Le compositeur mexicain Daniel Catan est décédé d’une crise cardiaque en avril dernier. Il n’aura pu découvrir l’accueil triomphal que lui a réservé le public parisien pour son dernier opéra « Il postino » présenté au Théâtre du Châtelet. Une œuvre aussi touchante et émouvante que le film dont il s’inspire, écrit sur-mesure pour Placido Domingo, double de Pablo Neruda habité par l’amour.
Qui a dit que le cinéma et l’opéra ne pouvaient pas faire bon ménage ? Avec l’adaptation musicale d’ Il postino, Daniel Catan réussit à prouver le contraire par une composition qui rappelle aussi bien celle de Puccini que de Debussy en passant par un zeste de Donizetti et qui sonne comme une musique de films. Au delà de l’aspect cinématographique qui découle de sa musique, celle-ci magnifie les somptueux poèmes de Pablo Neruda en reprenant certains de ses plus beaux vers où il est question d’amour, de la terre et de la mer, de ses vagues, de sa couleur bleue azur, de son soleil et de son érotisme.
Je retourne à la mer qu’enveloppe le ciel
le silence entre une vague et l’autre
instaure une attente dangereuse :
que meure la vie, que se calme le sang
et que déferle le mouvement nouveau
pour que résonne la voix de l’infini.
Pablo Neruda
Loin des créations contemporaines de Pascal Dusapin ou Bruno Mantovani, cette œuvre s’inscrit dans la continuité des pièces lyriques du XVIIIème et XIXème siècle, « explorant à nouveau davantage les émotions de l’opéra, qui étaient traditionnellement au cœur de cet art »*. Ce retour aux sources pourra paraître pour certains surfait mais force est de constater qu’au final, le public demeure touché par cette belle histoire d’amitié et est conquis par deux ténors d’exceptions. La puissance vocale de Placido Domingo est bien toujours présente à 70 ans. A ses côtés, le jeune Charles Castronovo fait un parfait postier simplet faisant écho à son Némorino dans L’Elixir d’amour entendu l’année dernière à l’Opéra de Paris. On saisit bien avec force le sentiment de paternalisme et de filiation qui émane de ces deux chanteurs de générations différentes guidés par la transmission.
L’Espagne… en Italie
Créé le 23 septembre 2010 au Los Angeles Opera, « Il postino » a tout de suite conquis le public américain avant de faire un stop à Vienne et aujourd’hui à Paris. Drôle de choix toutefois qu’une histoire italienne pour promouvoir l’opéra en espagnol, ce que Daniel Catan s’est toujours efforcé de faire. Tout comme l’italien, cette langue apporte chaleur et réconfort par ses voyelles variées et ses consonnes enroulées. Le meilleur exemple est donné par les deux airs de Neruda ventant la vertu de la nudité (« desnuda ») et des métaphores (« metafora »). Pour rendre cette atmosphère latine commune aux deux nationalités, le metteur en scène Ron Daniels a opté avec son décorateur Riccardo Hernandez pour un bleu turquoise omniprésent rappelant la mer tyrrhénienne. Si la direction d’acteur peut s’avérer par moment quelque peu grossière et exagérée (on pense à la tante de Béatrice et son fusil), l’usage d’une installation vidéo numérique envahissant la scène est à l’inverse sublime et enivrante, particulièrement lors de l’enregistrement des sons de l’île par Mario sur sa barque de pêcheur. Entre un compositeur d’origine mexicaine, un ténor espagnol et un metteur en scène brésilien, ce Postino est loin de l’Italie mais arrive à nous faire naviguer entre les deux cultures somme toute confondantes. Un opéra unique en son genre et rendant à juste titre hommage à un pays, une langue et pour ses représentations parisiennes à un compositeur qui nous a quitté bien trop tôt.
Edouard Brane
* L’art et l’amour, les deux piliers de nos vies, rencontre avec Daniel Catan par Sonia Desprez

























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