Opéra et Cinéma – Dossier

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Poster le : 12-07-2010 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Vous trouverez ci-dessous le lien vers le dossier que j’ai rédigé pour Allociné sur l’Opéra et le Cinéma avec des interviews de Coline Serreau, Benoît Jacquot, Jérome Deschamps, James Thierrée, Werner Herzog, Renaud Marchart et Pietro Spagnoli:

http://www.allocine.fr/article/dossiers/cinema/dossier-18591278/

Alors… l’Opéra et le Cinéma: l’entente cordiale ?

« Don Giovanni » à Aix-en-provence – Les raisons d’une réussite

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Poster le : 10-07-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Difficile de trancher parmi les hués et les bravos qui ont accueilli  le nouveau Don Giovanni du metteur en scène Dmitri Tcherniakov à Aix-en-Provence. Retransmis le 5 juillet en direct sur Arte, cette diffusion a permis d’être au plus près des personnages et de saisir au maximum l’intensité de leur délire psychologique. Une mise en scène audacieuse et brillamment pensée qui bouleverse intelligemment les conventions.

Oubliez le Don Juan que vous connaissez, jeune, beau, galant et ténébreux, car vous ne trouverez aucun de ces traits dans cette nouvelle production du metteur en scène Russe Dmitri Tcherniakov. Après avoir brillamment mise en scène l’opéra de Tchaïkovski Eugène Onéguine et Macbeth de Verdi à l’Opéra de Paris, Tcherniakov nous revient avec sa dose de référence cinématographique pour nous présenter un Don Giovanni au livret quelque peu modifié. Nous nous retrouvons ici dans un décor unique, à savoir un spacieux salon d’un grand appartement bourgeois, et l’action se déroule sur plusieurs mois. L’unité de temps, d’action et de lieu en est transformée tout comme le statut des personnages. Toujours autant fasciné par la famille, Tcherniakov a décidé de nous montrer en guise de prologue une réunion familiale où le commandeur n’est autre que le patriarche, Donna Anna sa fille avec à ses côtés son fiancé Don Ottavio, elle-même entouré de sa fille Zerlina et son amoureux Masetto tandis que Donna Elvira incarne sa cousine accompagnée de son mari Don Giovanni. Reste Leporello, un ami de la famille quelque peu dérangé et à l’allure enfantine. Le cadre est présenté, l’action peut commencer.

La catharsis des sentiments

Le cinéma reste donc une grande source d’inspiration dans cette nouvelle production et on s’amusera à reconnaître des éléments provenant des films de B. Bertolucci, Lars Von Trier, Thomas Vinterberg, Milos Forman, R. W. Fassbinder ou encore Marco Bellocchio. Il y a tout d’abord au premier plan ce Don Giovanni, puissamment incarné par le danois Bo Skovhu. Tout droit sorti du Dernier Tango à Paris et sosie de Marlon Brando, ce Don Juan nous paraît fatigué, déprimé, mélancolique et dont la folie s’empare peu à peu de lui jusqu’à une démence qui pourrait rappeler celle de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. A côté de lui, Leporello le suit tel un enfant gâteux et semble faire écho au personnage torturé et dérangé d’Alessandro dans le premier film de Marco Bellocchio Les points dans les poches.

Une tableau de famille de la Russie contemporaine

Le parti pri choisi par Dmitri Tcherniakov est une réussite pour plusieurs raisons. Sa vision noire et pessimiste du mythe de Don Giovanni est ici modifiée pour mieux s’attarder sur la psychologie des personnages. Nous assistons à un vrai mélodrame avec cet invité de la famille qui va bouleverser chacun de ses membres en les torturant tous sans exception. Sa force de séduction inégale envoûte chacun des personnages féminins : Donna Anna est transformée en une nymphomane manipulatrice tandis que Zerlina, comme sa mère, n’arrive pas à se défaire de cette rencontre qui l’a envoûtée jusqu’à en fantasmer devant les yeux de son Masetto alors roué de coup dans le deuxième acte. Donna Elvira est quant à elle prête à tout pour sauver cet odieux individu tout en souhaitant le condamner. Toutes les trois portent en elle les traits russes reconnaissables à leurs postures, leurs cheveux et leurs traits de caractères. Don Ottavio quant à lui apparaît comme un mafieux russe avec ses lunettes fumées et son costume bleu. La littérature russe n’est décidément pas loin et l’on a l’impression d’être dans un roman de Dostoïevski contemporain : Don Giovanni en serait L’idiot et Leporello L’adolescent. Autre détail majeur, l’attention apportée à chaque geste, chaque posture et chaque accessoire (le manteau de Don Giovanni) rendant l’action encore plus violente.

Un premier acte plus intense que le deuxième

Il y a dans ce premier acte des instants de pure intensité et d’une puissance rarement vu sur scène. Dès le début du l’Opéra, le ton est donné : Donna Anna ressent une pulsion sexuelle intense en compagnie de Don Giovanni et réagit à peine lors de la mort de son père. L’ironie est de même très présente et apparaît à plusieurs reprises comme lors de l’air de Donnar Elvira Ah, chi mi dice mai. Petit détail, quitte à continuer dans les références cinématographiques, il est dommage de ne pas s’être inspiré de Jean-Pierre Léaud et Maria Scheider dans le toujours Dernier Tango à Paris pour Mazetto et Zerlina plutôt que de les accoutrer en pseudo-rocker. On se souviendra par la suite du face-à-face osé et si érotique entre Donna Anna et Don Ottavio lors des airs Or sai chi l’onore suivi de Dalla sua pace. La scène du bal est enfin l’une des plus luxurieuses que l’on ait vu depuis longtemps et pouvait rappeler le Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Même si le deuxième acte perd un peu en énergie, l’arrivée finale du commandeur dévoilera un complot arrivant à point. La folie de Don Giovanni est alors à son point le plus extrême ce qui lui portera forcément un coup fatal. La revanche est bien consommée.

Dirigé sans partition et de façon exemplaire par Louis Langrée, ce Don Giovanni restera unique pour sa puissance destructrice et sa vision psychologique. La retransmission télévisuelle a permis d’être au plus près des chanteurs et de percevoir leurs apparences physiques si importantes dans cette production. A noter la possibilité de la (re)voir en streaming sur Arte Live Web jusqu’à lundi prochain.

« L’amant jaloux » de Grétry à l’Opéra-Comique : une merveille pour les sens

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Poster le : 18-03-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Décidemment l’Opéra-Comique fait fort. Après une Fairy Queen majestueuse de Purcell, voici que Jérôme Deschamps nous propose la reprise de L’amant Jaloux de Grétry déjà présenté à l’Opéra Royal de Versailles dans une mise en scène fraîche, joyeuse et enivrante d’amour, accompagné d’une belle distribution.


Marie-Antoinette ne s’était pas trompée en portant dans son coeur cette comédie mêlée d’ariettes en trois actes. Grande fierté du compositeur français André-Ernest-Modeste Grétry, L’amant jaloux paraissait déjà à sa création « le chef d’œuvre de l’Opéra-Comique ». On ne peut que donner raison à l’histoire.

Dans une interview qui paraîtra ici prochainement, Jérôme Deschamps, directeur de l’Opéra-Comique, nous expliquait son désir de programmer des ouvrages oubliés de l’âge d’or de l’Opéra français : « Nous désirons que l’Opéra devienne plus accessible au public en devenant davantage populaire sans qu’il n’y ait une connotation péjorative puisque nous privilégions la qualité. Nous devons supprimer cette intimidation que ressent le public quand il passe devant l’établissement ou quand il entend parler d’opéra. »

C’est un pari plus que réussi avec ce court opéra créé à Versailles en 1778.

Le classicisme au service de la mise en scène

Saluons tout d’abord le travail du metteur en scène Pierre-Emmanuel Rousseau qui s’est merveilleusement approprié tous les éléments caractéristiques du siècle des lumières. Bougies, guéridons, costumes, décors… tous nous feraient penser à un tableau de Fragonard ou de Boucher. Malgré la taille étroite de la scène, le metteur en scène réussit à s’accaparer intelligemment de tout l’espace pour faire évoluer ses personnages et surprendre le public. On se souviendra ainsi de cette ouverture présentant d’ordre décroissant les différents décors ou encore cette apparition de Florival lors de sa sérénade, posant telle une statue au bord d’une fenêtre et sous un soleil couchant aux couleurs magiques : quel romantisme ! Cela nous change enfin des mises en scène contemporaine ratée de cette saison (petite pensée à Norma de Bellini au théâtre du Châtelet…).



« C’est l’amour qui m’appelle : L’amour a tant d’attraits »

Il est saisissant de voir à quel point L’amant jaloux fait écho aux œuvres de Mozart et particulièrement à sa trilogie élaborée avec Lorenzo Da Ponte. Comment ne pas penser à Don Giovanni lors de la sublime sérénade « Tandis que tout sommeille dans la nuit », aux Noces de Figaro face aux différentes situations ou encore à Cosi Fan Tutte avec ces déclarations d’amours et différents trios ?

La jalousie et l’amour ont toujours été de paires comme nous le rappelle si délicieusement le livret écrit par Thomas d’Hèle. Jérémie Rhorer, avec son Cercle de l’Harmonie, l’a parfaitement saisi et nous a offert une direction maîtrisée, même si on peut juste lui reprocher de trop pousser sur certaines notes par moments. La distribution de chanteurs semble prendre autant de plaisir que nous à jouer sur scène. On a ainsi particulièrement apprécié la voix de Frédéric Antoun dans le rôle de Florival qui a reçu des applaudissements mérités, tandis que l’on reprochera à Maryline Fallot de ne pas assez insister sur les aigus. Mais qu’importe, tous ont réussi à nous enchanter au final.


C’est donc une grande chance que d’avoir pu redécouvrir cet opéra perdu et retrouvant sa digne place. L’amant jaloux semble s’inspirer de la musique baroque tout en annonçant les opéras d’Offenbach et le théâtre de Feydeau. Un seul mot : bravo !

Interview: Wernerg Herzog, président du 60ème festival de Berlin

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Poster le : 20-02-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Interviews et dossiers

A l’occasion de la sortie de son film Bad Lieutenant et du dossier sur l’Opéra et le Cinéma (bientôt mis en ligne), j’ai pu rencontrer l’immense réalisateur, symbole du romantisme cinématographique, Werner Herzog. Un homme à la vie et au parcours incroyable comme le démontre par exemple Conquête de l’inutile, ouvrage publié l’année dernière où vous pouvez retrouver les écrits qu’il a rédigé lors du tournage de son film Culte Fitzcarraldo.

Voici ses propos peu avant qu’il ne préside le 60ème festival de Berlin:

Voir l’interview de Werner Herzog (en bas de page)

Opéra en plein air 2009: « Rigoletto » de Verdi

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Poster le : 19-06-2009 | Par : Edouard | dans : Opéra

Pour la neuvième fois consécutive, l’association « Opéra en plein air » nous propose cette année Rigoletto de Verdi dans une mise en scène de l’acteur Francis Perrin. Une belle initiative que l’on ne peut que féliciter, malgré ses places onéreuses et une mise en scène décevante et manquant réellement d’imagination.


Rigoletto est l’un des opéras les plus connus de Guiseppe Verdi, et l’un des plus joués au monde. L’œuvre contient tous les thèmes d’un grand Opéra : l’amour, la vengeance, la mort, la conspiration, sans omettre la malédiction.

Rigoletto est le bouffon du Duc de Mantoue. Aimé par son maître et détesté par la cour, il n’aspire à vivre que pour sa fille Gilda, qu’il garde secrètement dans une vieille demeure abandonnée. Malheureusement pour lui, le duc s’éprend de la jeune femme et va tout faire pour qu’elle devienne sa future conquête. Durant une réception festive, une malédiction est lancée sur Rigoletto due à son irrespectueuse ironie et son esprit qui blesse puisqu’il n’amuse. Pour le bouffon, c’est le début d’un long chemin vers l’enfer…

L’opéra en plein air a ses avantages et ses inconvénients. Tout dépend en effet de la météo et de la qualité sonore. Chance pour nous, la représentation du samedi 13 Juin était sous le signe du beau temps. Il fut très agréable d’assister à une telle œuvre, avec le Sénat devant nous et la nuit faisant petit à petit son arrivée. Tout dépendait cependant de la place à laquelle on était assise. On pouvait en effet apercevoir beaucoup d’invités à l’orchestre tandis que le public était obligé de se réfugier dans les gradins. Car les places sont coûteuses cette année : compter 39 euros pour le dernier rang et 100 euros pour une bonne visibilité.

Voici ce que l’on peut lire dans la note d’intention de Francis Perrin :  « La mise en scène ne peut en aucun cas se servir de cette œuvre magistrale, elle doit tout au contraire se mettre à son service. C’est-à-dire permettre au spectateur d’écouter, d’admirer et de se laisser envahir par les émotions que les chanteurs nous transmettront au travers de leurs personnages (…) ». On reste tout de même perplexe face à ses propos. Car même si la musique a toute sa puissance, il faut impérativement que la mise en scène apporte sa dose d’énergie et provoque des émotions encore plus intenses en s’appuyant sur la force des sentiments. Il n’en est rien ici. Les chanteurs restent statiques, l’espace scénique est dénué de toute inventivité et la lumière semble être présente juste pour faire joli. Même les costumes semblaient venir d’une très ancienne production.

Quant aux chanteurs ce soir-là, on ne pouvait féliciter qu’Olivera Topalovic qui a magnifiquement bien interprété son personnage de Gilda, avec tout ce qu’il contient d’amour et de tristesse. Rigoletto, interprété par Arnaud Guillou, était décevant par son manque de clarté et d’expression vocale, de même que le Duc de Mantoue, chanté par le Coréen Hyan-Jong Roh qui, à force d’en faire trop, tombe dans la caricature et manque cruellement de présence scénique. Enfin, la direction musicale de Mélanie Thiébaut semble faire défaut à la musique de Verdi en ne prenant pas assez son temps dans les moments tragiques et en insistant trop lourdement sur les instants rapides, particulièrement lorsque le chœur chante.


On ne remettra pas en question la création de l’Opéra en plein air qui a le mérite de faire découvrir de nouveaux talents et d’offrir au public des œuvres du grand répertoire. Il serait cependant plus judicieux de choisir de vrais metteurs en scène afin de vraiment nous impressionner et de provoquer en nous les fortes émotions qui découlent de la musique. Même s’il se veut ouvert au plus grand nombre, l’Opéra en plein air 2009 demeure un loisir cher pour un résultat qui n’en vaut pas son prix.

« Opéra en plein air »

Rigoletto de Verdi, Mise en scène de Francis Perrin

Du 10 Juin au 19 septembre 2009 dans 8 lieux de prestige à travers la France

Plus de renseignements :

http://www.akouna.com/rigoletto/