« The Reader » de Stephen Daldry – 2009

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Poster le : 15-07-2009 | Par : Edouard | dans : Nouveaux Films

« The Reader » n’est pas un film sur l’Allemagne d’après-guerre comme les autres. En adaptant le best-seller « Le Liseur » de Bernhard Schlink, Stephen Daldry et son complice de « The Hours » Sir David Hare posent des questions essentielles sur les notions de droit, de devoir mais aussi d’histoire. Un film puissant dont on ressort ému mais avec tout de même quelques réserves.

« Derrière le mystère se cache une vérité qui vous fera remettre en cause toutes vos certitudes » : Il est important d’aborder ce film en en sachant le moins possible. Résumons-le ainsi : dans les années 1950 en Allemagne, un jeune garçon de 15 ans rencontre par hasard une femme d’âge mûr dont il va subitement tomber amoureux. Une relation va alors s’instaurer entre eux, mais un mystère au  lourd passé risquera de leur porter préjudice…

Lourd destin que le projet de cette adaptation. Alors que les droits avaient été achetés par Anthony Minghella et qu’il s’agissait de l’un de ses nombreux projets, c’est finalement le réalisateur anglais de Billy Elliott qui s’est emparé du projet. Produit par le réalisateur du Patient Anglais et par l’acteur- metteur en scène Sidney Pollack, le hasard a voulu que ces deux personnalités majeures du cinéma d’Outre-Atlantique disparaissent tragiquement peu avant le début du tournage. C’est pour cette raison que le film leur est légitimement dédié.

Le scénario de The Reader est divisé en deux parties représentant deux époques différentes. On pourra être surpris au début du film par ces allées et venues entre ces deux périodes distinctes. La première se déroule peu après la seconde guerre mondiale où l’on suit l’éducation sexuelle et intellectuelle du jeune garçon tandis que la deuxième se passe en 1995, 6 ans après la chute du mur de Berlin dans une Allemagne nouvelle. Ce procédé permet au film de trouver un rythme prenant et instaure intelligemment un certain suspense.

La révélation du film est sans conteste l’Allemand David Kross qui, avec sa beauté juvénile et sa jeune innocence, n’a pas peur d’être impudique et de montrer ses vrais sentiments. Face à lui, Kate Winslet nous impressionne toujours autant et nous sommes à nouveau très loin de sa performance dans Titanic. Après Les Noces Rebelles de Sam Mendes, elle nous dévoile une fois de plus une autre facette dramatique et émouvante de son talent, bien que la nature de son personnage pourra gêner certains spectateurs.

Doit-on pardonner à une personne qui a commis le mal malgré les sentiments que l’on ressent pour elle ? Le droit moral doit-il être alors remis en cause ? Toute vérité est-elle bonne à dire ? Le souci majeur de ce film est qu’il aborde un sujet, non pas tabou, mais délicat puisqu’il évoque la seconde génération de ceux qui sont nés après la guerre et qui cherchent à comprendre ce qui s’est passé (nommé sous le terme devergangenheitsbewaltigung la lutte pour essayer de se confronter au passé).

Avoir choisi l’anglais comme langue originale porte beaucoup à confusion et nous écarte du récit au lieu de nous en rapprocher lors de la deuxième partie. Avec un faux accent anglo-allemand, les personnages tendent à se caricaturer eux-mêmes, ce qui rappelle au spectateur la part de fiction de l’histoire : une légère déception quand on sait que le roman était en partie autobiographique. Cependant et à côté de cela, on ne peut que compatir pour le personnage principal (joué par Ralph Fiennes) qui nous prend à témoin et nous livre son terrible secret.

Malgré une première partie très réussie, Stephen Daldry tombe dans l’excès de sentiments en ayant recours à une musique trop présente, rappelant à bien des égards son précédent film The Hours . Nous serons  à la fin tout de même touchés par cette histoire d’amour tragique qui aborde un sujet que l’on avait rarement vu au cinéma.


« Les noces rebelles » de Sam Mendes – 2008

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Poster le : 26-01-2009 | Par : Edouard | dans : Nouveaux Films

Sam Mendes réussit un coup de maître avec son nouveau film. Habitué pour critiquer et avoir une vision originale de la banlieue américaine (American Beauty) ou  de l’histoire de ce continent (Les sentiers de la perdition), son dernier film Les Noces Rebelles, pourrait être un mixte de ses deux films précédents.

Le rapprochement fait avec le premier est d’ailleurs assez évident tant l’action se situe pratiquement dans le même décor et que les évènements y sont aussi tragiques (sans cependant tomber cette fois dans le côté satirique et burlesque).

Quant au rapport avec le deuxième, il se situe plus du côté historique et du côté affectif : relation entre un père et son enfant sous fond de guerre des gangs et de crise économique ; relation entre un homme et sa femme dans un monde d’après-guerre à reconstruire.

Mais venons en plus spécifiquement à ce qui fait la force de ce film. Ce qu’il faut notifier avant tout est qu’avec ce long-métrage, Sam Mendes bouscule dans tous les sens le mythe américain et le fameux American Way of Life. Même si le roman dont est tiré le film ne souhaitait pas aller dans ce sens, le film est une critique virulente de la banlieue américaine.

À ce titre, Les Noces Rebelles traitent de deux sujets différents, mais imbriqués l’un dans l’autre. Le premier, on vient de le voir, porte sur cette vie à l’Américaine dans une banlieue éloignée, le deuxième sur la vie d’un couple qui n’arrive pas à communiquer, ou plutôt tente tant bien que mal d’y arriver sans pouvoir trouver une solution puisqu’ils sont en fait prisonniers de ce système.

Sam Mendes bouscule donc tout ici. Ou devrait-on dire son scénariste car la vraie puissance du film provient avant tout de son histoire et surtout de ses dialogues durs, profonds et intelligents. Puis, bien entendu, de la performance des acteurs qui sont exceptionnels ici, seconds rôles inclus.

Ce long-métrage fera date dans l’histoire du cinéma américain car il entrave toutes les règles du cinéma Hollywoodien. Ce film dénonce  avant tout ce mode de vie à l’Américaine qui ne se base que sur les apparences, les non-dits et les ragots. On a pu voir d’ailleurs, depuis American Beauty, plusieurs films et séries dénonçant aussi cette Amérique profonde mais de façon plus satirique, avec, par exemple, Desesperate Housewife (le titre porte bien son nom) ou encore Towelhead, le prochain film d’Alan Ball.

Mais intéressons-nous de plus prêt à la relation entre Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. Les réunir à nouveau pour le besoin de cette histoire est une idée géniale. On peut en effet y voir une prolongation de leur histoire d’amour mais avec cependant une certaine retenue. Après tout, nous voyons bien que ce couple se jette l’un sur l’autre  sans vraiment avoir de préoccupation majeure quant à sa destinée. L’instant présent est privilégié, quitte à se voiler la face et à repousser les problèmes, qui vont bien entendu surgir à un moment donné.

Et c’est précisément ce moment qui nous est conté. Nous faisons face à deux êtres totalement perdus, qui semblent basiques sous les apparences mais qui sont en réalité deux humains profonds, réfléchis et ne souhaitant pas se voiler la face, contrairement aux personnes qui les entourent. 

Leur bonne démarche de vouloir résoudre leurs problèmes par le dialogue et  d’essayer d’échapper par n’importe quels moyens à leur vie monotone va en fait causer leur perte. 

Une fois le film finit, on sera tenté de réfléchir sur ce qui n’a pas marché dans leur couple. Est-ce leur vie sans intérêt, le fait d’avoir justement trop profondément discuter jusqu’à ne plus rien avoir à se dire ?

Le titre français est par ailleurs très mauvais, comparé au titre original : Revolutionary Road, faisant référence à la rue où ils habitent. Tout est dit dans le mort Révolutionnaire : cette envie de casser les choses, de les modifier, d’échapper à ce mode de vie fictif, ennuyant et monotone.

Sont-ils pour autant marginaux ? On aura plutôt raison de dire qu’ils sont normaux et dans le vrai, à la différence de leur voisin qui se voile totalement la face ou encore de cet agent immobilier  joué par Kathie Bathes, remplie de préjugés et vivant uniquement dans le paraître. Son fils, diagnostiqué comme ayant des problèmes psychologiques, jouera d’ailleurs un rôle clef dans l’histoire. Considéré comme un marginal, on verra que lui non plus ne souhaite pas se voiler la face et clame haut et fort ce que les personnes pensent tout bas. Les deux scènes où il est présent sont d’ailleurs les plus fortes du film et vous restent en tête longtemps après.

On pourra peut-être regretter une trop grande présence de la musique de Thomas Newman, typique de son style, mais assez répétitive au long du film…

Reste enfin cette dernière image qui, elle aussi, restera gravée dans les mémoires. Ne plus écouter ce qui se dit reste peut-être la meilleure solution afin d’oublier cette vie sans intérêt et monotone. Mais quand on fait un choix, mieux vaut l’assumer.

 

Pour terminer, je vous propose de regarder la bande-annonce des Sentiers de la Perdition et des Noces Rebelles. Peut-être allez vous trouver comme moi que la ressemblance est frappante avec cette musique similaire, ces ralentis exagérés pour accentuer les moments tragiques et enfin ces mouvements de foules où ne ressort que le héros du film (qui semble typique du cinéma de Sam Mendes, venant ne l’oublions pas, d’Angleterre et formé aux mises en scènes shakespearienne).

Bonne projo !

 

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