Elle incarne à elle seule le panache de l’Amérique et la chaleur de l’Europe. La Mezzo-Soprano Joyce DiDonato a véritablement conquis le public du théâtre des Champs lors de son récital ce mercredi 16 juin au Théâtre des Champs-Elysées. Accompagnée au piano par David Zobel, la diva a traversé trois siècles de chants d’amour tous aussi sublimes les uns que les autres composés par Pergolesi, Beethoven, Rossini ou encore Donaudy et Buzzi-Peccia. Une perle rare.
Le mois de juin aura bien été dédié cette année à Joyce DiDonato. Entre la sortie de son nouveau disque consacré à la muse et femme de Rossini, Isabella Colbran, son interprétation d’Elena dans La dame du lac à l’Opéra Garnier (lire notre compte-rendu) et enfin son récital au Théâtre des Champs-Elysées, aucune raison n’était valable pour ne pas entendre la voix divine de la mezzo-soprano.
Audacieux & ambitieux
Voici comment l’on pourrait qualifier le programme concocté pour ce concert. Comme il est inscrit dans le programme : Joyce DiDonato a choisi l’amour, vaste sujet, abordé ici par la mélodie italienne déployée sur une tout aussi vaste période, trois siècles, du XVIIIème au XXème, dans les styles volontairement les plus variés et contrastés. Et pour ce faire, elle n’a pas choisi les mélodies les plus faciles à interpréter mais sont apparues comme d’une pure beauté à faire pleurer les plus émotifs. On ne manquera pas d’ailleurs d’en donner quelques exemples à l’image de la cantate de Paisiello Nel cor piu non mi sento :
Dans mon cœur, je ne sens plus
briller l’éclat de la jeunesse ;
Cause de mes tourments,
ô amour, c’est de ta faute.
Tu me piques, tu me taquines,
tu m’aguillonnes, tu me dévores ;
Qu’est-ce donc, hélas ?
Pitié, pitié, pitié !
L’amour est-ce quelqu’un
qui me désespère.
Il faut écouter chanter ces poèmes en langue italienne et entendre les coloratures provenant de la diva pour se rendre vraiment compte de l’instant magique qu’elle nous offre. L’exemple parfait en serait les deux versions de L’amante impaziente composées par Beethoven. Alors que la première est rapide et virtuose semblable à du Rossini, la deuxième fait place à une émotion meurtrie par l’inquiétude et le désespoir :
Que fait ma bien-aimée ?
Pourquoi ne vient-elle pas ?
Elle veut me voir languir
ainsi, ainsi, ainsi !
Oh comme est lente
la course du soleil !
Ces longs moments
me semblent un jour !
Mais là où elle excelle décidément vraiment et où on l’attend le plus, c’est lorsqu’elle chante du Rossini. Son interprétation de la prière de Desdémone extraite d’Otello du maître de Pessaro était à pleurer de beauté et de sincérité. On retrouve ici le tempérament américain et cette faculté de passer d’un genre à un autre sans aucun problème.
Intimiste & rare
Ces deux mots pourraient définir le programme de la deuxième partie. Avec des morceaux moins connus du grand public mais tout aussi somptueux, DiDonato a débuté avec plusieurs airs composés par Francesco Santoliquido. Sa cantate L’incontro, proche du romantisme et de la modernité, narre l’histoire d’une belle rencontre entre un homme et une femme tandis que Tristezza crepuscolare revient mélancoliquement sur un amour passé et brisé. On retiendra par la même occasion l’air O del moi amato ben de Stefano Donaudy :
O de mon amour,
j’ai perdu la présence ensorcelante.
Elle est loin de mes yeux
celle qui était ma gloire et mon orgueil.
Maintenant à travers les pièces silencieuses
toujours je la cherche et l’appelle
le cœur emploi d’espoir
mais je la cherche, je l’appelle en vain.
Et pleurer m’est si doux
que j’abreuve mon cœur de ma seule plainte.
Tous les lieux, sans elle, me semblent tristes.
La nuit ressemble au jour,
la glace ressemble au feu.
Si pourtant, parfois, j’espère
m’occuper à d’autres soins
une seule question me tourmente :
mais sans elle que ferai-je ?
Si vaine me semble la vie sans mon cher amour.
Notons enfin ce Canto Arabo de Barbara Giuranna qui hypnotise l’esprit et offre un passage vers un autre monde magnétique.
Un double bis avec Mozart et « La dame du lac » en cadeaux
Littéralement ovationnée à l’issue de ce concert, la mezzo-soprano a affirmé dans un léger français se sentir overwhelmed d’être présente à Paris lors d’un mois de juin… qui a plus d’allure qu’un mois de janvier à Londres ! Pour son premier bis, DiDonato a enthousiasmé l’audience en choisissant l’air de Cherubin tiré des Noces de Figaro.
Mais là où elle a atteint le summum de la réussite, c’est lors de son deuxième bis. Sachant pertinemment qu’il est difficile de trouver des places pour la représentation de La Dame du Lac à l’Opéra Garnier, elle a choisi de chanter son morceau préféré avec l’air final de l’opéra Tanti Affetti. Déjà bouleversante à Garnier, cette interprétation accompagnée au piano permit de vibrer d’avantage au son de sa voix unique passant des aigus au grave avec ce qui apparaît comme une vraie simplicité. Magique.
Quand l’on sait que l’on pouvait dépenser moins de dix euros pour assister à un tel concert et qu’il restait encore des places de toutes catégories, il fallait les yeux fermés se précipiter au Théâtre des Champs-Elysées. Pour les absents, aucun souci : Joyce DiDonato revient le 22 septembre prochain à Paris pour des airs de Mozart, Rossini, Gluck et Offenbach. A ne pas rater cette fois-ci !








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