Lui et moi avons au préalable énormément parlé peinture et photographie. Nous avons revu plusieurs films ensemble. Il fallait surtout que l’on passe beaucoup de temps dans les bois afin de trouver les meilleurs endroits à filmer et trouver la composition parfaite. Il nous a fallu dix-huit jours pour tourner ces scènes de nature avec nos deux acteurs et un cameraman. Cette petite équipe entraine une grande liberté de mouvement, d’autant plus que nous n’avions qu’une seule RED Caméra.

  • Comme cette peinture de Rembrandt, votre film est très viscéral entre la mort du cerf et la mort de la mère.

J’ai en effet souhaité confronter l’aspect physique de l’aspect corporel. C’est pour cette raison qu’il dépèce le cerf au début du film. Il s’agit d’une protection entre le corps et l’esprit. Le corps du cerf est aussi important que celui de la mère.

  • Quelle différence faites-vous entre un animal et un être humain ?

Entre son vivant et sa mort, c’est une chose tout à fait différente (Rires). Ce qui m’intrigue est le cycle de la vie et de ce que notre corps devient sans vie. À la fin du film, quelque chose semble vivre dans la fosse que Jack creuse. Tout est connecté : que cela soit pour lui ou pour sa mère. Tout n’est pas terminé. On ne s’en aperçoit pas forcément, mais la musique joue à ce titre un rôle crucial puisque certains passages reviennent souvent par brides. Le son de la terre en couvre beaucoup d’autres. Tout cela est lié au cerf et ce qu’ils en font. Jack a le souci du détail que son frère Louis n’a pas. Leur confrontation est une parabole pour montrer qui nous sommes vraiment.

  • Avez-vous un frère ?

Oui, un frère cadet. Mais il n’a pas encore vu le film. Je ne sais pas trop ce qu’il va en penser (Rires).

  • Comment avez-vous mixé la musique écrite par Daniel Bensi & Saunder Jurriaans qui se mélange avec les bruits de la nature ?

Nous nous connaissons de longue date et ils ont déjà composé la musique de mon premier court-métrage. Cela fait plus de 10 ans que nous travaillons ensemble. Nous avons passé beaucoup de temps avec mon ingénieur du son. Cette balance était très délicate, car je ne souhaitais pas que la composition soit omniprésente. Chaque scène devait avoir son propre son que nous captions lors du tournage.

  • Vous êtes aussi crédité en tant que monteur au côté de votre acteur Brady Corbet.

Il m’a en effet beaucoup aidé lors du processus de montage. Nous avons passé 8 mois en salle de montage à Los Angeles. Je n’essaye pas de monter mon film en leur tournant, mais en laissant part au destin. Le premier scripte comportait beaucoup de description et de dialogue. Au long de la production, je me suis aperçu que les sous-entendus étaient beaucoup plus importants. Durant le tournage, j’ai donc laissé jouer les acteurs selon leur instinct. Entre le début du projet et le film terminé, ce qui a le plus changé se situe au milieu du film.

  • L’Art de bien mourir, Ars moriendi, vous a aussi beaucoup inspiré. On ressent pourtant dans votre film une certaine mélancolie faisant échos au romantisme, comme on peut le voir sur ce tableau de Caspar David Friedrich.

Effectivement, la lumière et la composition font échos au film. Cependant, un tableau ne sera jamais un film et inversement. Il faut donc réussir à se détacher de la simple image. Ce qu’a réussi à faire Lars Von Trier dans son film Melancolia est unique. Mais il vous faut beaucoup de temps et d’argent pour arriver à ce résultat. Nous nous sommes fixé des objectifs de notre côté que nous avons atteints parfois et à d’autres moments non. L’ars moriendi est la plus grande influence du film de par ses connivences avec des questions telles que le passage du temps et celui entre la vie et la mort.

  • « Two gates of sleep » pourrait avoir une connivence religieuse dans ce sens où il fait échos à la phrase « Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière ».

J’essaye ici de m’écarter le plus possible de la religion. Il s’agit plus d’un film spirituel que religieux. Les histoires religieuses sont une sorte de rationalisation de l’existence que l’on ne peut rendre narrative. Un film sert au contraire à créer des images suivant une autre spiritualité. C’est ce que j’aime dans les films de Tarkovski, Bresson ou encore Ozu.

  • Ceci  vous différencie d’ailleurs du cinéma de Terrence Malick dont on vous compare souvent.

Terrence Malick est en terme de nature une autre grande influence, mais en effet, je souhaitais me détacher de son style personnel. En même temps, les questions de fond sont les mêmes, particulièrement celles liées à notre existence.

  • Vous avez fait vos études à la Rhode Island School of Design dont est aussi sorti Gus Van Sant. Comme on le voit sur cette photo, votre film fait aussi échos à son film « Gerry ».

Encore une grande influence que ce cinéaste, mais pas pour cette œuvre spécifiquement.  Avec Gerry, je trouve qu’il s’égare de son style. Peut-être que le film est un peu trop sombre. Je le vois plus pour lui comme un exercice. Je suis cependant fasciné par sa capacité à capter l’attention du spectateur avec si peu d’action. Ce n’est qu’une fois rentré à la Rhode Island School of Design que j’ai découvert que Gus Van Sant en était diplômé. J’ai commencé par découvrir ses courts-métrages, des adaptations de nouvelles de William S. Burroughs.

  • Si Gus Van Sant a été influencé par Borroughs, Faulkner, de votre côté, vous a beaucoup inspiré, précisément avec son ouvrage « Tandis que j’agonise». Un titre qui aurait pu être celui de votre film.

Effectivement ! J’aurai adoré en faire une adaptation, mais il fait partie de ces livres que vous ne pouvez rendre à l’écran. Cet ouvrage fait aussi directement relation aux films de Terrence Malick. À vrai dire, je suis persuadé que « Tandis que j’agonise » est à l’origine de son propre style. Chaque chapitre est un monologue d’un personnage différent décrivant ses pensées. J’ai récemment vu The tree of life et je pense qu’il sera considéré plus tard comme son œuvre la plus majeure. Je n’ai jamais vu cela au cinéma auparavant : il réussit à vous faire redevenir un enfant, la caméra grandit elle-même au fur et à mesure. Je trouve cela brillant.

  • Pouvez-vous nous en dire plus sur votre rapport avec l’essai rédigé par Paul Schrader sur le style transcendantal au cinéma ?

J’ai passé du temps à déchiffrer ce que Paul Schrader initiait avec cet essai. Celui-ci se concentre sur les films d’Ozu, Bresson et Dreyer. Les œuvres de ces cinéastes vont au-delà la simple fonction cinématographique. Le mot transcendantal fait échos à celui de traverser. Il s’agit d’un passage d’un point vers un autre. Le titre « Two gates of sleep » est connecté à cette idée de passage.

  • Un peu comme dans le film « Donnie Darko » de Richard Kelly.

C’est un bon ami et nous en avons déjà parlé. Ce thème apparaît beaucoup dans ses films, particulièrement dans son dernier, The Box.

  • Le film a été produit par la société Borderline Films et par les cinéastes Antonio Campos (Afterschool) et Sean Durkin (Martha, Marcy, May, Marlene). Comment les avez-vous rencontrés ?

Il faut aussi mentionner le producteur Andrew F. Renzi. Nous nous sommes rencontrés au New York Film Festival en 2008. Je venais de découvrir Afterschool et j’ai proposé à Antonio Campos de découvrir mon court-métrage le lendemain. Ils ont lu le scénario de Two Gates et on décidait de le produire.

  • Votre film est sorti en avril dernier dans les salles américaines. Quel accueil a-t-il reçu ?

Le film a plu. Ne s’agissant pas d’un blockbuster, la sortie s’est faite de façon intimiste. Les spectateurs attendaient davantage le film pour se rendre dans une salle de cinéma. Le film est sorti à New York et à Los Angeles et devrait sortir dans d’autres villes du pays. À cela, il faut rajouter le nombre de festivals où le film fut diffusé.

  • New York voit émerger de nombreux nouveaux talents, en dehors du circuit cinématographique traditionnel.

J’aime à la penser. De nos jours, le système est devenu assez flou.  Le principal est de réussir à faire le film que vous souhaitez. Je ne suis pas tant rigide que cela sur la façon dont il est préparé. New York est ceci dit beaucoup plus ouvert à ce genre de cinéma.

  • Vos prochains projets ?

Je travaille justement à New York sur trois scénarios sans trop savoir pour le moment lequel sortira du lot. Je continue aussi à faire quelques courts-métrages et divers projets.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Edouard Brane le 23 novembre 2011

Exposition « Sociétés Secrètes » – CAPC de Bordeaux

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Poster le : 18-11-2011 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Interviews et dossiers

Vous qui avez toujours tout voulu savoir sur les organisations obscures et autres confréries (et pour ceux qui y appartiennent), rendez-vous au Musée d’art contemporain de Bordeaux pour l’exposition « Sociétés secrètes » qui s’y tient jusqu’au 26 février 2011. Visite guidée.

De 1993 à 2002, une série télévisée américaine a révolutionné le monde de la télévision par son concept mystérieux. X-Files flirtait alors avec le genre de la science-fiction et des sociétés secrètes. En 2011, son slogan « La vérité est ailleurs », devenu emblématique, reste toujours autant d’actualité.  Il se peut pourtant que vous puissiez la trouver au musée d’art contemporain de Bordeaux où se tient l’exposition Sociétés Secrètes conçue par les commissaires Cristina Ricupero et Alexis Vaillant.

Signes et symboles

Il faut en préambule dire que cette manifestation tombe à point nommée. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la crise avance à grands pas et nos politiques font tout pour en faire reculer l’échéance. Qu’on le veuille ou non, et sans se voiler la face, elle se présente bel et bien devant nous, les bras grands ouverts. L’arrivée d’un tel événement n’est jamais bon pour les sociétés secrètes où les masques tombent un à un, faisant désordre sur son passage. Dernier exemple en date, la société Goldman Sachs qui, après avoir placé ses pionts à travers le monde sur l’échiquier politique et financier, se voit perdre de sa puissance. Ces organisations, du type des omniprésentes Franc-Maçonnerie et Scientologie, gravitent tout autour de nous sans même que nous nous en apercevions. Les signes et symboles représentatifs de ces sociétés nous frôlent pourtant quotidiennement. Après avoir parcouru cette exposition présentée sur deux étages, nous parions que vous ne regarderez plus certains objets de la même façon. Triangle, damier, échiquier, colonne, bougie, lune, marteau, compas, équerre, bougie : voici autant de repères pouvant porter à confusion et rendre les plus illuminés d’entre nous paranoïaques.

Initiation, maîtres occultes, conspiration

À ce titre, l’Art joue un rôle bien particulier. Le risque de présenter en effet une exposition artistique sur un tel thème n’est pas sans conséquence.  Les commissaires ont pourtant réussi à la mener à bien et sans heurts, preuve d’une nouvelle ouverture d’esprit et d’un désir de révéler ces secrets si longtemps cachés. Le slogan de l’exposition résume d’ailleurs cette approche par ces mots : savoir, oser, vouloir, garder le silence. Plus concrètement, qu’est-on amené à découvrir en parcourant les étages de l’entrepôt Lainé situé à Bordeaux, ville si justement emblématique des sociétés secrètes ? Tout commence par le rez-de-chaussée où une grande porte noire pyramidale s’ouvre à vous. Une fois pénétré, le rite initiatique (et artistique) peut commencer. Divisée en cinq sections différentes (initiation, maîtres occultes, conspiration, savoirs occultes, états altérés de la conscience), cette visite débute comme un lancer de dé après avoir parcouru les premières pages d’un ouvrage tel que le livre dont vous êtes le héros. Le public n’est pas seulement invité à regarder une œuvre, mais à en déchiffrer son sens et le secret qu’elle cache en elle. Le tableau de Edward Kay, Family Secret (2011), pourrait ainsi en être le meilleur exemple.

En parlant de rite clandestin et au détour d’une salle au rez-de-chaussée, vous aurez la surprise de tomber sur le film Body Double 22 (2010) de Brice Dellsperger, une parodie transsexuelle du film Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Cette œuvre pouvant paraître abrupte, rappelle à quel point le cinéma est friand de ce thème comme le rappellent les films Complot de Richard Donner ou encore Les trois jours du Condor de Sydney Pollack. A noter aussi au même étages les œuvres de Goshka Macuga (The somnanbulist, 2006) et Eva Grubinger (The trial of Henry Kissinger, 2009).

Savoirs occultes, états altérés de la conscience

Après une partie sous les arches sombres et voûtées du musée, la suite de l’exposition prend une autre tournure dans un espace davantage éclairé et blanchâtre. À cet étage, d’autres films captiveront notre attention. Parmi eux, il y a celui de Kenneth Anger datant de 1969 intitulé Invocation of my demon Brother avec un Micke Jagger aussi hallucinant que dans le film Performance (1970) de Nicolas Roeg et Donald Cammell. Mais les œuvres les plus emblématiques de l’exposition (outre le nombre impressionnant de triangles que l’on rencontre) sont celles de Suzanne Treister. L’artiste anglaise a dessiné plusieurs tableaux à même de résumer au mieux l’histoire de ces sociétés secrètes et de leurs relations mutuelles. Qui plus est, elles sont complétées par un audioguide narrant une histoire de ces cercles exclusifs écrite par Gary Lachman, ancien batteur du groupe Blondy et grand adepte des traditions ésotériques occidentales.

Une fois arrivé au bout de cette imposante initiation, vous serez surpris par une œuvre des plus intrigantes : Dong (2006) de Julian Göthe. Dans un obscur et ténébreux espace s’échappe autour d’un miroir noir une lumière blanche quasi aveuglante. Cette œuvre pourrait résumer à elle-même l’objectif de cette exposition : découvrir le visible dans l’invisible. Si Sociétés secrètes nous délivre vaillamment quelques passe-partout pour mieux identifier ces organismes clandestins, on regrette simplement qu’elle ne délivre pas plus d’informations sur les œuvres présentes. Mais peut-être qu’il s’agirait alors d’élucider trop facilement des mystères qui vaillent mieux être gardés. Après tout, toute vérité n’est pas bonne à dire n’est-ce pas ?

A découvrir aussi sur Bordeaux :

Si vous êtes de Bordeaux ou de passage dans la ville, nous vous conseillons de visiter deux autres sites artistiques. Le premier est l’Institut Culturel Bernard Magrez. A l’image d’un François Pinault, ce nouveau mécène spécialisé dans la viticulture vient d’ouvrir sa première exposition d’Art contemporain intitulé L’Etoffe du temps. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une traversée temporelle dans l’art où vous aurez la chance de découvrir des œuvres de Picasso, Klein, Kentridge ou encore Giacometti et une vidéo de Mircea Cantor.

De son côté, le FRAC Aquitaine propose l’exposition Au loin, une île, une douce escale vers l’Angleterre. Consacrée à la scène artistique britannique actuelle, cette manifestation permettra de découvrir des œuvres à la fois moderne et contemporaine à l’image du Sea, Painting, Dunwish, Summer (2011) de Jessica Warboys créée pour l’événement. The Short and the Long of It 6.0 (2010-2011) de Uriel Orlow est quant à lui un dispositif fragmentaire ayant pour sujet l’immobilisation en 1967 de 14 cargos de nationalités différentes dans le canal de Suez.

E.B.

Interview/Débat – « Intouchables » – Omar Sy – Eric Toledano – Olivier Nakache

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Poster le : 19-10-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Depuis qu’ « Intouchables » est diffusé en avant-première à travers toute la France, le dernier film d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache ne désemplit pas. Le succès annoncé du mois de novembre (et de l’année ?) semble déjà montrer son nez au gré des séances qui se multiplient. La réaction est souvent la même : rire déployé, applaudissement à tout rompre et standing-ovation méritée pour une œuvre réussite et touchante, au sujet pourtant bien casse-gueule. Dernière preuve en date, l’accueil unanime réservé à l’équipe du film le 17 octobre dernier au Publicis où le film était présenté aux internautes les plus influents du web.  Voici la retranscription du débat ayant eu lieu à l’issue de la projection.


« Le moins personnel des sujets est celui que l’on sait le mieux exprimer sur nous »

Eric Toledano

  • Votre histoire s’inspire de la vraie vie du tétraplégique Philippe Pozzo di Borgo et de sa relation avec son aide-soignant Abdel Sellou. Comme ont-ils réagi à l’humour du film ?

Eric Toledano : Pour le moment, Philippe a vu le film, à l’inverse d’Abdel. Pour vous donner une idée de l’humour de Philippe, voici une anecdote : nous avions rendez-vous tout à l’heure, mais nous étions en retard… Nous sommes donc arrivés auprès de lui en nous excusant sur quoi il a répondu : « Vous savez, moi, je ne bouge pas ».  C’est lui qui nous a autorisés à aller vers cet humour. Il nous a montré à quel point la blague et la vanne pouvaient amener à un autre genre de relation.

  • Il s’agit ici de votre meilleur film et pour Omar Sy de son meilleur rôle. Après deux films personnels, pourquoi avoir spécifiquement choisi cette histoire ?

ET : Nous travaillons en commun avec Olivier depuis toujours. Nos premiers films peuvent aujourd’hui apparaître comme de simples tentatives, mais sincères. Nos jours heureux était un film de vacances léger, ce qui n’était pourtant pas du tout le cas pour nous. Nous nous sommes rencontrés en colonie et nous éprouvions une vraie nostalgie pour cette période. Nos comédies se sont construites sur des résonnances personnelles telles que la famille comme dans Tellement proche.

Pour Intouchables, après vision du documentaire consacré à Philippe Pozzo di Borgo, il nous est apparu que tout ce que nous avions envie de raconter était présent dans cette histoire. J’ai l’habitude de dire que le moins personnel des sujets est celui que l’on sait le mieux exprimer sur nous. Nous sommes nous même un binôme et nous arrivons à nous laisser la place pour exister. C’est aussi  ce qu’il se passe à l’écran car nous sommes complémentaires, tout comme les personnages l’ont été. On a ainsi pu trouver une façon d’écrire qui nous est aussi propre. C’est aussi le cas des grands réalisateurs que l’on admire depuis que nous sommes jeunes: ce qui est intéressant est de découvrir leur vision sur un sujet choisi. Il était temps de ne pas raconter notre vie qui n’est peut-être pas si passionnante que cela. Cette histoire était un coup de foudre. On est enthousiasmé par votre accueil, mais dans le chemin qui nous amené ici, plusieurs difficultés sont advenues. Quand on racontait le pitch au producteur en expliquant dès la première ligne qu’il s’agissait de l’histoire d’un tétraplégique, on nous répondait : « Mais pourquoi les mecs ? Vous qui étiez si sympa là… qu’est-ce que vous allez faire là-dedans ? » On savait qu’il y avait un réel défi et c’est cela qui nous a intéressés. Mais je vais plutôt laisser la parole à ma femme.

Olivier Nakache: Merci chérie (Rires). Quand on a vu en 2003 le documentaire dont est tiré le film, l’image où l’on voit Abdel porter Philippe nous a profondément marquées. Nous avons été saisis par la relation entre ces deux personnes opposées. Cette image a déclenché un mille-feuille d’idées ! On a donc essayé de retranscrire l’émotion émanant de cette image.

  • Omar Sy, avez-vous rencontré avant le tournage votre personnage ?

Omar Sy : Je l’ai pour la première fois rencontrée il y a exactement une heure !

  • Comment avez-vous construit dans ce cas votre personnage ?

OS : J’ai rencontré Philippe au Maroc bien avant le tournage et le scénario donnait déjà beaucoup d’indications. Cela m’arrangeait de ne pas le rencontrer tout de suite, car j’avais envie d’apporter quelque chose de neuf à cette histoire. Avec mon propre vécu et mon travail, j’ai pu apporter de nombreux détails.

  • Comment voyez-vous ce rôle après tout ce que vous avez pu faire ?

OS : Je pense que c’est très bien. (Rires) Je sens au fil des projections qu’il y a quelque chose de particulier avec ce film. En lisant le scénario, j’ai tout de suite senti que quelque chose se passait. Je suis tout simplement en train de kiffer !

  • Le couple que vous formez avec François Cluzet est vraiment touchant. Ceci vous a demandé beaucoup de travail ou cela s’est fait spontanément ?

OS : Il y a eu du travail, forcément, mais il y a aussi eu quelque chose de magique. Olivier parlait tout à l’heure de mille-feuille d’idées, il y en a aussi dans les rencontres. Il y a celle de Philippe et Abdel, celle d’Eric et d’Olivier, celle d’Olivier et Eric avec Philippe, puis la rencontre avec François et moi… Il s’est passé quelque chose entre nous. Nous nous sommes tout simplement rencontrés. Il n’y a pas eu d’effort pour se plaire ou se draguer. Cela s’est fait dans l’envie de faire un film ensemble. C’est donc une belle «rencontre-filmée». La prochaine rencontre se fera, je l’espère, avec le public.

  • Aviez-vous déjà lors de l’écriture vos acteurs en tête ?

ET : Cela va paraître démagogique, car il est à côté de nous, mais sans Omar, nous n’aurions jamais pu faire le film. Nous le suivons depuis ses débuts, nous avons toujours cru en lui. Auparavant, ce n’est pas qu’il s’ignorait ou s’excuser d’être là, mais il n’a tout simplement pas passé le même cursus que les autres acteurs. Il fallait lui donner la possibilité de s’exprimer. Nous avons toujours su qu’il fallait aller fouiller au fond de sa personnalité. Nous lui avons donc montré le documentaire en question avant de commencer à écrire pour lui tout en lui demandant s’il était partant pour cette aventure. Nous savions aussi que son vécu pouvait faire échos à cette histoire avec ce qu’il avait pu connaître dans sa jeunesse. C’est aussi pour cela que le fait de ne pas rencontrer Adbel était intéressant. C’est un rôle de composition qui reflète avant tout sa personnalité. Ce qui est moins le cas chez François Cluzet. Il a été d’un courage et d’une conviction emblématique pour rester assis dans un fauteuil pendant 12 semaines ! Il fallait être concentré au maximum et arriver à composer ce personnage qu’à travers le regard. François Cluzet est habité par la passion. On a rencontré beaucoup d’acteurs, mais de cette intensité, c’est vraiment rare. Nous avons en plus énormément appris face à un acteur qui a une sacrée expérience. Quand Omar parle de rencontre, ce sont avant tout celles qui vous changent.

  • Omar, est-ce la première fois que vous faisiez du parapente ? Et que s’est-il passé avec votre chaussure pour qu’il n’en reste qu’une seule à votre pied ?!

OS : Pour le parapente, oui ce fut la première fois et j’ai vraiment adoré ça ! J’étais content d’en faire alors que François, durant le tournage, n’en était pas vraiment fan. Pourtant c’est l’inverse qui se produit à l’écran ! Pour la chaussure, c’est la jeunesse ! Quand on est jeune, on veut crâner, on ne fait pas ses lacets et on perd ses chaussures. Au début c’est amusant, mais au bout du troisième saut, on ne sent plus rien tant votre pied est un glaçon. (Rires)

  • Est-ce que Fred Testot a vu le film ? Si oui, a-t-il été jaloux ?

OS: Il a vu le film très tôt et il a adoré. Il n’y a pas de sentiment de jalousie entre nous deux. C’est une autre histoire d’amitié entre nous et au contraire, il est ravi et fier pour son ami.

  • Qui de vous deux a écrit les dialogues ?

ON : Nous les avons écrits à deux. On connaît bien Omar donc on a écrit pour lui connaissant bien ses vannes. Il est très dans l’instantané. Quand on envoie quelque chose à Omar, on sait qu’il part parfois en improvisation… mais toujours contrôlée !

ET : Quand nous sommes partis dans le Nord par exemple, on a bien précisé que c’était lui qui avait proposé auparavant Dunquerke. Nous n’avons rien contre les gens de cette ville.

ON : C’est vrai ! Mettait une autre ville, vous allez voir, ça fait moins rires ! Essayez avec Avignon par exemple… (Rires)

  • Le film porte en lui quelques clichés sur la vie de banlieue. Etiez-vous obligé de les montrer de façon aussi exagérée à l’écran ?

OS : Pour moi, l’une des fiertés de ce film est que l’on montre la banlieue justement sans clichés. Je ne peux pas entendre dire ça, car nous n’avons rien voulu souligner. Nous l’avons montré dans son authenticité. Peut-être que cela dérange de voir des mecs à huit dans une baraque avec une toute petite baignoire, mais c’est la réalité. Le cinéma sert aussi à ça : les montrer comme ils sont, sans clichés. Le personnage de Driss vient de là. Quand on ouvre la porte à des gens comme ça, ils peuvent changer. C’est aussi ce que le film raconte. Je l’ai vécu moi-même et je n’ai aucun problème avec ça. Le film est inspiré d’un fait réel, mais on reste aussi dans la fiction. Il n’y a aucune gêne vis-à-vis de ce traitement.

  • Quelle est la part de fiction-réalité ?

OS : Bah la fiction, on a inventé tout le passage sur la banlieue justement ! (Rires)

ET : En fait, Abdel a été élevé dans une pension en Suisse (Rires). La vraie histoire date en fait d’une quinzaine d’années. Nous l’avons donc adapté au monde d’aujourd’hui. Dans les grandes lignes, il s’agit de la réalité. Ils s’amusaient ainsi à semer les policiers en voiture, Abdel a reconnecté Philippe à la séduction… Ce qui est peut-être moins vrai est qu’Abdel ne s’est pas mis à peindre et ils ne sont malheureusement pas allés voir Der Freischutz à l’Opéra Comique avec l’homme en arbre…

  • La force de votre film provient aussi du fait qu’il s’agit de deux êtres handicapés. Le premier dans la vie physique et l’autre dans la vie sociale. Comment avez-vous travaillé ce point précis ?

ON : Vous l’avez très bien résumé, les deux personnages sont handicapés. Il s’agit de la rencontre de deux solitaires dont l’histoire est véritablement extra-ordinaire. A eux deux, ils deviennent intouchables.

  • Sur Twitter, Laurent Ruquier pense qu’il s’agit du « Tchao Pantin » d’Omar Sy. Qu’en pensez-vous ?

OS : Je ne suis absolument pas dans le calcul. Je n’attends rien et je suis juste content de ce qu’il passe. Cela va être différent après, c’est sûr. Coluche a eu son Tchao Pantin. Me concernant, je ne me pose pas la question. J’espère juste que l’on me rappellera pour la suite !

Propos recueillis à Paris le 17 octobre 2011 par Edouard Brane

Interview – Opérabox#1 – Paul Agnew

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Poster le : 12-10-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Interview réalisée pour le site www.forumopera.com

Et si, arbitrairement, on mettait les artistes face à dex choix cornéliens en braquant sur leurs visages -si sympathiques- nos caméras inquisitrices ? C’est cela Opérabox: bombarder un artiste de questions qui font sens (ou pas du tout) et laisser à la virtuosité de leur esprit le soin de les tirer de cette mauvaise passe.

OPERABOX#1 => Paul Agnew, ténor et chef d’orchestre

A l’occasion de la sortie de son disque « Lamentazione » chez Virgin

Pour inaugurer notre « Opérabox », nous rencontrons le ténor Paul Agnew à l’occasion de la sortie de son premier disque en tant que chef: Lamentazione. Baroque ou classique, camembert ou cheddar, foot ou rugby… vous allez tout savoir sur ses préférences musicales, culinaires, sportives et politiques. Le tout dans un français parfaitement orchestré qui pourrait rendre jaloux William Christie.


Retrouvez cette interview sur le site de Forum Opéra => http://bit.ly/nAtOIY

Interview – « PURE » – Lisa Langseth

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Poster le : 12-10-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

« Une porte ouverte sur un nouveau monde »  – Une interview de Lisa Langseth, réalisatrice

Interview réalisée pour le site www.concertclassic.com où je suis nouvellement en charge de la rubrique « Musique & Cinéma »

Il n’y a pas que dans la nouvelle littérature policière que les Nordiques excellent. Prenez le cas de la jeune réalisatrice suédoise Lisa Langseth. À 35 ans, elle est déjà à l’origine de plusieurs pièces de théâtre à succès et du filmPURE qui vient de sortir sur nos écrans. Pour ce premier long-métrage qui conte l’histoire d’une jeune fille défavorisée tombant amoureuse d’un chef d’orchestre réputé, Lisa Langseth a eu la chance de collaborer avec l’Orchestre Philharmonique de Göteborg. Rencontre live from Stockholm où elle nous en dit plus sur son film, la place de la musique classique en Suède et l’influence de celle-ci sur la nouvelle génération.

PURE est avant tout une pièce de théâtre que vous avez montée en 2004. Pourquoi en avoir fait un film ?

LISA LANGSETH : La pièce était à l’origine un long monologue du personnage principal Katarina. Le scénario du film a dû être totalement réécrit. La différence entre les deux est assez conséquente, ne serait-ce que par l’arrivée de nouveaux personnages, des dialogues, etc.

La présence de la musique classique est-elle aussi importante dans la pièce que dans le film ?

L. S. : Oui. Cette histoire est avant tout celle de cette jeune fille défavorisée, Katarina, qui tombe amoureuse de quelque chose qui va au-delà de la simple réalité. Elle se prend de passion pour un art qui est plus beau que ce que le monde représente à ses yeux. Elle est dans la fleur de l’âge et cherche un sens à sa vie. À partir du moment où elle entend le Requiem de Mozart, elle trouve alors l’énergie pour survivre et aller de l’avant.

Votre film commence par un monologue où l’on entend la voix-off de Katarina s’exprimant dans un langage très cru. On entend par-dessus leRequiem de Mozart. Traitement antinomique non ?

L. S. : Il est très important de comprendre que Katarina n’appartient pas à ce monde de la musique classique, car elle n’a jamais reçu d’éducation spécifique pour cela. Elle ne fait pas partie de ce monde fermé. Dès le début du film, il faut saisir que cette jeune fille est totalement pure. Encore plus pure que n’importe qui d’autre. Son langage cru représente aussi sa personnalité. Elle vient d’une famille pauvre de la banlieue de Göteborg donc d’une autre classe. Elle cherche quelque chose qui puisse l’élever au-dessus du monde

Lire la suite de l’interview ici => http://www.concertclassic.com/journal/articles/alaune_20110928_3958.asp

Interview – Kinshasa Symphony – Claus Wischmann

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Poster le : 12-10-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

« Le cinéma offre des moyens beaucoup plus développés que la télévision » – Une interview de Claus Wischmann, réalisateur

Interview réalisée pour le site www.concertclassic.com où je suis nouvellement en charge de la rubrique « Musique & Cinéma »

Connaissez-vous l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste et son chefArmand Diangienda ? Pas encore ? Cela ne devrait pas tarder. Sorti le 14 septembre dernier dans les salles de cinéma, le documentaire Kinshasa Symphony de Claus Wischmann et Martin Baer dresse un portrait sensible et réaliste de cet ensemble étonnant, unique formation musicale au sein de la République Démocratique du Congo. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Claus Wischmann, déjà réalisateur de nombreux documentaires sur Edita Gruberova, Vivica Genaux ou encore Max Lorenz. Il nous en dit plus sur la conception de son documentaire et sur cet orchestre improbable avant tout guidé par la musique et la passion.

Comment est né votre documentaire « Kinshasa Symphony » ?

Claus WISCHMANN : Une amie berlinoise m’a parlé de cet orchestre incroyable. Musicien moi-même, j’ai tout de suite été intrigué par ce sujet avec l’envie de partir pour la République Démocratique du Congo. À partir de cet instant, il nous a fallu trois ans avec mon coréalisateur Martin Baer pour arriver au résultat final. Nous avons tout d’abord pris contact avec Armand Diangienda, le chef de l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste, et nous avons cherché des financements. Seul souci, personne ne voulait financer ce projet… Nous avons donc décidé de partir sans un sou vers Kinshasa pour commencer notre tournage. Revenu en Allemagne, nous avons fait un petit montage et le film a pu se faire.

Ce documentaire était-il destiné dès le début au cinéma ?

CW : J’ai réalisé de nombreux documentaires pour la télévision sur l’opéra et la musique classique, mais je savais que pour raconter cette histoire, le format cinématographique était indispensable. Puis, le film a pris de plus en plus d’ampleur. Cependant, je me suis vite aperçu de ma naïveté. Je ne me suis pas rendu compte à quel point la post-production allait être longue et fastidieuse.

Lire la suite de l’interview ici =>

http://www.concertclassic.com/journal/articles/alaune_20110920_3945.asp

Interview – Alessandro Raja – Festival Scope

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Poster le : 19-07-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Nouvel acteur au sein du paysage cinématographique, la plateforme Festival Scope s’adresse aux professionnels en leur proposant de visionner online des films indépendants sélectionnés dans les festivals du monde entier. Rencontre avec son fondateur Alessandro Raja.


Alors que Jules Verne mettait 80 jours pour faire le tour du monde, Festival Scope entend changer la donne en permettant aux professionnels du cinéma de se déplacer de chez soi vers les plus grands festivals du monde. Dix mois après son lancement, 45 festivals ont déjà participé à l’aventure permettant ainsi au cinéma indépendant de s’offrir une nouvelle vitrine et d’avoir une meilleure chance d’être distribué. Une aubaine à l’heure où le cinéma dit mainstream n’a jamais autant envahi nos écrans. Alessandro Raja, fondateur de Festival Scope et ancien directeur des ventes chez Celluloid Dreams, nous en dit plus sur sa plateforme et son combat pour sauvegarder la création artistique.

Pourriez-vous nous présenter votre plateforme Festival Scope ?

Festival Scope est une plateforme Internet réservée aux professionnels du cinéma (distributeurs, programmateurs de festivals, producteurs, chaines de TV, exploitants, sociétés de vente, journalistes de cinéma) proposant le visionnage en ligne des films programmés dans nos festivals partenaires. L’idée est de mettre en lumière ces films indépendants auprès des professionnels du cinéma pour en aider la promotion et la distribution. A ce jour, 10 mois après le lancement, nous avons des partenariats avec plus de 45 festivals internationaux comme Cannes (la Quinzaine et la Semaine), Berlin (Panorama et Forum), Rotterdam, Locarno, FID Marseille, Paris Cinéma, Clermont-Ferrand, Melbourne et plus de 500 films sont accessibles en ligne.

Comment arrivez-vous à nouer des partenariats avec des festivals du monde entier et comment sélectionnez-vous les films ? Quelles sont les difficultés que vous pouvez rencontrer lors de ces démarches ?

Les festivals sont nos partenaires. Chaque partenariat est différent, nous réfléchissons avec le festival à la meilleure formule pour travailler ensemble. D’une année sur l’autre, nous cherchons les pistes d’amélioration possibles.

Nous réfléchissons ensemble aux films présentés dans le festival qu’il serait intéressant de montrer sur Festival Scope. Ce sont principalement les films qu’il fait sens de mettre en avant auprès des professionnels, donc présentés pour la première fois, comme des premières de films locaux , des premiers films etc.

En quoi vos expériences passées vous ont-elles aidé à développer Festival Scope ? Qui sont les membres de votre équipe ?

Festival Scope est né en 2009 du constat de la difficulté accrue de distribution des films indépendants à l’international. C’est la combinaison de notre passion pour ce cinéma là, de notre expérience professionnelle dans la distribution internationale et des possibilités d’Internet. J’ai précédemment travaillé en tant que directeur des Ventes chez Celluloid Dreams ainsi que pour Coproduction Office à Paris. J’ai aussi vécu à Londres où je travaillais pour un distributeur: Artificial Eye ainsi que pour une salle de cinéma The Everyman. L’équipe est aussi composée de Mathilde Henrot, précédemment Directrice des Ventes chez MK2, Lucie Kalmar, précédemment en charge des festivals et des acquisitions chez Wild Bunch. Nous sommes également entourés de jeunes professionnels passionnés de cinéma et d’Internet qui nous aident à rendre Festival Scope plus vivant et plus cinéphile !

Quel est selon vous l’avenir du cinéma d’auteur et des festivals ? Festival Scope a-t-il pour vocation d’être ouvert un jour au grand public ?

Nous nous concentrons sur la promotion auprès des professionnels pour qu’ils trouvent encore plus d’angles d’accroche pour acheter les films, parler des films… pour qu’ils trouvent leur public ! Il y a beaucoup à faire dans cette direction et surtout en ce moment de très grande difficulté pour les films indépendants.


Propos recueillis par Edouard Brane  le 12 juillet 2011