« Inception » – Christopher Nolan – Avis partagé

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Poster le : 21-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Christopher Nolan est le nouveau maître du suspens, c’est chose indéniable et Inception est là pour le prouver. Avec cette énigme prenant la forme d’un labyrinthe géant et écrit sur dix ans, il renoue avec un scénario spatio-temporel qui fit sa découverte en 2000 avec Memento. Un premier film alors impressionnant et vraie énigme policière rendant jaloux les fans d’Hitchock.

Le parcours de Christopher Nolan est jusqu’à présent un sans faute. Même si l’on restera dubitatif face à son film Le Prestige qui manquait d’envergure, il a su s’imposer dans le paysage hollywoodien comme une valeur sûr et indispensable. Le seul problème qui se présente à lui aujourd’hui serait cette obligation de suivre les décisions des studios américains pour créer des œuvres avant tout bankable. C’est d’ailleurs ce que l’on reprochera à son dernier film Inception. Malgré la liberté de manœuvre que l’on ressent dans cette œuvre unique et passionnante à travers les marques de fabrique du cinéaste, on ne peut sentir qu’une obligation provenant des studios américains d’incorporer des éléments rendant le film accessible au plus grand nombre au détriment d’un désir de noirceur et de puissance psychologique toutefois perceptible. L’histoire d’amour larmoyante entre Dom et Mall Cobb en est la raison majeure.

Matrix, Blad Runner, Shutter Island, Brazil, Dark City… le film fait référence à beaucoup d’objets cinématographiques mais reste cependant unique grâce à un scénario réfléchi, bien ficelé et sans faille. Comme si Nolan avait retenu la leçon de Jean Gabin lorsqu’il affirmait qu’un bon film nécessité trois éléments indispensable à savoir un scénario, un scénario et un scénario. C’est chose prouvé avec la machine Inception.

Rendons à César, ce qui est à César, Nolan soigne toujours ses castings et a monté une solide équipe sur ce projet, à l’inverse de celle que l’on a vu récemment dans l’adaptation de L’agence tous risques, film d’espionnage raté. Cependant, on préfèrera les seconds rôles aux acteurs principaux avec en tête Cillian Murphy et Joseph Gordon-Lewitt. Si Leonardo DiCaprio jouait les rebelles beau gosses dans sa jeunesse, il continue ici à incarner ce qui devient sa nouvelle marque de fabrique : l’investigateur tourmenté en proie à des hallucinations et des délires phobiques. Après Aviator, Les Infiltrés, Shutter Island et maintenant Inception, cela commence à faire beaucoup… mais on y croit. Marion Cotillard continue son ascension hollywoodienne en en faisant un poil trop et rendant parfois certaines scènes longues et ennuyantes. C’est aussi ce que l’on reprochera à Inception : de prendre trop son temps avant que ne débute l’intrigue principale, qui elle-même met du temps à se terminer (il en faut pour que le camion tombe dans l’eau). Enfin, alors qu’elle est un poids pour certains, la musique de Hans Zimmer est au contraire suffisamment prenante et stressante pour nous faire sautiller de notre siège au bon moment et créer ce fameux suspens.

On préférera ne pas s’attarder sur une explication longue et banale du pourquoi du comment en préférant laisser le spectateur dénicher la sortie de ce labyrinthe par lui-même, quitte à aller revoir le film plusieurs fois en salle. Nul doute que cela aidera à mieux déceler les nœuds du film et en sortir avec une nouvelle explication à chaque fois différente.

Inception ne manquera pas de marquer l’histoire du septième art. On en sort malgré tout légèrement frustré comme si le cinéaste avait voulu en faire un peu trop. Il en résulte au final une œuvre unique en son genre que l’on a envie de chérir et de garder dans sa tête, quitte à en rêver dans son lit.

Ouverture de Paris-Cinéma en présence de Woody Allen pour « You will meet a tall dark stranger »

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Poster le : 02-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Rien à dire, ce fut une belle cérémonie d’ouverture. Tout d’abord parce que le cinéma Gaumont Opéra offre une bonne climatisation face à la chaleur extérieure, mais surtout parce que Woody Allen a fait l’honneur de sa présence au côté de la présidente du Festival, Charlotte Rampling, du maire de Paris Bertrand Delanoë et son adjoint chargé de la culture Christophe Girard. S’exprimant dans un léger français, le réalisateur New Yorkais a affirmé être heureux d’être présent à Paris en espérant que son film plaira au public et que si ce n’était pas le cas, qu’il aurait une chance de se rattraper grâce à son prochain film tourné à Paris.

Oui, on aime Woody Allen et il est difficile de ne pas aimer chacun de ses films. Et pourtant, on restera dubitatif face à sa dernière œuvre. Pour résumer, You will meet a tall dark stranger plaira très certainement aux non connaisseurs du cinéaste et inversement ennuiera quelque peu ses inconditionnels. De retour à Londres, Allen semble avoir fait un mix de chacun de ses films à travers une galerie de personnages tout aussi gauches que lui-même et embarqués dans des situations que seule la vie nous réserve. Accordons ceci à cette oeuvre: il devient à chaque fois amusant de retrouver des acteurs connus et réputés comme Antonio Banderas, Josh Brolin ou Naomi Watts sur un projet de Woody Allen, surtout quand ils réussissent à prendre le ton, l’intonation et la gestuelle si propre au metteur en scène. Anthony Hopkins paraît à son tour le double d’Allen et réussit à émouvoir par sa timidité mais aussi par sa stupidité. Mais la vraie découverte du film reste celle de l’acteur Roger Ashton-Griffiths qui joue le rôle d’un vieux libraire endeuillé. Sa voix et son physique sont employés à merveille et il suffit de le voir à l’écran pour reconnaître l’Angleterre. Plus sombre qu’on ne le pense, You will meet a tall dark stranger marque les esprits pour sa gravité et sa noirceur cachés sous un humour britano-américain dont Allen devient peu à peu le spécialiste. On a donc hâte de découvrir son film parisien avec notre Carla Bruni en directrice de musée.

« La merditude des choses » – DVD – Edition MK2

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Poster le : 30-06-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Jamais un film n’aura aussi bien porté son nom que La merditude des choses.  Et puisque le terme est de circonstance, ne nous gênons pas car il s’agit bien d’une vie de merde qui nous est montrée à travers ce film. Au-delà du mot lui-même, trop souvent péjoratif, il y a avant tout une belle histoire de filiation entre un père et son fils. Deux générations pas si éloignées que cela qui se font face dans un monde où tous les excès sont permis.  Où l’alcool coule à flot, les cigarettes s’écrasent les une sur les autres jusqu’à former une montagne de cendre et enfin où les années 80-90 sont immortalisées par les queues de rat derrière la nuque et les pull trop long à forme géométrique. C’est dans ce magnifique environnement que vit le clan de la famille Strobbe : une mère gâteuse, quatre frères tous simplets et entourés du petit dernier Günther, conteur de cette histoire et futur romancier à succès. Même si le film souffre de longueurs et d’un manque de fil conducteur, on restera sous le charme de ces moments de tendresse partagés avec les Strobbe dont le meilleur moment restera la création d’un nouveau jeu ayant pour thème le Tour de France…

(C’est en flamand mais pas si difficile à comprendre !)

Adaptation du best-seller de Dimitri Verhulst De helaasheid der dingen, ce film présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2009 sort en DVD dans une édition qui respecte comme il faut l’univers de ce monde étrange. Tous les éléments sont réunis sur ce boitier à l’accent si flamant : la police, les capsules de bière entassées les unes sur les autres et les photos de famille qui sont autant d’éléments emblématiques tirés de cette fiction qui semble au final loin d’en être une. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur la conception de ce film unique en son genre, nous les invitons à regarder les bonus de la Strobbitudes qui leur permettront d’en savoir plus sur cette famille décalée, les différents trucages et surtout les différentes beuveries. Clou du spectacle, les éditions MK2 propose de re-découvrir l’épisode culte de l’émission Strip-Tease Les aventures de la famille De Becker, à consommer sans modération et de préférence juste après visionnage du film lui-même.

La merditude des choses

Un film de Felix Van Groeningen avec Johan Heldenbergh et Koen De Graeve

Distribution : MK2 Editions

Fiche produit boutique MK2

Date de sortie : 05/05/2010

« Dog Pound » – Kim Chapiron – Critique

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Poster le : 25-06-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Plus que le film lui-même, il y a l’histoire qui entoure ce second long-métrage réalisé par Kim Chapiron. Un projet qui a pris quatre ans à se réaliser, avec des acteurs pour la plupart non professionnels et des incidents en tous genres sur le plateau de tournage. Le résultat n’en est que remarquable : une immersion intense et  extrême dans le monde carcéral juvénile.

Au milieu du film, une question taraude le spectateur. Sommes-nous dans une fiction ou dans la réalité ? C’est ici que réside la plus grande force de ce long-métrage. Au delà du principe même de docu-fiction, Kim Chapiron et son coscénariste Jérémie Delon ont réussi à élaborer un scénario soigné et particulièrement vrai.

Quatre ans de travail

Après le succès de son premier long-métrage Shetan, Kim Shapiron se voit proposer par le producteur George Bermann le projet d’un long-métrage sur l’univers carcéral pour jeunes délinquants. Ce sera le point de départ de quatre ans de recherche intensive pour arriver à un film qui, comme l’affirme le réalisateur lui-même, ne cherche pas à être politique mais à faire passer des émotions plutôt qu’un message spécifique.  Plus qu’un film de prison, il s’agit avant tout d’un film sur l’adolescence, thème qui a toujours fasciné et inspiré Shapiron, co-fondateur avec Romain Gravras du collectif artistique Kourtrajmé. Pour ce film, le réalisateur a fréquenté plusieurs centres de détentions situés dans le Midwest des Etats-Unis, dormant avec son coscénariste dans des motels miteux pour écrire au jour le jour cette histoire parsemée de détails aussi vrais que sincères.

Interview – Kim Chapiron

Un casting sur-mesure

Si cette impression de réalisme choque autant le public, c’est en partie grâce au casting composé de ces jeunes prisonniers que l’on suit pendant quelques jours. Par tous les moyens possibles, l’équipe du film est partie à la recherche d’adolescents issus de milieux difficiles pour composer ce groupe de détenus. Que cela soit dans de petites superettes à l’américaine, dans des agences de recherche d’emplois ou même dans des bars situés au fin fond de l’Amérique, touts ces acteurs non-professionnels ont été choisi sur-mesure dans l’unique but de retranscrire au mieux la réalité des faits à l’écran. Le meilleur exemple en est le personnage de Banks sorti véritablement d’un centre de détention pour mineurs la veille du tournage. Comble de cette pratique, l’acteur principal du film Adam Butcher, interprétant le rôle de l’impulsif et violent Butch, a lui-même été incarcéré à plusieurs reprises au cours du tournage.

Butch, Davis, Angel et les autres

Trois vies qui se croisent dans des circonstances presque identiques. Trois voyous pris à la charge de l’Etat qui vont vivre les pires instants de leur vie et vont devoir se défendre et se souder pour survivre. Outre quelques références à Full Metal Jacket de Stanley Kubrick ou encore aux Evadés de Frank Darabont et des œuvres de Larry Clark, la force de Chapiron est de ne pas se laisser dépasser par son sujet et de réussir à garder un regard neutre et précis sur ce monde impitoyable. Si le personnage de Butch semble être le point névralgique de cette prison, ces jeunes apparaissent à nos yeux identiques malgré leur différence de caractères, de milieu social et d’origine. Parmi tous ces personnages, le gardien Goodyear est certainement le plus intéressant. Avec sa voix rauque, son regard perçant et son comportement austère, ce puritain cherche tant bien que mal à faire respecter l’ordre dans cet univers présenté sous forme de huis clos. Comme le lui rappelle son supérieur, il s’agit aussi de ses propres enfants qu’il doit surveiller, laver et soigner. La lumière blanche du cadre souligne sans défaut cette notion de rigidité et de pureté, opposée à la saleté et la méchanceté des êtres qui la compose.

Semblable à des chiens enragés que l’on enferme dans une cage et qui sont près de s’entredévorer, Dog Poung propose une vision noire et négative du monde carcéral nous renvoyant à notre propre réalité : un sentiment d’enfermement et de précarité. Dans un autre genre, le film allemand L’expérience d’Olivier Hirschbiegel tentait de faire le même constat mais avec le réalisme en moins.

« Année Bissextile » – Caméra d’or – Critique

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Poster le : 24-06-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Ce film mexicain réalisé par un cinéaste d’origine australienne a gagné cette année au festival de Cannes la prestigieuse récompense de la Caméra d’or. Ce prix récompense un premier long-métrage provenant de toutes sélections confondues et a été remis par le président du jury Gael Garcia Bernal. Un long-métrage osé, dérangeant, provocant et intimiste. Avis partagé.

Agé de plus de 35 ans, le réalisateur Michael Rowe d’origine australienne a de quoi être fière et heureux. En recevant son prix lors de la cérémonie de clôture du festival de Cannes, il a rendu hommage au Mexique pour lui avoir permis de créer ses personnages de Laura et Arturo. Vivant à Mexico depuis plus de 15 ans, cet ancien étudiant de littérature post-coloniale anglaise est déjà l’auteur de trois pièces de théâtre et passe donc pour la première fois derrière la caméra.

Son film Année bissextile ne manquera pas de partager les avis, d’en dérouter certains et d’être apprécié par d’autres. On ne manquera pas pourtant d’être pris d’affection pour son personnage principal, la pauvre et solitaire Laura âgée de 25 ans. Journaliste indépendante travaillant de chez elle, elle mène une vie morne et monotone, accumulant les conquêtes d’un soir jusqu’à sa rencontre avec l’étrange et énigmatique Arturo.

Le pari était risqué, le résultat est à la hauteur. Filmer pendant 1h30 la vie d’une jeune femme pendant un mois dans un petit appartement de Mexico n’est pas une mince affaire. Autant dire que le réalisateur a posé dans tous les recoins possible sa caméra pour en saisir le maximum d’intimité et de voyeurisme qu’offre ce petit appartement. Mûrement réfléchi et par moment oppressant et  écrasant, chaque scène offre de long plan-séquence à l’image fixe dont le seul but est de suivre le regard et les mouvements de la jeune Laura. Peu importe les différents hommes qu’elle ramène chez elle ou la venue de son frère par moments, la volonté première du cinéaste est d’uniquement filmer le parcours de la journaliste, laissant planer le suspens qui entoure son passé. Seuls quelques indices comme une photo dans un cadre et un calendrier dont la date du 29 février est dessiné au crayon rouge seront dévoilés aux spectateurs.

Ce huis clos ne manquera donc pas de choquer certaines personnes pour ses scènes crues et difficiles faisant échos au film chilien Tony Manero présenté il y a deux ans à la Quinzaine des réalisateurs. Il faut avouer qu’il y a un côté facile et gratuit à montrer ces ébats sexuels entre deux êtres obligés d’avoir recours à la violence physique pour échapper à leur triste quotidien. Malgré cela, on ne peut que ressentir de la peine et de la compassion pour ce couple dérangeant aussi paumé l’un que l’autre. Elle, est obligée de s’inventer une vie et passe son temps à mentir à son entourage tandis que lui rêve d’une carrière d’acteur presque impossible. Ce que nous montre le réalisateur Michael Rowe est un état des lieux du Mexique : un pays où l’on se perd facilement avec ses personnages marginaux issus de communautés indiennes.

La relation entre ces deux individus est malsaine. Entre bourreau et victime, les rôles s’inversent au fur et à mesure jusqu’à ce que l’homme soit pris dans son propre jeu et se retrouve dans une situation d’abandon. Une manière de conclure qu’il n’y a pas au final de solution aux problèmes quotidiens et que la pauvre Laura est condamnée à continuer sa paisible existence.

Malgré certaines scènes difficiles mais installer tout en pudeur, le cinéaste Michael Rowe propose un film marquant sur une jeune femme en manque d’amour et au passé trouble. Une interprétation imposante portée à l’écran par la courageuse et téméraire Monica del Carmen qui offre un vrai rôle de composition au côté de l’acteur Gustavo Sanchez Parra déjà vu dans Amour Chiennes de Alejandro Gonzalez Inarritu et Trois enterrements de Tommy Lee Jones.

« Adieu Falkenberg » – Jesper Ganslandt – Interview

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Poster le : 17-05-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Interviews et dossiers, Nouveaux Films

Les pays scandinaves n’arrêteront pas de nous  surprendre. Avec « Adieu Falkenberg » qui arrive aujourd’hui sur nos écrans, le jeune réalisateur Jesper Ganslandt revient à l’image de Gus Van Sant sur les angoisses et doutes qui guident tout adolescent passant à l’âge adulte. Un film autobiographique profond et intime découvert par le distributeur E.D Distribution.

Adieu Falkenberg est une vraie surprise. Réalisé en 2006 par un jeune réalisateur suédois âgé d’à peine 25 ans, ce film sincère et autobiographique marque les esprits grâce à son thème universel et par l’honnêteté de ses interprètes. C’est sur un coup de tête que le cinéaste Jesper Ganslandt décide de revenir dans sa petite ville natale de Falkenberg. Son objectif est alors de filmer ses souvenirs d’adolescence lorsque lui et ses proches  étaient en proie aux doutes et à la peur de passer à l’âge adulte et de devoir prendre des décisions cruciales. Autofinancé, il aura tourné 100 heures de rushs et passé 3 ans en salle de montage pour arriver à réaliser un film parfois long mais attachant et émouvant. Nous l’avons rencontré lors de son passage à Paris à l’Institut Suédois.

  • Quand vous est venu l’idée de réaliser un film sur votre ville natale de Falkenberg ?

J’ai toujours voulu faire un film sur Falkenberg. Cette idée trottait dans ma tête depuis longtemps et je voulais filmer cette fin d’adolescence et ce passage vers l’âge adulte avec les uns qui restent et les autres qui partent. On a donc commencé à parler du scénario avec mes proches et amis afin de retranscrire au mieux notre passé. Mais le déclencheur a été mon départ pour Stockholm à l’âge de 18 ans.

  • Qui sont les acteurs du film ?

Il s’agit d’acteurs non professionnels puisque ce sont mes vrais amis accompagnés des membres de leur famille et quelques habitants de Falkenberg. L’objectif était de se rapprocher le plus possible de la réalité.

  • Etait-il difficile de les convaincre de jouer dans le film ?

Au moment du tournage, personne ne pensait que le film sortirait sur les écrans. Tout le monde avait donc donné son accord et a immédiatement joué le jeu.

  • Qu’ont-ils pensé une fois le film terminé et projeté ?

Trois ans se sont passés entre le tournage du film et son montage final. On a donc décidé d’organiser une séance spéciale à Falkenberg où tous les habitants furent invités à une projection spéciale. Les gens ne savaient pas trop quoi penser du film au début mais il fut au final très bien accueilli. J’étais très anxieux à l’époque. Je pense qu’ils ont été heureux de voir un film original sur leur ville. Mais celle-ci n’a pas évolué pour autant. J’ai surtout entendu dire qu’ils étaient assez fiers qu’un film évoque leur ville. Pour moi, ce long-métrage n’est pas une histoire sur Falkenberg mais davantage un film sur les questions que de jeunes adolescents peuvent se poser sur leur avenir.

  • Jusqu’à quel point votre film est-il autobiographique ?

Un film ne peut être à 100% autobiographique sauf s’il s’agit d’un documentaire. La plus grosse partie du film reste du vécu, à hauteur de 65%. Au début du film par exemple, l’un des personnages mange du bacon devant sa mère qui lui demande s’il est déprimé pour manger aussi gras.  C’est une histoire dont j’avais déjà entendu parler et par respect, j’avais fait la demande pour la retranscrire à l’écran. Trois ans plus tard, lors de la projection à Falkenberg, la personne à qui j’avais demandé la permission d’utiliser cette anecdote est venue vers moi pour me féliciter de cette scène mais en ayant totalement oublié que cela lui était véritablement arrivé ! Quand la fiction dépasse la réalité !

  • Avez-vous créé des personnages de toutes pièces ?

Vous êtes forcément obligés de créer des personnages quand vous réalisez un film. L’idée principale était de partir avec ce que nous avions, prendre les éléments les plus importants et commencer à peindre la fiction. Nous ne nous sommes mis aucune restriction.

  • Vous jouez dans le film le personnage qui revient dans sa ville natale après l’avoir quittée. Etait-ce important d’apparaître dans « Adieu Falkenberg » ?

Pas forcément. C’était plutôt naturel et il ne s’agissait pas d’un grand rôle. De plus, mon rôle n’est pas à 100% autobiographique, mais s’inspire de ma vie et de quelques autres personnes. Il s’agit ici d’un jeune qui fait souvent des allers-retours entre sa ville et l’étranger. Je n’ai jamais autant voyagé que lui.

  • L’amitié entre John et Holger est très animale par moments, voir ambiguë. Etait-ce un parti pris ?

Je voulais montrer une relation particulièrement forte entre ces deux amis. S’ils passent autant de temps dans la nature, c’est parce qu’elle offre une sorte d’échappatoire à la vie quotidienne. L’eau, les arbres, l’herbe sont des refuges pour eux. J’ai avant tout montré ce qu’est une vraie amitié entre deux proches.

  • Quelle fut la scène la plus difficile à tourner ?

Je pense qu’il s’agit de celle où l’un des personnages n’ose pas dire à son frère ce qu’il vient de se passer et se met à courir comme un fou. Il s’agit d’une scène clef mais aussi un moment fort pour nous tous. On avait l’habitude d’improviser pour quelques séquences, mais il s’agissait ici de répéter la scène pour la rendre particulièrement réaliste.

  • Malgré ses aspects sombres, le film reste optimiste…

Je suis d’accord. Le message principal a toujours été présent, mais il y avait tellement de chose que l’on souhaitait aborder. Au moment du tournage, on ne savait pas vraiment écrire de script. Rien n’était planifié. Nous avons décidé de partir à Falkenberg avec du simple matériel et un directeur de la photographie, puis de tourner tout ce qui s’offrait à nous. C’est pour cela que le montage a duré aussi longtemps. Avec les images que nous avions, nous aurions pu faire 3 à 4 films différents. Ce n’est qu’au bout du deuxième montage, un an et demi après le tournage que j’ai décidé de faire un film optimiste sur la vie qui continue malgré les moments tragiques que l’on peut vivre ou connaître. J’aime particulièrement la fin et son générique avec ces photos qui défilent.

  • La musique est très présente dans le film. Comment avez-vous travaillé avec votre compositeur ?

On vivait tous dans une maison durant le tournage du film et le compositeur faisait aussi partie de l’aventure. Il a composé durant tout le long du projet, que cela soit pendant que l’on tournait jusqu’au montage final. Lui aussi revenait à Falkenberg et cela l’a beaucoup inspiré.

  • Pourquoi le montage a-t-il pris 3 ans?

En fait, il s’est fait sur 3 ans. J’avais plus de 100 heures de rushs et il me fallait faire un gros travail de montage. Comme on a autofinancé le film, il me fallait aussi travailler après le tournage pour pouvoir vivre. Lors du premier montage, je suis arrivé à 30 minutes de film quand j’ai réalisé que ce n’était pas du tout ce que je souhaitais montrer au public. J’ai donc laissé reposer un peu le projet avant de reprendre à nouveau le montage. Au bout de deux ans,  un producteur a découvert le projet et a souhaité participer au film en finançant toute la post-production qui a pris au final un an.

  • On peut voir des images d’archives filmées en 8 mm. D’où vient cette vidéo ?

Il s’agit réellement d’images prises par les parents de John et Holger durant leur jeunesse. Ils ont aimablement accepté de montrer ces images. Je ne sais toujours pas pourquoi ils ont accepté mais ce fut vraiment généreux de leur part.

  • Comment pourriez-vous décrire la ville de Falkenberg ?

C’est une ville touristique. Vous y allez en été pour nager dans l’océan et vous vous  allongez à la plage. La ville est en revanche totalement endormie en hiver.

  • Vous y retournez tout de même encore aujourd’hui ?

Oui, j’y ai d’ailleurs un mariage en juin prochain !

  • Votre vision de Falkenberg a-t-elle changé ?

Elle est complètement différente. Il s’agit d’une petite ville charmante pour moi maintenant. Je n’arrive plus à y trouver de forts sentiments émotionnels. Ils résident dans le film. Mais j’aime y retourner tout de même de temps en temps.

  • Le film a-t-il été sélectionné dans plusieurs festivals ?

Le film a été présenté à Venise et Toronto et a tourné pendant deux ans dans d’autres festivals. Ce fut une expérience parfois difficile car je ne savais pas  quoi attendre du public mais ce fut incroyable de pourvoir le montrer à des spectateurs différents. Dans l’ensemble, les réactions ont été similaires et j’en suis très heureux car ce film est pour moi universel.

« Le Fil » – Claudia Cardinale – Critique

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Poster le : 12-05-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Nouveaux Films

Ayant délaissée depuis un certain temps le grand écran pour s’occuper de nombreuses organisations caritatives, Claudia Cardinale revient enfin en haut de l’affiche dans Le Fil, premier film du jeune réalisateur tunisien Mehdi Ben Attia. Ce qui aurait dû être un retour en grâce n’est malheureusement qu’une grande déception dans ce long-métrage intéressant mais cependant bancale, long, déjà-vu et aux dialogues bien pauvres…


Avec Le Fil, Mehdi Ben Attia a souhaité dénoncer à sa façon le problème de l’homosexualité dans son pays d’origine qu’est La Tunisie où la religion et les principes moraux restent encore aujourd’hui de nombreux freins à la liberté d’expression et à la libre-pensée. Malgré cette démarche que l’on salue et admire, le cinéaste déçoit en nous plongeant dans une histoire sans fil conducteur et avec une direction d’acteurs navrante et aux dialogues sonnants particulièrement faux.

Trois sujets en un

Trois sujets se font en réalité face dans ce film franco-tunisien. Le premier, l’homosexualité, est le plus important aux yeux du cinéaste et se superpose à deux autres thèmes que sont la bourgeoisie tunisienne et la difficulté d’insertion dans son pays d’origine. Outre leur ressemblance et leur amour communs, Malik et Bilal ressentent tous deux une certaine solitude face à une société qui ne les comprend pas et dont ils cherchent les repères. Malik souhaite tant bien que mal à se détacher de sa mère tandis que Bilal essaye de s’insérer dans la société en apprenant l’Arabe et vivant de petits boulots. En confrontant ces deux individus venant d’horizons différents, l’un d’origine aisée et l’autre modeste, Mehdi Ben Attia offre avant tout une réflexion sur la bourgeoisie contemporaine entre ouverture d’esprit et renfermement sur soi-même. Entrecoupé par des scènes invoquant le passé du père mourant, le cinéaste insiste sur la différence de pensée au sein d’une même famille entre un père aux idées trop arrêtées face à une mère, certes possessive, mais prête à briser les conventions comme elle a su le faire dans sa jeunesse.

Plusieurs maladresses

Même si l’on est porté par cette histoire qui ne cassent pas non plus des briques, on reste consterné devant ces dialogues bien pauvres et un jeux d’acteurs inexistants. Antonin Stahly, dont c’est le premier grand rôle au cinéma, est d’un plat absolu à l’intonation la plus basse et dont la démarche est elle aussi navrante. Face à lui, on préfèrera Salim Kechiouche dans un rôle qui lui convient (trop) parfaitement après ses prestations dans les films de Gael Morel. Face à eux, Claudia Cardinale interprète une mère attachante mais malheureusement sans grâce et aux traits exagérés. L’image est propre et la musique aux sons de ces pianos et violons stridents ressemble à une symphonie contemporaine par moment assommante et inadaptée tout comme certaines séquences.

Malgré un thème fort et un désir sincère de dénoncer les travers d’une société trop renfermée sur elle-même, Le Fil déçoit  et ennuie en nous laissant une grande impression de déjà-vu. Pouvant faire échos aux œuvres d’Egoyan, Ozon ou encore de Fassbinder, Mehdi Ben Attia se laisse trop emporter par son sujet au détriment dans sa direction d’acteurs.



« Greenberg » – Noah Baumbach – Ben Stiller – Critique

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Poster le : 29-04-2010 | Par : Edouard | dans : Nouveaux Films

Scénariste pour Wes Anderson et réalisateur du déjà existentiel Les Berkman se séparent, Noah Baumbach revient avec Greenberg, un film co-écrit avec Jennifer Jason Leigh où l’on retrouve en haut de l’affiche un Ben Stiller à contre-emploi. Un film bavard et long : quand le cinéma indépendant américain dépasse ses limites.


Noah Baumbach fait parti de ces nouveaux réalisateurs américains dont l’originalité réside dans ce désir de revenir à un cinéma des années 70 quand ce dernier s’intéressait aux doutes existentielles de ses personnages et offrait des situations parfois invraisemblables. Le réalisateur cite tout naturellement Le privé de Robert Altman qui était certainement le réalisateur le plus à même de se rapprocher de ce genre. Sauf qu’à force d’en faire trop et de vouloir se démarquer des autres, Baumbach et Leigh se perdent eux-mêmes dans un scénario sans cohérence en peignant des personnages, certes paumés et au bout du rouleau, mais qui ne semblent pas évoluer et ennuient le spectateur.

Ben Stiller dépressif

Après avoir transformé Jeff Daniels portant une barbe bien coupée et avec quelques kilos en plus dans Les Berkman se séparent, Baumbach nous propose avec Greenberg de nous présenter un Ben Stiller comme on l’avait jamais vu : les cheveux longs, amaigri et dépressif. Si son personnage offre des traits intéressants au début du film, son évolution dans Los Angeles ne fournit pas assez d’éléments pour que l’on suive avec intérêt son séjour dans la cité des anges. Son entourage que l’on sera amené à rencontrer ajoute de la lourdeur aux dialogues et  aux situations à l’image de son meilleur ami Ivan (Rhys Ifans) ou de cette jeune fille de 25 ans (Greta Gerwig) à la voix mortifiée.

Une autre image de Los Angeles

Avec ce film, Baumbach et Leigh proposent une nouvelle vision de Los Angeles en posant leur caméra dans des lieux que l’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma et se rapprochant au mieux de la réalité. C’est chose réussi par moment (le quartier juif orthodoxe de FairFax, le célèbre restaurant Musso & Franck Grill ou encore les sentiers de randonnée du Runyon Canyon) mais il semble pourtant que les auteurs du film délaissent parfois ces paysages pour poser uniquement leur caméra sur le visage de leur protagonistes. Entre ces grandes routes, ces magasins et ces immenses maisons vide, le spectateur devient aussi perdu et désemparé que Greenberg lui-même.

Échos à Bret Easton Ellis

On sera pourtant surpris de voir que le film fait intrinsèquement référence au roman Moins que zéro de Bret Easton Ellis publié en 1985 où il évoquait le retour d’un jeune adolescent en mal être à Los Angeles où drogue et rock’n’roll allaient bon train. Greenberg pourrait être le pendant de ce roman. On y trouve la même construction, les mêmes préoccupations et à quelques détails près, les mêmes personnages. Malheureusement pour nous, celui de Robert Greenberg n’est pas aussi passionnant que le jeune Clay. On soulignera enfin la présence massive de musique « trendy » et indépendante assommante.

Greenberg est malheureusement une déception. On attendait mieux venant de Noah Baumbach qui ne propose qu’une succession de scènes bavardes et ennuyeuses sur un homme vivant sa middle-life-crisis.

« Life during war time » – Todd Solondz – Critique

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Poster le : 28-04-2010 | Par : Edouard | dans : Nouveaux Films

Cinq ans après son film « Palindromes », le réalisateur américain Todd Solondz revient enfin au cinéma avec « Life during war time », la suite d’ « Happiness » qui l’imposa et le fit connaître en 1998. Un long-métrage toujours dans le même esprit de ses œuvres précédentes mais plus en retenu et moins bouleversant.


On prend les mêmes et on recommence. Enfin pas tout à fait. Todd Solondz a en effet décidé pour la suite de son film Happiness de reprendre les mêmes personnages mais sans toutefois le même casting. Exit donc les Philip Seymour Hoffman et Jon Lovitz et place à des acteurs moins connus comme Paul Reubens (alias Mr Pee-Wee) ou encore Michael Lerner (mémorable producteur dans Barton Fink des frères Coen).

Bande-Annonce Happiness – 1998

Les sœurs Forman

Dix ans sont donc passés depuis notre rencontre avec les trois sœurs Forman qui sont toujours aussi dépressives mais essayant tant bien que mal à vivre leur vie en oubliant le passé et leurs problèmes. Sauf que cela n’est pas si simple et les démons semblent les poursuivre partout où elles vont.

De même, il en est fini du New Jersey et place à la Floride et la Californie avec ses lumières chaudes, ses décors majestueusement kitch, ses beaux palmiers et belles maisons. Souhaitant retrouver du réconfort et de l’aide auprès de ses deux sœurs, Joy décide donc de les retrouver sans savoir que chacune d’entre elles essaye aussi de régler leurs problèmes à leur façon.

Bande-Annonce Life during wartime - 2010

Un casting sur-mesure.

Todd Solondz soigne toujours sa distribution d’acteurs et réussit à nouveau à nous épater en mettant en haut de l’affiche des seconds couteaux du cinéma américain connus de tous. Comme les frères Coen, Solondz réunit un casting prodigieux avec des faciès toujours aussi ingrast et ayant parfaitement la tête de l’emploi. On retiendra ainsi l’apparition jubilatoire de Charlotte Rampling en une nymphomane mélodramatique faisant face à Ciaran Hinds, ancien taulard pédophile et que l’on a déjà pu voir dans Munich et There will be blood.

Chacun cherche son chat

Même s’il on pourra reprocher à Solondz ses successions de séquences confrontant à chaque fois deux personnages de l’histoire, on reste tout de même scotcher devant ces répliques sauvages et burlesque frisant l’ironie et la dérision à l’image de celle entre Joy et sa sœur Trish parlant politique ou encore cette séquence particulièrement émouvante entre Bill et son fils aîné Billy.

Même si l’on aperçoit un iphone par là et un poster du film I’m not there par ici, le film semble néanmoins mélanger les décennies en les adaptant à chaque personnage. Trish semble tout droit sorti des années 60, sa sœur Joy semble encore vivre dans les années 70 tandis que Billy porte en lui le retour aux années 80 et que Bill est enfermé dans les années 90.

La musique fait par ailleurs échos elle aussi à chaque personnage caractérisé par de la musique baroque pour Bill et une belle mélodie du bonheur pour sa femme Trish. Comme dans le premier opus, Joy reprend quant à elle sa guitare en chantant une ballade portant le titre du film et toujours écrite par Solondz lui-même.

En reprenant le même cadre que dans Happiness, Solondz semble porter une certaine nostalgie à une époque qui semble déjà bien lointaine.

Sans toutefois marquer les esprits comme il a su le faire par le passé, Todd Solondz retrouve ses premiers personnages pour les faire évoluer dans un monde nouveau et dont l’horreur humaine, l’égoïsme, la paranoïa et la perversité de l’être humain vont toujours bon train. A voir rien que pour son admirable casting et ses dialogues percutants.