Avec la patte classique qu’on lui connaît, le mythique Clint Eastwood revient un an après « Invictus » avec « Au-delà », son 32ème film en tant que réalisateur. Une œuvre dramatique sur la vie après la mort qui porte en elle de nombreuses facilitées scénaristiques, une musique sur-émotionnelle et une Cécile de France égale à elle-même.
La vie réserve parfois des drames de circonstances. La projection en avant-première du dernier film de Clint Eastwood Au-delà dans une salle parisienne comble en était une. Alors que nous sommes au milieu du film, un cri effroyable se fait entendre dans la salle : une femme agonise et semble faire une crise cardiaque. Prise en charge rapidement par uniquement trois spectateurs, elle semble déjà morte et pourtant se remet à émettre de grands souffles respiratoires. Plus de peur que de mal, il s’agissait d’une crise d’épilepsie. Pourtant, ce simple fait divers nous a sensiblement marqué. D’une part parce qu’il souligne l’effroyable égoïsme du public qui préfère regarder une œuvre confortablement assis dans son fauteuil plutôt que de sauver une vie mais aussi parce qu’elle est en lien rapproché avec le sujet du film lui-même. Cette femme a-t-elle vu la mort de près et en est-elle revenu changée ? C’est en tout cas ce qui arrive aux trois personnages principaux de Clint Eastwood que tout éloigne et qui vont pourtant se rapprocher l’un de l’autre par la force de la fatalité.
Du grand spectacle en toute sobriété
Au cours de la dernière décennie, l’ancien « Inspecteur Harry » s’est fait une spécialité pour les films mélancoliques, où les anti-héros luttent pour survivre face à une société qui ne les écoute plus et qui sont généralement victimes d’une solitude partielle. C’était déjà le cas dans L’échange avec le personnage d’Angelina Jolie, dans Invictus avec Morgan Freeman sans oublier Clint himself dans Million Dollar Baby et Gran Torino. Le problème de ces derniers films provient de leur redondance et de leur nostalgie emphatique ; la marque la plus évidente étant l’utilisation de la bande-originale que Clint compose lui-même. Rien de plus facile que l’utilisation de quelques notes mélo-dramatiques au piano et à la guitare (et attention, innovation, à l’accordéon ici dans les scène parisiennes !) pour forcer la larme à venir délicatement glisser le long de votre douce joue. N’oublions pas que la force et le talent d’Eastwood sont aussi grandement dûs à son directeur de la photographie Tom Stern qui maîtrise parfaitement cette image grisâtre et terne ainsi que ces clairs-obscurs à l’origine conçus pour masquer les traits vieillissant de l’acteur américain. Rappellons aussi qu’à l’image d’un David Fincher, Clint Eastwood n’a presque jamais signé le scénario de ses films. Mais ne soyons pas trop mauvaise langue : ses films proviennent de bonnes intentions et réussissent à chaque fois comme par magie à s’imposer en toute sobriété. Le meilleur exemple étant ici la séquence d’introduction particulièrement réussie tout comme l’était son film Mystic River, son œuvre la plus remarquable depuis 10 ans.
Paris – Londres – San Francisco
L’action du film se déroule dans trois pays différents dont notre chère France sublimée par des images si parisiennes… et de France Télévision. C’est précisément dans ce paysage journalistique que notre regard s’arrête. Clint Eastwood a en effet osé l’inimaginable : faire une critique virulente de François Mitterrand ! Profitez-en car ce n’est pas demain la veille que vous entendrez ces propos dans un film français. Peut-être est-ce aussi une des raisons pour laquelle la presse n’est pas pour une fois unanime avec ce film. Il reste qu’encore une fois, les américains sont en avance avec leur temps et que l’on ferrait mieux de suivre leur exemple en admettant nos propres fautes. Quelques reproches à faire cependant sur cette partie française : une prise de son inaudible pour les oreilles et le choix de Thierry Neuvic en rédacteur en chef sorti tout droit d’une mauvaise série TV avec bien évidemment barbe de trois jours et air nonchalant so frenchy. On ne félicitera pas non plus le directeur de casting français dont on se demande où il a déniché les différentes speakerines françaises (à moins que cela soit voulu afin d’en souligner l’ironie, ce qui ferait échos au dernier film de Roman Polanski The Ghost Writer).
Quant à Cécile de France, on se demande si elle n’a pas été choisie pour son nom si national (bien qu’elle soit belge) afin de mieux vendre le film à l’étranger. Mais ne soyons pas si dur, elle ne s’en sort pas non plus trop mal. De son côté, la partie dite « londonienne » est grise comme la pluie et ressemble à un mix des œuvres de Ken Loach, Stephen Frears et Mike Leigh tandis que l’apparition de l’acteur Derek Jakobi est un gentil clin d’œil mais on se demande encore à quoi… Matt Damon nous inspire quant à lui de la compassion grâce sa justesse devant la caméra. Enfin, même si le cinéaste connaît déjà bien cette ville, il est dommage qu’il ne nous offre pas d’avantage de vue de la sublime baie de San Francisco. Remercions au passage les marques Blackberry, Virgin Airlines et l’hôtel londonien May Fair sans qui ce film n’aurait pas pu se faire vu le nombre de fois où ils sont cités.
En posant la question de savoir ce qui existe après la mort, Clint Easwood tombe dans le pathos mais ne déplait pas entièrement. Le sujet est suffisamment universel et sincère pour que l’on adhère à sa cause. On préfère malgré tout revoir dans le presque même genre « The Dend End » de David Cronenberg tiré de l’œuvre de Stephen King.





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