Festival de Cannes 2011 – 17, 18 et 19 mai

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Poster le : 30-05-2011 | Par : Edouard | dans : Articles récents

La mélancolie, l’immigration ou encore le suicide, le Festival de Cannes continue de battre son plein après une semaine cinématographique toujours aussi intense. Entre la politique et la polémique, la Croisette n’en a pas fini de faire parler d’elle.

17 mai

La nature fait parfois mal les choses. Après un marathon non-stop d’œuvres cinématographiques et de soirées cannoises, il fallait bien que cela arrive. En ce mardi 17 mai, le réveil tarde à venir et ne montrera son nez qu’en fin de matinée. Pis, le cumul de fatigue et les courants d’air dans les salles de cinéma peuvent vous être fatal et vous clouer au lit le temps d’une demi-journée.

Le seul déplacement vers le Palais des Festivals se fera donc au Wifi Café. Ce lieu réservé à la presse internationale est non seulement un beau lieu de rencontre pour les journalistes mais surtout l’endroit où la plupart des articles que vous pouvez lire à travers le monde sur le Festival sont rédigés. Après avoir passé l’après-midi devant votre écran d’ordinateur (cela change de celui de la salle), la fin de journée approche forcément plus rapidement que les autres jours et vous acceptez d’aller passer la soirée avec des Anglais dans une villa non loin de la ville qui se terminera légèrement alcoolisée et dans un jacuzzi à 38°C. En somme, le parfait remède pour vous remettre de vos émotions cinéphiliques.

18 mai

Retour aux choses sérieuses. Après s’être plus ou moins accordé une « journée de repos », il faut repartir à l’attaque. Au programme : la projection du dernier Lars Von Trier, Melancholia. Très attendu, le public est déjà présent dès 7h45 devant le Théâtre Lumière pour accéder dans la salle. Trente minutes plus tard, le panneau affichant « complet » est mis en place. Il faut donc se ruer le plus rapidement possible pour une autre projection vers la Salle du Soixantième, dans une sorte de chapiteau où un cinéma a été spécialement construit le temps de la manifestation cannoise.

Pour information, le film a été découvert avant que la fameuse polémique Lars Von Trierienne vienne secouer le Sud-Est de la France. Que les organisateurs aient donc pris la décision de classer le réalisateur danois Persona non grata suite à ses propos nazis est respectable mais ne doit en rien influer sur la qualité du film.

En l’occurrence, ce dernier laisse à désirer. Hommage au romantisme allemand avec tout ce qu’il englobe de mélancolie et de spleen, Melancholia fascine tout comme l’avait fait Antichrist pour sa première séquence et son final wagnérien. Le reste est long, fastidieux et sans grand intérêt. Les deux parties qui composent l’œuvre nous font juste comprendre que Lars Von Trier est en ce moment d’une triste humeur et qu’il ressentait le besoin de l’exprimer à l’écran. L’usage musical du Tristan et Iseult de Wagner est à ce titre de très bonne circonstance au début du film mais perd de sa force après des répétitions sans fin. En sortant de la salle, le film ne fait ni chaud, ni froid, et pourtant… Tout l’aspect mystique de l’œuvre surgira sans prévenir alors que l’on rentre de soirée en vélo devant une lune blanche qui vous éclaire la voie… Vous vous couchez en découvrant que c’est aussi cela que l’on appelle la magie du cinéma. Autre détail, l’étrange similitude entre le nouveau chef d’œuvre de Terrence Malick, The Tree of Life présenté aussi cette année.

Chaque jour, un dépliant vous permet de connaître les séances du jour dans toutes les catégories. N’ayant planifié à l’avance les séances, on se laisse davantage guidé par le temps et les opportunités. C’est ainsi que l’on tombe sur la reprise du dernier Aki Kaurismaki, Le Havre, présenté la veille en compétition officielle. Réalisateur finlandais connu pour son ironie et son esthétisme nordique, Kaurismaki propose pour son premier film en langue française une réflexion sur l’immigration clandestine à l’heure où la France connait bien ce sujet. Acclamé comme étant une bouffait d’air frais dans la compétition, Le Havre est à vrai dire un récit froid et triste à la fois ne dépassant pas un film d’Eugène Green dont les dialogues sont traités de la même façon, face caméra. Heureusement, André Wilms et Jean-Pierre Darroussin sont parfaitement employés ici et il faudrait saluer le directeur de casting pour avoir trouvé des physiques de circonstances.

Twitter peut s’avérer très utile lors du séjour cannois. Grâce à cet outil nouvel génération, des places de dernières minutes sont proposées par des followers pour assister aux projections du jour au sein du Grand Théâtre Lumière. C’est ainsi que l’on découvrir le dernier Naomi KawaseHanezu no tsuki. Au préalable, dans la file, nous aurons rencontré une productrice canadienne et un autre New Yorkais présent tous deux au marché du film pour vendre leur futur projet. Mais retour au Japon.

Certaines (mauvaises) voix ont affirmé que le film avait été sélectionné alors qu’il n’était pas encore fini afin de rendre hommage au Japon suite au terrible tremblement de terre qui a frappé la péninsule nipone. Certaines langues feraient bien de rester là où elles sont. Hanezu est un film poétique comme seul(e)s les japonsais(es) savent les faireet qui vous transporte par de sublimes paysages de rizières filmés à toute heure de la journée. De cette histoire d’amour à trois, la réalisatrice Naomi Kawase rend un bel hommage solennel à la région d’Asuka à Nara et à sa terre devenue aride. Parfois lent, mais aucunement ennuyant.

Après un passage à la Quinzaine des Réalisateurs pour le beau film franco-indien Chatrak de Vimukthi Jayasundara (Caméra d’or en 2005 pour La terre abandonnée), on découvert avec émotion dans la salle consacrée à cette sélection parallèle un siège vide où figure seulement une pancarte avec le nom du cinéaste iranien Jafar Panahi. Toujours aux mains du gouvernement de Mahoud Ahmadinejad, la Quinzaine des Réalisateurs lui a toutefois rendu un magnifique hommage en lui décernant cette année le Carrosse d’or. On ne peut que saluer cet évènement.

Après tous ces films, le rendez-vous est fixé à la Villa Wild Bunch où John Cameron Mitchell nous a gracieusement invité sur la terrasse VIP nous permettant ainsi de croiser entre autre Christopher Thompson et de nombreux distributeurs et attachés de presse.

19 Mai

Cette journée sera marquée par deux perles cinématographiques et une reprise mythique pour une soirée d’anthologie. Le premier choque nous vient tout droit de France avec Après le Sud, premier film de l’assistant-réalisateur Jean-Jacques Jauffret présenté à la Quinzaine des Réalisateurs.

Quatre destins, quatre humiliations. Lors d’une journée d’été où il fait chaud et humide, une mère, sa fille, son petit ami et leur voisin vivent dans le doute et le silence. Leur malheur et la force du destin vont pourtant les rapprocher. De ce pitch assez simple ressort une œuvre visuelle forte et faisant clairement échos aux œuvres d’Antonioni et de Haneke. Bien que l’on puisse y déceler quelques longueurs et scènes rébarbatives, cette fiction n’en est pas moins un claque cinématographique et voit la naissance d’un grand réalisateur et d’une vraie actrice en la personne de Sylvie Lachat.

Après cette découverte, l’étonnement continue sa trajectoire avec le film norvégien Oslo, 31. August de Joachim Trier, où par ailleurs notre voisin n’était autre le critique de L’Express Eric Libiot (qui demeure fasciné comme nous par le Terrence Malick). Comme pour Après le sud, cette histoire se déroule sur une journée et suit l’errance d’un ancien drogué sortant d’un centre de désintoxication et éprouvant des difficultés à se réinsérer dans la vie professionnelle et sociale. Puissante, propre et avec de belles idées de mise en scène, le climat à la fois nostalgique et sans issu que propose Trier entraine le spectateur dans le même voyage que son personnage Anders. En sortant de la salle, nous croisons une attachée de presse qui vient tout juste d’être mandatée par le nouveau distributeur. Une très bonne nouvelle qui fera plaisir au programmateurs des salles françaises.

Ce fut l’un des moments les plus attendus du Festival et certainement l’un des souvenirs les plus forts qui resteront de cette cuvée 2011. Malcolm McDowell, Christiane Kubrick et Jan Harlan étaient en effet rassemblés à l’occasion de la présentation en copie restaurée du Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Ovationné par un public comblé, le moment de grâce de cette projection est arrivé lorsque Christiane Kubrick a prie le micro pour déclarer: « Je sais que Stanley nous regarde ce soir et qu’il serait à nouveau fier.». L’œuvre, elle, n’a rien perdu de sa puissance et apparait encore plus violente que jamais.

Pour célébrer les 40 ans de la sortie d’Orange Mécanique, la Warner a par la suite prévu une soirée privée dans la Villa du journal les Inrockuptibles où les jardins ont été recouverts des décors du film jusqu’aux habits du personnage d’Alex portés par les serveurs. Oui, Kubrick était bien là ce soir là et semble être encore présent en ce samedi 20 mai avec la présentation de Drive de Nicolas Winding Refn. Mais ceci est une autre histoire à venir.

Edouard Brane

Extrait: « Docteur Folamour » – Stanley Kubrick – 1963

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Poster le : 17-05-2009 | Par : Edouard | dans : Non classé

Extrait de « Barry Lyndon » – Stanley Kubrick

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Poster le : 16-04-2009 | Par : Edouard | dans : Non classé

Un jour / Une scène - »A.I. Intelligence Artificielle » de Steven Spielberg – 2001

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Poster le : 08-01-2009 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Un jour / Une scène

Et l’on en arrive au film que Kubrick aurait dû faire, mais projet qu’il n’a pu accomplir en raison de sa mort durant le montage du film Eyes Wide Shut… C’est donc son ami Steven Spielberg qui a repris le scénario et qui l’a adapté à sa manière.

Le résultat est malheureusement décevant… Et le public n’a d’ailleurs pas vraiment suivi cette aventure lors de sa sortie. Et pourtant, le sujet avait de quoi nous émerveiller.

Spielberg a tenté de le faire, mais à mon goût, le film est trop sentimental, trop faux pour que l’on croit vraiment à cet enfant-robot pourvu d’émotions et de sentiments.

Ce long-métrage a de quoi nous faire réfléchir sur le futur et la fonte des glaces ou comme on en avait déjà parlé dans 2001, l’odyssée de l’espace, de la fameuse intelligence artificielle et de ses robots mais cela ne prend pas.

Regardons la scène avant d’en parler davantage. Bonne projo !

 

 

Ce qui est étrange chez Spielberg est la représentation qu’il fait des extra-terrestres. C’est comme s’il les connaissait et les avait déjà vus ! Je m’explique : que cela soit dans Rencontre du troisième type, La Guerre des Mondes ou le dernier Indiana Jones : l’image de l’extra-terrestre est tout le temps la même : une espèce de grande et fine personne sans vraiment de trait au visage qui semble flotter dans l’air, ou en marchant, et qui ne nous inspire que de la peur et de la méfiance. En fait, il nous représente l’extra-terrestre comme on l’a toujours montré à l’écran et jamais d’une autre façon. 

Mais revenons plus spécifiquement à la scène d’aujourd’hui :

A l’inverse de ce dernier film, Spieblerg nous montre un robot à l’opposé de Hal du film de Kubrick : alors que celui-ci est programmé pour remplir une mission, quitte à devoir tuer les membres de son équipe, le robot de Steven, David, n’a qu’une seule mission qui est d’apporter de l’amour, du réconfort et des émotions fortes.

La scène que je vous montre aujourd’hui renforce mon opinion : en cherchant à tout prix un sentiment d’apitoiement ou de faux bonheur, la scène dégouline de bons sentiments à l’image de la photographie du film. On remarquera à ce propos le changement radical de la photo dans les films de Spielberg que l’on retrouvera plus tard dans ses longs-métrages suivants (Catch me if you can, Minority Report ou encore La Guerre des Mondes).

Cette lumière a pour principe d’effectuer beaucoup de contre-jour et de créer une sorte d’image quelque peu floutée avec des couleurs très claires ressortant le plus souvent, parfois même sepia, mais tellement éblouissante qu’il en devient impossible de voir les images. Cela lui permet certes d’effectuer quelques transitions ou quelques changements de plans mais au final, il en reste un résultat trop mielleux.

Nous sommes évidemment dans le futur, et c’est certainement pour cette raison qu’il a choisi ce moyen. Mais en rajoutant en plus une musique languissante, triste et elle aussi remplie de bons sentiments, la magie ne prend plus tellement le trait est exagéré.

On pourra aussi remarquer la voix off qui baigne dans le film et qui est un autre point commun au film de Stanley Kubrick permettant ainsi de donner des informations supplémentaires aux spectateurs et de le guider dans le choix de la vision du spectateur. On l’a d’ailleurs souvent assimilé à la voix du réalisateur/scénariste contant son histoire…

 

Enfin, même si j’ai été dur envers ce film, je peux tout de même comprendre ceux qui l’ont aimé et qui l’attendrissent, comme notre héros David attendrit sa chère maman.

 

 

Un jour / Une scène : « Duel » de Steven Spielberg – 1971

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Poster le : 15-12-2008 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Un jour / Une scène

Après Stanley Kubrick, nous allons à partir d’aujourd’hui nous intéresser à un autre grand réalisateur, fan du premier et qui n’est autre que Steven Spielberg. Nous continuons avec un réalisateur américain car pour moi, ces deux réalisateurs se complètent. Dans un premier temps parce qu’ils se connaissaient bien et parce que Spielberg s’est toujours défendu en déclarant sa passion pour le cinéma de Kubrick. La preuve en a été la réalisation d’ Intelligence Artificielle qui fut à l’origine une idée de ce dernier.

Spielberg est avant tout LE réalisateur qui a changé la donne à Hollywood vers la fin des années 70 et qui a initié les fameux Blockbusters.

Il faut redire qu’Hollywood venait tout juste de vivre une période incroyable dans son cinéma que l’on appelle aujourd’hui Le Nouveau Hollywood avec comme film phare et emblématique Easy Rider de Denis Hopper. 

Voici ce que Wikipedia nous dit sur ce mouvement : 

 

Le Nouvel Hollywood désigne

un  mouvement cinématographique américain de la fin des années 1960 au début des années 1980, qui modernisa de façon significative la production de films à Hollywood. Ce cinéma, inscrit dans la contre-culture et influencé par le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague française, se caractérise par la prise de pouvoir des réalisateurs au sein des grands studios américains et la représentation sous une nouvelle radicalité de thèmes alors tabous comme la violence ou la sexualité. Le Nouvel Hollywood renouvela également les genres classiques du cinéma américain (westernfilm noir) ou les « déconstruisit » en s’affranchissant des conventions de ceux-ci.

La période relativement courte du Nouvel Hollywood est considérée comme une des phases les plus importantes du cinéma du point de vue artistique, et révéla de nombreux réalisateurs comme Francis Ford CoppolaMartin Scorsese et Denis Hopper.

 

Arrive donc Steven Spielberg, jeune réalisateur tout juste diplômé de la fameuse université UCLA située à Los Angeles et qui va donc être invité à tourner un film de commande pour la télévision dont l’histoire est très simple :

Un jeune commercial roule tranquillement sur les routes mythiques de Californie quand soudain un énorme poids lourd va se mettre à le poursuivre avec qu’un  seul objectif qui sera de le tuer.

Ce film, si vous ne l’avez pas vu, est très intéressant à regarder et surtout marque les esprits pour son histoire et sa réalisation, un exemple donc aujourd’hui avec ce court extrait. Etant paniqué d’être poursuivi par un fou, notre héro se réfugie dans une cabine téléphonique afin d’avertir la police du danger qu’il encourt lorsque soudainement, le poids lourd fou va tenter de lui rentrer dedans pour le tuer.

Mais voyons la scène avant d’en parler :

D’abord le deuxième plan : la caméra est au ras du sol et filme au loin le camion, tranquille à l’arrêt mais, par cette contre-plongée, on peut déjà sentir qu’il prépare quelque chose… Vient le dialogue entre le commercial et la police qui est assez burlesque et qui permet de faire encore plus monter la pression chez le spectateur et commencer à l’énerver au même point que le personnage du film.

Vient ensuite un plan d’ensemble qui présente le lieu d’où l’homme téléphone et enfin le démarrage du camion : pas moins de 7 plans rien que pour cela et pratiquement tous en contre-plongée !

Et ce qui suit est –  je trouve  – fabuleux : la caméra filme toujours le héros mais se situe un peu plus loin face à la cabine téléphonique permettant de laisser un petit passage à gauche pour voir le camion arriver à toute allure afin de l’écraser. De même, à ce moment là, notre commercial prononce cette phrase qui décrit toute l’histoire du film : 

« I’d like to report a truck driver that’s been endangering my life! »

A partir de là, une succession de plans et de situations rajoutant au stress du film (la présence de serpents, d’araignées…) nous arrivent en plein dessus comme ce camion fonçant vers notre ami. 

Je vous invite maintenant à la revoir et n’hésitez pas à laisser vos commentaires ! Bonne projo !

 

 

Un jour / Une scène : « Eyes Wide Shut » de Stanley Kubrick – 1999

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Poster le : 12-12-2008 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Un jour / Une scène

Un peu plus de 10 ans sont passés depuis son précédent film et Kubrick nous offre le plus intimiste de ses films mais certainement aussi le plus personnel et le plus érotique de tous.

J’ai désespérément chercher en vain des scènes accrochantes et mémorables et j’ai été impressionné par le peu de choix sur le web. J’aurais pu vous montrer la fameuse bande-annonce qui est l’une de mes préférées sur la musique de Chris Isaak :


Eyes Wide Shut – Trailer

Revenons plus particulièrement au film maintenant. Encore une fois, il s’agit d’un long-métrage tiré d’un livre ou plutôt d’une nouvelle de l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler et qui est assez fidèle au livre je dois dire, particulièrement lorsqu’il s’agit de la mise en place de l’histoire donc du début du film.

On l’a dit, Kubrick nous fait rentrer dans les moments les plus intimes du couple… et quel couple puisqu’il s’agit de celui le plus connu des années 90 et qui n’est autre que Tom  Cruise et Nicole Kidman.

Eyes Wide Shut reste pour moi l’un de ses films les plus mystérieux et je prends plaisir à le regarder et le re-regarder pour essayer de mieux le comprendre et mieux l’apprécier. On a devant nous un couple qui semble comblé et avoir réussi dans la vie, légèrement bobo on va dire mais dont un propos tenu par la femme va faire basculer cette vie qui nous paraissait si parfaite et sans problème. Elle avoue en effet avoir déjà eu de l’attirance pour un autre homme au début de leur relation. J’aurais d’ailleurs aimé vous montrer cette très grande scène mais je ne l’ai malheureusement pas trouvée…

Bref, cette discussion va changer toute la donne pour le mari qui va commencer à douter, à réfléchir, à essayer de comprendre ce qui ne va pas et où est le vrai problème. Sa quête va le mener vers un monde qu’il n’aurait jamais soupçonné et qui va le changer à jamais.

Kubrick nous parle ici de la banalité du couple, de sa crainte face aux pulsions sexuelles de chacun et de la nature humaine à nouveau. Doit-on rester si fidèle que cela au mariage ou peut-on se permettre d’avoir des rêves érotiques, d’avoir d’autres aventures sexuelles et aller au bout de ses fantasmes ? Chaque mentalité est différente mais quelle est vraiment celle de ce couple « parfait » ?

Dernier film avant sa mort, le réalisateur nous offre une vision tout à la fois pessimiste et optimiste de la vie d’un couple bourgeois moderne. On peut être choqué par ce film mais je n’en comprends aucunement la raison quand je vois ce qui se passe aujourd’hui dans notre société avec justement cette banalisation vulgaire du sexe, du mauvais goût et de la violence. Kubrick réussit à nous mettre mal à l’aise comme spectateur et à nous faire découvrir une nouvelle société primaire… et naturelle ?

La scène d’aujourd’hui est assez différente de mes propos ci-dessus et se situe au milieu du film lorsque Tom Cruise déambule dans les rues de New York, seul, un soir de pluie et où il va sentir la présence d’un homme intriguant le suivre au pas. A nouveau, faites attention à la musique qui baigne cette scène (et le film) et qui permet de faire monter la pression et le suspense, la crainte chez le spectateur. Il n’y a personne… Quelques voitures qui passent en faisant rouler leurs pneus sur des flaques d’eau et cet anti-héros que nous suivons sans trop savoir où il va.

Mélange de plan large et fixe, fondu enchaîné assez lent et travelling suivant les personnages. De même, on retrouve toujours chez lui un personnage qui nous est totalement étranger, que l’on voit de loin et qui nous inspire beaucoup de méfiance…  nous sommes bien dans le cinéma de Stanley Kubrick.

J’espère, pour ceux qui ne connaissent pas encore le cinéma de Stanley Kubrick, que cela leur a donné envie de découvrir ses films et d’apprécier son énorme talent. Je recommande d’acheter bien entendu le coffret de ses films qui est sorti chez Warner Bros Vidéo.

Ici s’achève la rétrospective des films de Kubrick, à partir de lundi prochain, je commencerai une nouvelle section avec les films d’un autre grand réalisateur qui n’est autre que Steven Spielberg.

En attendant, je vous souhaite une bonne projo !

Si la vidéo ne marche plus :

http://www.youtube.com/watch?v=3DExkPNbo7I

Un jour / Une scène : « Full Metal Jacket » de Stanley Kubrick – 1987

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Poster le : 11-12-2008 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Un jour / Une scène

Comme nous l’avons déjà vu, Kubrick a déjà utilisé le film de guerre afin de faire une satire des dirigeants et de leur simplicité. Que cela soit avec Les sentiers de la Gloire ou Docteur Folamour qui nous montrait déjà la folie des généraux et de leur pouvoir en période de guerre froide.

Avec Full Metal Jacket, il revient donc à ce genre mais en nous amenant au fil de l’action et en prenant comme protagonistes de simples soldats.

Il est justement intéressant de voir à quel point Kubrick est dans son temps lorsqu’il s’attaque à un film : liberté sexuelle de plus en plus présente avec Lolita, on vient de le voir Docteur Folamour et la guerre froide, 2001, l’odyssée de l’espace et le premier homme à marcher sur la lune et maintenant Full Metal Jacket et la guerre du Vietnam.

Le film reste pour moi un souvenir important car, l’ayant vu jeune, il m’a beaucoup marqué pour sa violence plus morale que gratuite lors des scènes de batailles. La scène que je vous montre aujourd’hui en est l’explication.

Pour vous briefer rapidement, le film est en deux parties tout à fait différentes mais toutes deux aussi captivantes l’une que l’autre. Alors que la première nous montre l’entraînement intensif de jeunes recrues innocentes face à un supérieur âgé et tortionnaire (mémorable !), la deuxième nous entraîne sur le front en pleine guerre et tend à nous montrer la folie meurtrière des deux camps.

Celle que vous allez visionner ci-dessous se situe en plein milieu du film et sert de transition entre les deux parties.

Nous sommes dans les toilettes de la caserne où le protagoniste principal du film (Matthew Modine) tombe sur un de ses camarades en pleine nuit alors qu’il est de garde. Ce dernier est un gros soldat qui a été durant toute la première partie du film la risée des autres recrues et le bouc émissaire du supérieur tortionnaire. La folie s’est emparée de lui et va le pousser au bout de ses pulsions. En la voyant, vous allez comprendre pourquoi elle me marque encore aujourd’hui. 

Pour parler de la mise en scène, faites bien attention à nouveau à ce travelling arrière qui suit les personnages mais aussi à cette couleur bleue : on a vraiment l’impression d’être au fond de l’océan et que personne ne nous entend, nous sommes en immersion totale en quelque sorte dans cette caserne. De même, comme dans chacun de ses films, la voix off du personnage principal est ici pour nous donner des informations supplémentaires sur la scène.

La musique nous le rappelle d’ailleurs avec ce son bizarroïde qui fait penser à des gouttes d’eau qui tombent dans les toilettes justement, ce qui rajoute à la tension dramatique de la situation. 

Reste la lumière froide qui baigne ce lieu glauque et froid qui fait penser aux films expressionnistes allemands ou encore au tableau du Caravage. Une lumière bleutée vient en effet de dehors et illumine parfaitement et symétriquement les personnages même lors de leurs mouvements.

Pour terminer, je sais que ce film mérite peut-être que l’on montre d’autres scènes encore plus cultes mais celle-ci donne raison à son titre plus particulièrement. Et si cette balle de métal entière   n’était-elle pas celle de cette scène ?

Bonne projo !

Un jour / Une scène : « The Shining » de Stanley Kubrick – 1980

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Poster le : 04-12-2008 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Un jour / Une scène

Nous sommes maintenant dans le film d’horreur, ou fantastique comme vous le souhaitez… 

Il s’agit en tout cas d’une adaptation du livre éponyme de Stephen King, le maître de l’horreur et du suspense pour certains.

Il est intéressant de signaler aussi que la plupart des films de Stanley Kubrick sont des adaptations cinématographiques : Docteur Folamour, Lolita, Orange Mécanique, Barry Lyndon,Eyes Wide Shute etc… L’important est de comprendre qu’à chaque fois,  soucieux du détail, SK a réussi à s’emparer de l’esprit de ces oeuvres littéraires tout en incorporant dans leur adaptation les éléments qui composent son cinéma.

Ici, encore un film qui a dérangé lors de sa sortie : il faut d’un côté attendre longtemps avant qu’il ne se passe quelque chose et la fin reste à nouveau une grande énigme pour le spectateur.

Nous n’en parlerons pas ici pour ceux qui n’ont pas vu le film mais voici tout de même une scène qui vous donnera un avant-goût de ce qui vous attend :

Regardez à nouveau le mouvement de la caméra et ses fameux travellings arrière suivant les personnages ou encore ses fondus enchaînés pour bien souligner la proximité des personnages et de leur situation. La folie commence à s’emparer du personnage principal (incroyable Jack Nicholson) et les éléments semblent se mettre doucement en place. Faites aussi attention à la musique angoissante au possible et qui baigne tout le film !

Par ailleurs, Kubrick avait pour habitude de tourner ses films en format 1.33, ce qui donne cette vision globale de l’image et une compression du haut vers le bas. En voici la raison :

Kubrick tournait en open-matte, en « protégeant » l’ensemble du cadre 1,33:1, pour éviter un charcutage de type pan & scan lors des sorties vidéo et des diffusions à la télévision. C’est pourquoi, ayant d’une certaine façon pris en compte un cadrage alternatif durant le tournage, il exigeait que ses films soient présentés ainsi en vidéo ou à la télévision. Cette volonté remonte à un temps où les écrans 16/9 n’existaient pas (ou n’étaient pas encore répandus).

Je vous laisse maintenant pénétrer dans ce magnifique labyrinthe mais faites bien attention de ne pas vous y perdre ! 

Bonne projo !

 

Un jour / Une scène : « Orange Mécanique » de Stanley Kubrick – 1972

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Poster le : 03-12-2008 | Par : Edouard | dans : Articles récents, Un jour / Une scène

LE film le plus violent de Kubrick ; LE film ayant fait le plus de polémique lors de sa sortie et enfin LE film emblème d’une génération !

Orange Mécanique a marqué les esprits dans les années 70 et les marque toujours aujourd’hui. Le tournage fut éprouvant pour son acteur principal Malcolm McDowell dont le souvenir lui reste gravé dans la mémoire à vie mais pour un résultat qui en vaut la peine, quitte à se raser son cil gauche !

On a donc vu Kubrick traiter de l’humain en rapport à la folie, à l’espace, à l’obsession et nous voilà maintenant en face d’un autre de ses thèmes favoris qui est la violence gratuite.

La scène d’introduction ne se trompe pas d’ailleurs lorsqu’on nous présente ces personnages dans un club tout à la fois glauque et décadent. La musique de Beethoven retranscrite en musique électronique en est un autre exemple ou encore cette façon de parler avec un accent anglais sauvage et prononcé.

Il est surtout intéressant de voir la comparaison avec Barry Lyndon quant à l’évolution du personnage. Ici aussi, il s’agit de suivre un individu cherchant sa place dans une société morcelée et décomposée et à qui il va arriver tout une série d’événements aussi différents les uns que les autres. 

 

La scène d’aujourd’hui est un exemple parfait pour vous décrire la réalisation de Stanley Kubrick. Si vous l’avez déjà remarqué dans plusieurs de ses autres films (Barry Lydon, Shining, Eyes Wide Shut…), on peut voir ici qu’il effectue un travelling arrière légèrement en contre-plongée afin de suivre son personnage en train de déambuler dans un espace où règne une lumière violente et contrastée ainsi qu’un grand focal permettant ainsi d’agrandir les formes et donc le lieu dans lequel nous sommes. 

 

Mais je vous laisse maintenant revoir cette scène ainsi que celle qui suit sur la musique de Guillaume Tell de Rossini et qui pour le coup a dû être bien sympathique à tourner pour les acteurs !

Bonne projo !