Somptueuse Joyce DiDonato au Théâtre des Champs-Elysées

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Poster le : 17-06-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Elle incarne à elle seule le panache de l’Amérique et la chaleur de l’Europe. La Mezzo-Soprano Joyce DiDonato a véritablement conquis le public du théâtre des Champs lors de son récital ce mercredi 16 juin au Théâtre des Champs-Elysées. Accompagnée au piano par David Zobel, la diva a traversé trois siècles de chants d’amour tous aussi sublimes les uns que les autres composés par Pergolesi, Beethoven, Rossini ou encore Donaudy et Buzzi-Peccia. Une perle rare.

Le mois de juin aura bien été dédié cette année à Joyce DiDonato. Entre la sortie de son nouveau disque consacré à la muse et femme de Rossini, Isabella Colbran, son interprétation d’Elena dans La dame du lac à l’Opéra Garnier (lire notre compte-rendu) et enfin son récital au Théâtre des Champs-Elysées, aucune raison n’était valable pour ne pas entendre la voix divine de la mezzo-soprano.

Audacieux & ambitieux

Voici comment l’on pourrait qualifier le programme concocté pour ce concert. Comme il est inscrit dans le programme : Joyce DiDonato a choisi l’amour, vaste sujet, abordé ici par la mélodie italienne déployée sur une tout aussi vaste période, trois siècles, du XVIIIème au XXème, dans les styles volontairement les plus variés et contrastés. Et pour ce faire, elle n’a pas choisi les mélodies les plus faciles à interpréter mais sont apparues comme d’une pure beauté à faire pleurer les plus émotifs. On ne manquera pas d’ailleurs d’en donner quelques exemples à l’image de la cantate de Paisiello Nel cor piu non mi sento :

Dans mon cœur, je ne sens plus

briller l’éclat de la jeunesse ;

Cause de mes tourments,

ô amour, c’est de ta faute.

Tu me piques, tu me taquines,

tu m’aguillonnes, tu me dévores ;

Qu’est-ce donc, hélas ?

Pitié, pitié, pitié !

L’amour est-ce quelqu’un

qui me désespère.


Il faut écouter chanter ces poèmes en langue italienne et entendre les coloratures  provenant de la diva pour se rendre vraiment compte de l’instant magique qu’elle nous offre. L’exemple parfait en serait les deux versions de L’amante impaziente composées par Beethoven. Alors que la première est rapide et virtuose semblable à du Rossini, la deuxième fait place à une émotion meurtrie par l’inquiétude et le désespoir :

Que fait ma bien-aimée ?

Pourquoi ne vient-elle pas ?

Elle veut me voir languir

ainsi, ainsi, ainsi !

Oh comme est lente

la course du soleil !

Ces longs moments

me semblent un jour !

Mais là où elle excelle décidément vraiment et où on l’attend le plus, c’est lorsqu’elle chante du Rossini. Son interprétation de la prière de Desdémone extraite d’Otello du maître de Pessaro était à pleurer de beauté et de sincérité. On retrouve ici le tempérament américain et cette faculté de passer d’un genre à un autre sans aucun problème.

Intimiste & rare

Ces deux mots pourraient définir le programme de la deuxième partie. Avec des morceaux moins connus du grand public mais tout aussi somptueux, DiDonato a débuté avec plusieurs airs composés par Francesco Santoliquido. Sa cantate L’incontro, proche du romantisme et de la modernité, narre l’histoire d’une belle rencontre entre un homme et une femme tandis que Tristezza crepuscolare revient mélancoliquement sur un amour passé et brisé. On retiendra par la même occasion l’air O del moi amato ben de Stefano Donaudy :

O de mon amour,

j’ai perdu la présence ensorcelante.

Elle est loin de mes yeux

celle qui était ma gloire et mon orgueil.

Maintenant à travers les pièces silencieuses

toujours je la cherche et l’appelle

le cœur emploi d’espoir

mais je la cherche, je l’appelle en vain.

Et pleurer m’est si doux

que j’abreuve mon cœur de ma seule plainte.

Tous les lieux, sans elle, me semblent tristes.

La nuit ressemble au jour,

la glace ressemble au feu.

Si pourtant, parfois, j’espère

m’occuper à d’autres soins

une seule question me tourmente :

mais sans elle que ferai-je ?

Si vaine me semble la vie sans mon cher amour.

Notons enfin ce Canto Arabo de Barbara Giuranna qui hypnotise l’esprit et offre un passage vers un autre monde magnétique.

Un double bis avec Mozart et « La dame du lac » en cadeaux

Littéralement ovationnée à l’issue de ce concert, la mezzo-soprano a affirmé dans un léger français se sentir overwhelmed d’être présente à Paris lors d’un mois de juin… qui a plus d’allure qu’un mois de janvier à Londres ! Pour son premier bis, DiDonato a enthousiasmé l’audience en choisissant l’air de Cherubin tiré des Noces de Figaro.

Mais là où elle a atteint le summum de la réussite, c’est lors de son deuxième bis. Sachant pertinemment qu’il est difficile de trouver des places pour la représentation de La Dame du Lac à l’Opéra Garnier, elle a choisi de chanter son morceau préféré avec l’air final de l’opéra Tanti Affetti. Déjà bouleversante à Garnier, cette interprétation accompagnée au piano permit de vibrer d’avantage au son de sa voix unique passant des aigus au grave avec ce qui apparaît comme une vraie simplicité. Magique.

Quand l’on sait que l’on pouvait dépenser moins de dix euros pour assister à un tel concert et qu’il restait encore des places de toutes catégories, il fallait les yeux fermés se précipiter au Théâtre des Champs-Elysées. Pour les absents, aucun souci : Joyce DiDonato revient le 22 septembre prochain à Paris pour des airs de Mozart, Rossini, Gluck et Offenbach. A ne pas rater cette fois-ci !

La dame du lac – Opéra Garnier – Statique mais efficace !

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Poster le : 16-06-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Cela devient une fâcheuse habitude. Huer à tout rompre les nouvelles mises en scène d’opéra. Certes, la nouvelle production de La Dame du Lac présentée à l’Opéra Garnier manquait d’énergie et d’idées de mise en scène. Mais n’était-ce pas plutôt pour laisser la place libre aux talentueux chanteurs que l’on a pu entendre parmi lesquelles Joyce DiDonato, Juan Diego Florez et une autre grande rossinienne Daniela Barcelonna ? Explication.

Créé en 1819 à l’Opéra de Naples, La Donna del Lago est le premier opéra romantique du grand compositeur  Gioacchino Rossini alors âgé de 27 ans. Sa réputation n’est plus à faire et il a déjà été acclamé à travers l’Europe grâce à ses chefs d’œuvres tels que Le Barbier de Seville, La Cenerentola et Otello. Mais quand vient cette Dame du Lac tirée de l’œuvre de William Scott, les réactions sont très mitigées et le public italien découvre un nouveau Rossini qui annonce déjà son dernier opéra Guillaume Tell. En cette fin de saison 2009/2010, Nicolas Joel a souhaité faire plaisir au public parisien en lui offrant le Palais Garnier pour cette nouvelle production et une distribution en or pour clore sa première année à la tête de l’Opéra de Paris.

Une mise en scène pas si classique que cela

Au son des hués émis le soir de la première, on était stupéfait d’entendre une telle réaction facile et injuste provenant de l’audience. A y regarder de plus prêt, la mise en scène élaborée par Lluis Pasqual est certes classique mais propose en plus une lecture nostalgique et mélancolique de l’œuvre de Rossini. Plusieurs décors se croisent ici : une grotte, une forêt, un palais et bien entendu le fameux Lac Katrine L’idée du metteur en scène est ici d’associer trois décors en un : un opéra/palais en colonnade sur deux étages, une falaise fissurée en diagonale et une peinture fatiguée et endommagée d’un paysage de la douce Ecosse. La présence de plusieurs éléments comme une harpe, un pupitre et un banc en marbre sont autant de signes démontrant que le metteur en scène a souhaité, avec l’aide de son décorateur Ezio Frigerio, orienter sa mise en scène vers le romantisme absolu : la solitude, la mélancolie, le désastre, le morbide et le rêve sont autant de thèmes que l’on retrouve ici.

Les chanteurs, les danseurs et les avatars

Pour résumer, dison que l’intrigue de La Dame du Lac tourne autour de l’amour que portent trois hommes à la même femme, taraudée par ses propres sentiments, la pression exercée par son père et les problèmes politiques qui vont avec. Ici encore, trois représentations pour une même histoire. D’un côté la présence des chanteurs évoluant autour du lac, de l’autre quatre danseurs dansant en harmonie avec la musique résumant ce conflit mélodramatique, et enfin au dernier étage du palais des avatars des personnages principaux sortant tout droit d’un rêve ou d’un cauchemar éveillé. Outres ces trois points en un, il faut aussi souligner et féliciter le très beau travail effectué par Vinicio Cheli à la lumière. Là encore l’appel au romantisme est bien présente et éblouit nos yeux de merveilles entre ces couleurs fluo passant du bleu clair ou rouge sang jusqu’à l’orange « heure-magique ». Ceux qui a l’entracte pouvait admirer le plafond de la salle Garnier avec la peinture de Marc Chagall ne pouvaient pas manquer d’y faire un rapprochement.

De l’époque médiévale au XIXème siècle

Cependant, on restera dubitatif face à ces deux époques qui se chevauchent entre les chanteurs habillés en cotte de maille et le chœur vêtu de grands habits du XIXème siècle, déjà préparé dès le levée de rideau pour la scène finale. Les quelques incohérences qui font place dans notre esprit à ce sujet n’ont pas suffi pour que l’on adhère entièrement à cette idée. De même, laisser le chœur de l’Opéra de Paris debout de façon statique ne nous a pas conquis non plus malgré son talent pour le chant préparé d’une main de maître par le chef de cœur Alessandro Di Stefano.

Place aux voix !

On l’aura donc compris, Nicolas Joel aime les voix. On ne le remerciera pas assez pour nous avoir offert ce plateau avec une mention très spéciale pour Daniela Barcelonna dans le rôle de Malcolm. Dès son arrivée sur scène pour l’air Mura felici, ce fut une réussite et un plaisir pour nos oreilles. Son talent n’étant plus à démontrer, Joyce DiDonato interprète une Elena tout en finesse et nous a fait frémir de notre siège lors du final Tanti Palpitti, grand air s’il en est du bel canto et faisant échos au final  de La Cenerentola Non piu mesta (voir son interview). Juan Diego Florez, après son récital à la Salle Pleyel en mars dernier, nous a semblé un peu souffrant, mais réussit tout de même à nous émouvoir avec son air au début du deuxième acte Oh fiamma soave che lalma. Dommage qu’il soit obligé de chanter devant un arbre en carton assez mal dessiné et finalement inutile. Enfin, on pourra reprocher à la direction de Roberto Abbado de ne pas prendre assez son temps lors des moments tragiques pour se précipiter trop rapidement vers les crescendos rossiniens que son orchestre réussit néanmoins parfaitement.


June Anderson - Scala de Milan – 1992 – Direction : Riccardo Muti – Mise en scène: Werner Herzog

Nouvel opéra inscrit au répertoire de l’Opéra de Paris, cette Dame du Lac enchante pour ses voix divines mais déconcertera les passionnés de mise en scène qui seront déçus par le manque de dynamisme. Cette dernière offre pourtant de sublimes instants comme cette scène finale toute droit sortie d’un film de Luchino Visconti avec ces majestueux lustres aux couleurs variées. On espère en tout cas voir prochainement au répertoire de l’Opéra de Paris deux autres chef d’œuvres de Rossini trop peu présentés: La Pietra del Paragone pour l’opéra-buffa et/ou surtout Tancredi pour l’Opéra-Seria.

Juan Diego Florez – Salle Pleyel – Compte rendu

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Poster le : 17-03-2010 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Le ténor d’origine péruvienne vient de présenter à la salle Pleyel un récital avec piano avant d’interpréter Giacomi dans La Donna del Lago en juin prochain à l’Opéra de Paris. Quelque peu souffrant, le ténor a tout de même réussi a enchanté l’audience malgré une tiède première partie.

Qu’on se le dise : Juan Diego Florez est un rossinien pur-sang. Il n’est donc pas étonnant mais réjouissant de voir programmer pour ce récital trois airs provenant de l’Otello du maître italien Rossini. Malgré un début de concert où le ténor semblait ne pas se sentir à son aise lors de son Pria che spunti in ciel de Cimarosa, Florez s’est ensuite plus investi pour offrir deux airs de l’opéra Orphée de Gluck : à la fois rempli d’amour et de tristesse pour Air perdu mon Eurydice et de bravoure et de panache pour L’espoir renaît.

On le reconnaîtra pourtant beaucoup plus dans ces fameux trois airs de Rossini. Il n’y avait qu’à voir le plaisir qu’il prenait à chanter chacun d’entre eux pour s’en rendre compte. On retiendra surtout le dernier air de la première partie Che asciolto, ohime où il excella particulièrement. Dommage que la version piano n’offre pas la même force émotionnelle qu’avec un orchestre, ce que l’on pourra reprocher par ailleurs à ce récital. On aurait ainsi préféré entendre ce concert dans une salle plus appropriée et « intimiste » à l’image du Théâtre des Champs-Élysées.

De la Zaruela à l’ami Donizetti

Que s’est-il passé entre la première et la deuxième partie ? C’est en effet comme si un nouveau Florez était apparu sur scène pour interpréter quelques airs tirés de La Zarzuela, ces petits opéra-comiques espagnols. Beaucoup plus à l’aise, le chanteur maîtrise parfaitement sa langue natale reflétant ainsi chez lui cette fraîcheur et cette chaleur du sud.

Alors qu’il vient de triompher dans La fille du régiment de Donizetti à Barcelone, le ténor a choisi pour terminer l’air Pour me rapprocher de Marie qui fut l’un des meilleurs moments de la soirée. On sera plus dubitatif sur l’air Viens gentille dame tiré de La dame de blanche de Boildieu parfaitement interprété mais aux paroles un tantinet mièvre.

Juan Diego Florez au côté de Natalie Dessay dans la production de La Fille du Régiment de Donizetti mise en scène par Laurent Pelly


Pour terminer, Juan Diego Florez s’est approché du public afin de lui demander son choix pour un bis attendu. C’est finalement l’air de Donizetti La maîtresse du roi qui a été choisi tiré de La Favorite et qui fut judicieusement acclamé.

Juan Diego Florez, quelque peu souffrant, a donc réussi son pari en choisissant ce récital avec piano. L’exercice n’était pas facile et le ténor a su nous présenter une belle démonstration de son talent. On se réjouit alors de le retrouver en juin prochain à l’Opéra de Paris.


Article à retrouver sur http://www.artistikrezo.com/

Air « Largo Al Factotum », Le Barbier de Seville – Rossini

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Poster le : 25-01-2009 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Opéra

Même si Don Giovanni de Mozart reste mon Opéra préféré pour son histoire, son originalité, ses airs tout aussi fascinants les uns que les autres et sa structure musicale si complexe et envoûtante, les opéras de Rossini représentent quant à eux la force absolue du classique. Il y a une dynamique dans sa musique et l’air de Figaro dans le Barbier de Séville en est l’exemple absolu.

Tout aussi connu que celui de Leporello vu précédemment, il a souvent été utilisé au cinéma à plusieurs reprises et dans certains cartoons de la Warner.

Par cet air si réputé et si difficile pour Baryton, nous faisons la connaissance de Figaro, barbier à Séville, mais aussi réputé pour être l’homme à tout faire de la ville (factotum vient en fait du latin et désigner le serviteur sachant tout faire). A l’inverse du serviteur de Don Giovanni qui décrit les conquête de son maître, notre ami Figaro se vante dans cet air de sa qualité de pouvoir être partout à la fois et de servir qui veut et n’importe où. En voici les paroles et la traduction en anglais :

 

Italian
 English
Largo al factotum della città.
Presto a bottega che l’alba è già.
Ah, che bel vivere, che bel piacere
per un barbiere di qualità!    Ah, bravo Figaro!
Bravo, bravissimo!
Fortunatissimo per verità!
Pronto a far tutto,
la notte e il giorno
sempre d’intorno in giro sta.
Miglior cuccagna per un barbiere,
vita più nobile, no, non si da.
Rasori e pettini
lancette e forbici,
al mio comando
tutto qui sta.
V’è la risorsa,
poi, del mestiere
colla donnetta… col cavaliere…
Tutti mi chiedono, tutti mi vogliono,
donne, ragazzi, vecchi, fanciulle:
Qua la parrucca… Presto la barba…
Qua la sanguigna…
Presto il biglietto…
Qua la parrucca, presto la barba,
Presto il biglietto, ehi!Figaro! Figaro! Figaro!, ecc.
Ahimè, che furia!
Ahimè, che folla!
Uno alla volta, per carità!
Ehi, Figaro! Son qua.
Figaro qua, Figaro là,
Figaro su, Figaro giù,Pronto prontissimo son come il fulmine:
sono il factotum della città.
Ah, bravo Figaro! Bravo, bravissimo;
a te fortuna non mancherà.

 

 

Make way for the factotum of the city,
Hurrying to his shop since dawn is already here.
Ah, what a fine life, what fine pleasure
For a barber of quality!    Ah, bravo Figaro!
Bravo, bravissimo!
A most fortunate man indeed!
Ready to do everything
Night and day,
Always on the move.
A cushier fate for a barber,
A more noble life, is not to be had.
Razors and combs,Lancets and scissors,
At my command
Everything’s there.
Here are the tools
Of my trade
With the ladies…with the gentlemen…
Everyone asks for me, everyone wants me,Ladies, young lads, old men, young girls:
Here is the wig…the beard is ready…
Here are the leeches…
The note is ready…
Here is the wig, the beard is ready,
The note is ready, hey!

Figaro! Figaro! Figaro!, etc.
Ah, what frenzy!
Ah, what a crowd!
One at a time, please!
Hey, Figaro! I’m here.
Figaro here, Figaro there,
Figaro up, Figaro down,

Swifter and swifter, I’m like a thunderbolt:
I’m the factotum of the city.
Ah, bravo Figaro! Bravo, bravissimo,
You’ll never lack for luck!

 

Vous aussi vous pouvez maintenant  vous entraîner sur cet air rempli d’énergie et de dynamisme, deux qualités qui font la musique de Rossini et le bonheur de tous !

Jean-Pierre Ponnelle était un très grand metteur en scène français, toujours soigneux dans ses réalisations mais qui avait avant tout un sens de l’esthétisme prodigieux. Il a ainsi décidé dans les années 70 de passer à la réalisation en filmant pour la télévision ses mises en scènes. L’extrait que vous allez voir aujourd’hui provient de l’un de ses chefs-d’oeuvre. Vous allez ainsi voir à quel point l’utilisation de la lumière et des décors est importante dans une mise en scène d’Opéra. Regardons d’abord cet air de Figaro.

Bon air !

 

Faisant référence aux ombres chinoises, on arrive doucement vers un balcon où une personne semble être en train de se réveiller et se préparer pour aller en ville. Le soleil se couche et son travail va bientôt commencer. Nous découvrons ainsi le personnage principal et comme par magie, la lumière commence à dévoiler de façon plus précise le décor et donc le lieu dans lequel il vit.

Puis, gentiment, il nous invite à visiter sa fameuse boutique de coiffure. On aimera beaucoup moins ici cette caméra à l’épaule assez brouillon et ne collant pas tellement à l’air musical.

Au passage, il est d’ailleurs mieux conseiller de se procurer un autre Opéra de Rossini, plus intéressant à mon goût, et qui est La Cenerentola, un autre de mes opéras préférés, contant l’aventure de Cendrillon et toujours réalisé par le même Jean-Pierre Ponnelle. Mais revenons à Figaro!

Ce qui est génial en revanche ici est le regard que porte le barbier. Qui regarde-t-il ? A qui s’adresse-t-il ? Tout simplement à nous ! Ce procédé narratif est des plus intelligents afin de nous familiariser avec le personnage puisque nous allons le suivre tout au long de l’histoire et qu’il deviendra notre complice.

Puis nous passons à une partie géniale au niveau musical mais assez pitoyable niveau réalisation. On a en effet l’impression d’être dans un trip sous acide lorsqu’il commence à nous décrire les différents types de personnes qu’il coiffe généralement. Avec ces allées et venues de caméra, ces contre-plongées inutiles et totalement inadéquates à la musique, Ponnelle nous présente un personnage qui nous fait assez peur… au lieu de nous rassurer.

Heureusement, la fin est plus apaisante et permet de nous donner une vision de Figaro plus calme, serein et  passionné, fier de ce qu’il est. J’essayerai plus tard de vous montrer une autre scène réalisée par Ponnelle beaucoup mieux que celle-ci. Reste l’interprétation de l’air qui est parfaite, malgré un play-back trop flagrant. 

Au moins, je vous aurai montré aujourd’hui la difficulté d’entreprendre un Opéra filmé !

 

Un jour / Une scène : « Orange Mécanique » de Stanley Kubrick – 1972

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Poster le : 03-12-2008 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Un jour / Une scène

LE film le plus violent de Kubrick ; LE film ayant fait le plus de polémique lors de sa sortie et enfin LE film emblème d’une génération !

Orange Mécanique a marqué les esprits dans les années 70 et les marque toujours aujourd’hui. Le tournage fut éprouvant pour son acteur principal Malcolm McDowell dont le souvenir lui reste gravé dans la mémoire à vie mais pour un résultat qui en vaut la peine, quitte à se raser son cil gauche !

On a donc vu Kubrick traiter de l’humain en rapport à la folie, à l’espace, à l’obsession et nous voilà maintenant en face d’un autre de ses thèmes favoris qui est la violence gratuite.

La scène d’introduction ne se trompe pas d’ailleurs lorsqu’on nous présente ces personnages dans un club tout à la fois glauque et décadent. La musique de Beethoven retranscrite en musique électronique en est un autre exemple ou encore cette façon de parler avec un accent anglais sauvage et prononcé.

Il est surtout intéressant de voir la comparaison avec Barry Lyndon quant à l’évolution du personnage. Ici aussi, il s’agit de suivre un individu cherchant sa place dans une société morcelée et décomposée et à qui il va arriver tout une série d’événements aussi différents les uns que les autres. 

 

La scène d’aujourd’hui est un exemple parfait pour vous décrire la réalisation de Stanley Kubrick. Si vous l’avez déjà remarqué dans plusieurs de ses autres films (Barry Lydon, Shining, Eyes Wide Shut…), on peut voir ici qu’il effectue un travelling arrière légèrement en contre-plongée afin de suivre son personnage en train de déambuler dans un espace où règne une lumière violente et contrastée ainsi qu’un grand focal permettant ainsi d’agrandir les formes et donc le lieu dans lequel nous sommes. 

 

Mais je vous laisse maintenant revoir cette scène ainsi que celle qui suit sur la musique de Guillaume Tell de Rossini et qui pour le coup a dû être bien sympathique à tourner pour les acteurs !

Bonne projo !