Et nous arrivons donc au film le plus connu et le plus controversé de David Fincher : Fight Club.
Avec du recul, on peut aujourd’hui affirmer que ce film est celui de la fin du siècle. Sorti en 1999, il pose un regard critique sur notre société par le biais de la violence gratuite, d’un personnage imaginaire qui pourrait être dans la mémoire de chacun, et qui vient tout bousculer, sorte de petit diable au coin de la tête.
Tyler Durden semble apparaître à tous comme l’homme parfait, comme celui que nous voudrions tous incarner : beau, charismatique, bien bâti, parfait en tout point de vue. Que l’on soit moche, gros, maigre, laid ou défiguré, peut importe, il sera toujours là pour nous faire oublier les mauvaises pensées et aller de l’avant. Mais par quels moyens au juste ? Tout d’abord par le combat. Quoi de plus viril et de plus libérateur que de se soulager en frappant quelqu’un que l’on ne connaît pas ? Comment devenir un vandale en se détachant progressivement de la société pour la détruire de l’intérieur en effectuant des petites missions ayant pour but d’effrayer la population ?
C’est ce que nous explique Brad Pitt dans cet extrait qui résume le message que souhaite apporter ce long-métrage :
(la vidéo ci-dessous est (malheur) en français car je ne l’ai pas trouvé en anglais, la fox ayant supprimée l’extrait original qui était sur You Tube…)
Plusieurs éléments auxquels il faut faire attention ici. Ecoutons bien les propos que Tyler nous tient car en s’adressant à ce nouveau club, il nous livre aussi son message. A savoir celui de l’anti-capitalisme. Il y évoque les effets néfastes de la publicité, de notre travail que nous détestons, des choses que l’on achète, inutiles et sans but… et tout cela pour finir sur une phrase clef :
« Our great war is a spiritual war, our great depression is our lives »
« Notre grande guerre est la guerre spirituelle, notre grande dépression est nos vies. »
Au début de son discours, il affirme surtout être en présence des personnes les plus intelligentes qui existent sur terre. Et si on regarde bien le physique des figurants, on comprend le paradoxe. Car ceux qui rejoignent ce club sont avant tout des personnes que l’on ne remarque jamais dans la rue, qui semblent n’avoir aucune vie et qui justement représentent parfaitement ce genre d’individus aliénés par la télévision. Nous avons des maigres timides, des employés de bureau au noeud de cravate défait et au visages anéanti, ainsi que des jeunes aux cheveux longs et quelques noirs captivés par leur modèle.
Comment mettre alors en image ce passage des plus importants et permettre ainsi au spectateur d’écouter attentivement ces mots et y adhérer ? On remarquera en premier lieu la marque chétive du réalisateur qui sont ces couleurs chaudes, mélange de blanc, jaune et orange provenant des vieilles lumières situées, encore une fois, dans une cave d’un vieil immeuble semblant être laissée à l’abandon. L’objectif étant d’être fixé sur le discours prononcé par le personnage, nous allons donc le suivre tout autour du groupe. Remarquons le premier plan de face et son attitude. Déjà, le ras le bol se fait sentir avec ce lâché violent de cigarette, cette main qui essuie son visage, signe généralement de désespoir, et qui passe derrière la nuque. Il parle alors des individus du groupe, ce pour quoi nous passons à un plan d’ensemble, insistant sur la grande attention que portent ces derniers. Puis nous revenons sur lui, toujours en travelling, et le suivons cette fois de dos, avec la caméra passant derrière quelques figurants et se terminant sur lui, en légère contre-plongée, permettant de voir ces lumières dont nous parlions avant (est-il un saint venu d’ailleurs ?). Une pause dans son discours, histoire de nous faire réfléchir et de poser la caméra sur lui… et nous repartons. Pour nous arrêter de nouveau et entendre la fameuse phrase citée plus haut. Pour terminer, et ainsi faire monter la pression d’un cran, la caméra va s’approcher encore plus de lui et va se poser sur ses lèvres prononçant ces derniers mots : « and we are very very pissed off ». Murmure de la foule : nouveau plan d’ensemble. Ca y est, il est arrivé à faire passer son message et semble prêt pour présenter les règles de son club, sous le regard de son ami, seule personne ayant déjà pris conscience de ce mode de vie.
Je vous invite à regarder la scène qui suit qui est aussi excellente, mais dans un autre genre. Bien qu’elle soit en relation direct avec ce que nous venons de voir, elle permet à Tyler de mettre en pratique la théorie qu’il vient de détailler. En se laissant frapper violemment par ce chef de gang italien, symbolisant peut-être ce qu’il vient de dire, il souhaite montrer à ses membres que peu importe que l’on se fasse maltraiter ou pas, il faut prendre le mal par le mal et prendre du recul. Comme ce qu’il fait avec ce rire médisant et ironique. Pour résumer : être anormal pour devenir normal.






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