Malgré sa longueur (2h40) et son aspect mal vieilli, La Terrasse d’Ettore Scola reste une œuvre cruciale de l’histoire du cinéma italien. Sorti en 1980, il a été écrit par Age et Scarpelli, duo le plus important du cinéma transalpin et auteur des films de Pietro Germi mais aussi du Bon, la brute et le truand de Sergio Leone et Nous nous sommes tant aimés du même Ettore Scola. Satire du monde audiovisuel, La terrasse est un film sur la nostalgie d’une époque et sur une génération ayant perdue toutes illusions. A (re) découvrir.
Quel casting ! Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Serge Reggiani, Marcello Mastroianni et Jean-Louis Trintignant. Cinq acteurs au sommet de leur carrière pour cinq portraits d’hommes épuisés par leur passé et au fond du gouffre. On reconnaît bien là le réalisateur Ettore Scola et son style si particulier. Tout comme La famille, Le bal, Nous nous sommes tant aimés ou plus récemment Gente di Roma, le cinéaste italien met en scène dans la ville de Rome un nouveau groupe de personnages nostalgiques d’un temps révolu qui n’ont pas eu le temps de voir passer les années.
Mario, Amadeo, Enrico, Luigi et Sergio
A travers cette histoire, c’est avant tout celle des deux scénaristes Age et Scarpelli qui est dessinée avec tant d’ironie et de vérité. Il est loin le temps du néo-réalisme italien des années 50 et celui de la comédie italienne des années 60. Comme le dépressif Sergio l’affirme en toute sincérité à son président de la Raï, le temps de la comédie et de la culture s’est volatilisé au profit de programmes américanisés rendant le public de plus en plus aliéné face au poste de télévision. Trente ans plus tard, le même constat est saisissant et n’a fait qu’empirer. C’est sur ce point précis que La Terrasse demeure si contemporain. Entre un scénariste oublié qui n’arrive plus à écrire de comédie, un producteur obligé de financer un film nombriliste fait par des intellectuolïdes, un journaliste au stylé dépassé et vieilli mis à la retraite, un intellectuel suicidaire aux mœurs dépassés et un vieux député communiste qui a perdu toutes convictions, Age et Scarpelli dressent le constat d’une génération dépassée par elle-même, vaniteuse et pathétique mais non point dépourvue d’humanité et de sentiments comme le montre le discours de Mario dans cet extrait :
La femme est l’avenir de l’homme
Il est donc loin le temps de la comédie italienne avec Toto en haut de l’affiche et ses belles italiennes aux tailles fines. Ce qui est à la mode au début de ces années 80, c’est la violence psychologique, la nudité gratuite et pseudo-intellectuelle (on pense à Salo de Pasolini). Les mentalités ont changé ainsi que les goûts du public au détriment d’un groupe d’anciens professionnels renfermés sûr eux-mêmes. Autre changement majeur: l’ascension fulgurante des femmes au pouvoir ridiculisant l’ancienne génération masculine si imbue d’elle-même. Si nos cinq protagonistes ont perdu de leur renommée, leurs femmes ont à l’opposé gagné en prestige et règnent en force dans ce monde narcissique de l’audiovisuel. Ne peut en découler qu’une middle-age crisis pour ces hommes perdus dont certains connaitront une fin malheureuse. Au milieu de ce cercle d’amis, la nouvelle génération symbolisée par Isabella (Marie Trintignant) traine autour de ces vieux vautours en les scrutant d’un regard dérisoire et insignifiant, preuve de leur apparence pathétique. La présence de l’acteur Galeazzo Benti qui joue son propre rôle en est le meilleur exemple. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si le dernier plan du film est un lent travelling arrière où les hommes sont d’un côté, les femmes de l’autre et sont remplacés au premier plan par la nouvelle génération.
Film difficile au premier abord, La Terrasse sera ensoleillée à condition de s’y connaître un minimum en cinéma italien ou tout du moins de l’apprécier. Un bel hommage proposé par Acacias Films à l’un des scénaristes du film, Furio Scarpelli, qui vient récemment de s’éteindre à l’âge de 91 ans après avoir écrit plus de 140 films.





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