Interview – Alistair Banks Griffin – Two gates of sleep

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Poster le : 16-12-2011 | Par : Edouard | dans : Interviews et dossiers

Alistair Banks Griffin est de ces nouveaux talents à suivre et à découvrir. Il nous en donne la preuve en nous livrant les clefs de son premier (et déjà grand film) Two gates of sleep.


  • Après sa présentation au Festival de Cannes en 2010, votre premier film sort enfin sur les écrans français. Pourquoi une si longue attente ?

Lors du Festival de Cannes, j’ai rencontré une productrice qui avait beaucoup aimé le film et qui en avait parlé autour d’elle. Parmi ses interlocuteurs, elle a rencontré le gérant de la société Damned Distribution, Yohann Cornu, qui a lui aussi eu un coup de cœur pour le film et qui a décidé de le sortir en France.

  • Quel souvenir gardez-vous du Festival de Cannes ?

La première projection mondiale a eu lieu dans le cadre de La Quinzaine des Réalisateurs. Je ne m’attendais vraiment pas à être sélectionné si tôt dans carrière. J’étais assez effrayé, car la copie est arrivée la veille de la première projection. J’avais aussi déjà fait de nombreux festivals grâce à mes courts-métrages.

Cannes Day 7: Two Gates of Sleep Part 1 from IONCINEMA.com on Vimeo.

  • Pouvez-vous nous présenter votre premier court-métrage « Gauge » ?

On pourrait dire qu’il s’agit d’un avant-goût de Two gates of sleep. Aux États-Unis, il est bien vu de créer un premier projet assez court qui puisse annoncer votre premier film. Pour celui-ci, je souhaitais refléter l’ambiance et l’atmosphère du film, sans développer la même narration et les mêmes personnages. Pourtant, le scripte de Two gates était déjà écrit au moment du tournage de ce court.

  • Quand avez-vous pensé à « Two gates of sleep » pour la première fois ?

L’idée remonte à dix ans. J’ai longtemps travaillé à un autre scénario, mais qui n’a pu se faire pour des raisons financières. Dans cette frustration, j’ai écrit ce script qui s’est grandement inspiré de mon expérience personnelle à la frontière de la Louisiane et du Mississippi.  J’ai été très marqué par certaines rencontres de personnes vivant dans la forêt. J’ai souhaité retranscrire cette expérience de façon poétique. Je suis toujours frustré en découvrant des films qui se déroulent dans cette région et qui dépeignent une population reculée, voire presque arriérée.

  • Votre film est aussi une vision poétique de la nature.

Il y a une certaine magie qui se dégage de cette ancienne forêt. Elle ressemble un peu au paysage que l’on trouve au Golf du Mexique où vous avez d’immenses arbres et beaucoup de végétation avant de tomber sur une plage déserte. Je n’ai jamais vu un tel paysage ailleurs dans le monde. En 2005, l’ouragan Katrina a causé beaucoup de dégât dans cette forêt ravageant sur son passage 60 à 70% de son ensemble. J’ai été très marqué par cet incident, mais fut aussi impressionné par la vitesse à laquelle elle a repris forme.

  • Vos personnages sont obligés de continuer leur voyage à pied suite à un arbre tombé leur barrant la route,  comme un signe de la nature.

L’harmonie entre les êtres humains et la nature me préoccupe beaucoup. Werner Herzog parle très bien de ce sujet en expliquant au contraire que les deux sont de faux amis. Mon film traite de cela. La nature fait tout pour empêcher à ces deux frères d’arriver à leur but. Jack (Brady Corbet) pense être en harmonie avec elle, mais il ne l’est pas. Après tout, il participe à la déforestation de par son travail. Il y a une certaine ironie ici.

  • Jack semble être le fil conducteur de votre film.

Je ne pense pas ainsi. Son personnage va au-delà de sa propre personnalité. Le film va plutôt dans ce sens.

  • Le titre fait-il référence à Jack et Louis, ces deux frères silencieux ?

Ces two gates (deux « passages ») font à vrai dire davantage référence à la relation entre Jack et à sa mère. Le titre provient d’un passage tiré de l’Odyssée d’Homère où il est expliqué que notre existence change au moment de la mort.

  • Le fondu rose que vous incrustez au moment de la mort de la mère a-t-il un rapport avec cette idée ?

En effet, ces différents fondus que l’on voit dans le film sont des passages visuels qui pourraient symboliser ce passage entre deux mondes. Mais cela reste abstractif, il s’agit aussi d’un changement de conscience.

  • Cette photo est tirée de l’album « New picture for Paradise » du photographe allemand Thomas Struth. De quelle mesure cet artiste vous influence-t-il ?

Je suis un grand admirateur du travail de Thomas Struth. J’avais d’ailleurs toujours avec moi son ouvrage, à la fois pendant l’écriture et le tournage du film ! Je suis non seulement admiratif de ses clichés, mais aussi des textes qui vont avec. Sa série Museum Photographs où il modifie l’espace entre l’humain et les œuvres d’art reflète bien l’intérêt qu’il porte pour l’espace et plus particulièrement le cadre. Rendre tous les contours visibles est un travail particulièrement difficile en photographie. Nous nous en sommes beaucoup inspiré pour la photo.

  • Comment avez-vous justement travaillé avec votre directeur de la photographie Jody Lee Lipes ?

Lui et moi avons au préalable énormément parlé peinture et photographie. Nous avons revu plusieurs films ensemble. Il fallait surtout que l’on passe beaucoup de temps dans les bois afin de trouver les meilleurs endroits à filmer et trouver la composition parfaite. Il nous a fallu dix-huit jours pour tourner ces scènes de nature avec nos deux acteurs et un cameraman. Cette petite équipe entraine une grande liberté de mouvement, d’autant plus que nous n’avions qu’une seule RED Caméra.

  • Comme cette peinture de Rembrandt, votre film est très viscéral entre la mort du cerf et la mort de la mère.

J’ai en effet souhaité confronter l’aspect physique de l’aspect corporel. C’est pour cette raison qu’il dépèce le cerf au début du film. Il s’agit d’une protection entre le corps et l’esprit. Le corps du cerf est aussi important que celui de la mère.

  • Quelle différence faites-vous entre un animal et un être humain ?

Entre son vivant et sa mort, c’est une chose tout à fait différente (Rires). Ce qui m’intrigue est le cycle de la vie et de ce que notre corps devient sans vie. À la fin du film, quelque chose semble vivre dans la fosse que Jack creuse. Tout est connecté : que cela soit pour lui ou pour sa mère. Tout n’est pas terminé. On ne s’en aperçoit pas forcément, mais la musique joue à ce titre un rôle crucial puisque certains passages reviennent souvent par brides. Le son de la terre en couvre beaucoup d’autres. Tout cela est lié au cerf et ce qu’ils en font. Jack a le souci du détail que son frère Louis n’a pas. Leur confrontation est une parabole pour montrer qui nous sommes vraiment.

  • Avez-vous un frère ?

Oui, un frère cadet. Mais il n’a pas encore vu le film. Je ne sais pas trop ce qu’il va en penser (Rires).

  • Comment avez-vous mixé la musique écrite par Daniel Bensi & Saunder Jurriaans qui se mélange avec les bruits de la nature ?

Nous nous connaissons de longue date et ils ont déjà composé la musique de mon premier court-métrage. Cela fait plus de 10 ans que nous travaillons ensemble. Nous avons passé beaucoup de temps avec mon ingénieur du son. Cette balance était très délicate, car je ne souhaitais pas que la composition soit omniprésente. Chaque scène devait avoir son propre son que nous captions lors du tournage.

  • Vous êtes aussi crédité en tant que monteur au côté de votre acteur Brady Corbet.

Il m’a en effet beaucoup aidé lors du processus de montage. Nous avons passé 8 mois en salle de montage à Los Angeles. Je n’essaye pas de monter mon film en leur tournant, mais en laissant part au destin. Le premier scripte comportait beaucoup de description et de dialogue. Au long de la production, je me suis aperçu que les sous-entendus étaient beaucoup plus importants. Durant le tournage, j’ai donc laissé jouer les acteurs selon leur instinct. Entre le début du projet et le film terminé, ce qui a le plus changé se situe au milieu du film.

  • L’Art de bien mourir, Ars moriendi, vous a aussi beaucoup inspiré. On ressent pourtant dans votre film une certaine mélancolie faisant échos au romantisme, comme on peut le voir sur ce tableau de Caspar David Friedrich.

Effectivement, la lumière et la composition font échos au film. Cependant, un tableau ne sera jamais un film et inversement. Il faut donc réussir à se détacher de la simple image. Ce qu’a réussi à faire Lars Von Trier dans son film Melancolia est unique. Mais il vous faut beaucoup de temps et d’argent pour arriver à ce résultat. Nous nous sommes fixé des objectifs de notre côté que nous avons atteints parfois et à d’autres moments non. L’ars moriendi est la plus grande influence du film de par ses connivences avec des questions telles que le passage du temps et celui entre la vie et la mort.

  • « Two gates of sleep » pourrait avoir une connivence religieuse dans ce sens où il fait échos à la phrase « Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière ».

J’essaye ici de m’écarter le plus possible de la religion. Il s’agit plus d’un film spirituel que religieux. Les histoires religieuses sont une sorte de rationalisation de l’existence que l’on ne peut rendre narrative. Un film sert au contraire à créer des images suivant une autre spiritualité. C’est ce que j’aime dans les films de Tarkovski, Bresson ou encore Ozu.

  • Ceci  vous différencie d’ailleurs du cinéma de Terrence Malick dont on vous compare souvent.

Terrence Malick est en terme de nature une autre grande influence, mais en effet, je souhaitais me détacher de son style personnel. En même temps, les questions de fond sont les mêmes, particulièrement celles liées à notre existence.

  • Vous avez fait vos études à la Rhode Island School of Design dont est aussi sorti Gus Van Sant. Comme on le voit sur cette photo, votre film fait aussi échos à son film « Gerry ».

Encore une grande influence que ce cinéaste, mais pas pour cette œuvre spécifiquement.  Avec Gerry, je trouve qu’il s’égare de son style. Peut-être que le film est un peu trop sombre. Je le vois plus pour lui comme un exercice. Je suis cependant fasciné par sa capacité à capter l’attention du spectateur avec si peu d’action. Ce n’est qu’une fois rentré à la Rhode Island School of Design que j’ai découvert que Gus Van Sant en était diplômé. J’ai commencé par découvrir ses courts-métrages, des adaptations de nouvelles de William S. Burroughs.

  • Si Gus Van Sant a été influencé par Borroughs, Faulkner, de votre côté, vous a beaucoup inspiré, précisément avec son ouvrage « Tandis que j’agonise». Un titre qui aurait pu être celui de votre film.

Effectivement ! J’aurai adoré en faire une adaptation, mais il fait partie de ces livres que vous ne pouvez rendre à l’écran. Cet ouvrage fait aussi directement relation aux films de Terrence Malick. À vrai dire, je suis persuadé que « Tandis que j’agonise » est à l’origine de son propre style. Chaque chapitre est un monologue d’un personnage différent décrivant ses pensées. J’ai récemment vu The tree of life et je pense qu’il sera considéré plus tard comme son œuvre la plus majeure. Je n’ai jamais vu cela au cinéma auparavant : il réussit à vous faire redevenir un enfant, la caméra grandit elle-même au fur et à mesure. Je trouve cela brillant.

  • Pouvez-vous nous en dire plus sur votre rapport avec l’essai rédigé par Paul Schrader sur le style transcendantal au cinéma ?

J’ai passé du temps à déchiffrer ce que Paul Schrader initiait avec cet essai. Celui-ci se concentre sur les films d’Ozu, Bresson et Dreyer. Les œuvres de ces cinéastes vont au-delà la simple fonction cinématographique. Le mot transcendantal fait échos à celui de traverser. Il s’agit d’un passage d’un point vers un autre. Le titre « Two gates of sleep » est connecté à cette idée de passage.

  • Un peu comme dans le film « Donnie Darko » de Richard Kelly.

C’est un bon ami et nous en avons déjà parlé. Ce thème apparaît beaucoup dans ses films, particulièrement dans son dernier, The Box.

  • Le film a été produit par la société Borderline Films et par les cinéastes Antonio Campos (Afterschool) et Sean Durkin (Martha, Marcy, May, Marlene). Comment les avez-vous rencontrés ?

Il faut aussi mentionner le producteur Andrew F. Renzi. Nous nous sommes rencontrés au New York Film Festival en 2008. Je venais de découvrir Afterschool et j’ai proposé à Antonio Campos de découvrir mon court-métrage le lendemain. Ils ont lu le scénario de Two Gates et on décidait de le produire.

  • Votre film est sorti en avril dernier dans les salles américaines. Quel accueil a-t-il reçu ?

Le film a plu. Ne s’agissant pas d’un blockbuster, la sortie s’est faite de façon intimiste. Les spectateurs attendaient davantage le film pour se rendre dans une salle de cinéma. Le film est sorti à New York et à Los Angeles et devrait sortir dans d’autres villes du pays. À cela, il faut rajouter le nombre de festivals où le film fut diffusé.

  • New York voit émerger de nombreux nouveaux talents, en dehors du circuit cinématographique traditionnel.

J’aime à la penser. De nos jours, le système est devenu assez flou.  Le principal est de réussir à faire le film que vous souhaitez. Je ne suis pas tant rigide que cela sur la façon dont il est préparé. New York est ceci dit beaucoup plus ouvert à ce genre de cinéma.

  • Vos prochains projets ?

Je travaille justement à New York sur trois scénarios sans trop savoir pour le moment lequel sortira du lot. Je continue aussi à faire quelques courts-métrages et divers projets.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Edouard Brane le 23 novembre 2011

Festival de Cannes 2011 – 17, 18 et 19 mai

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Poster le : 30-05-2011 | Par : Edouard | dans : Articles récents

La mélancolie, l’immigration ou encore le suicide, le Festival de Cannes continue de battre son plein après une semaine cinématographique toujours aussi intense. Entre la politique et la polémique, la Croisette n’en a pas fini de faire parler d’elle.

17 mai

La nature fait parfois mal les choses. Après un marathon non-stop d’œuvres cinématographiques et de soirées cannoises, il fallait bien que cela arrive. En ce mardi 17 mai, le réveil tarde à venir et ne montrera son nez qu’en fin de matinée. Pis, le cumul de fatigue et les courants d’air dans les salles de cinéma peuvent vous être fatal et vous clouer au lit le temps d’une demi-journée.

Le seul déplacement vers le Palais des Festivals se fera donc au Wifi Café. Ce lieu réservé à la presse internationale est non seulement un beau lieu de rencontre pour les journalistes mais surtout l’endroit où la plupart des articles que vous pouvez lire à travers le monde sur le Festival sont rédigés. Après avoir passé l’après-midi devant votre écran d’ordinateur (cela change de celui de la salle), la fin de journée approche forcément plus rapidement que les autres jours et vous acceptez d’aller passer la soirée avec des Anglais dans une villa non loin de la ville qui se terminera légèrement alcoolisée et dans un jacuzzi à 38°C. En somme, le parfait remède pour vous remettre de vos émotions cinéphiliques.

18 mai

Retour aux choses sérieuses. Après s’être plus ou moins accordé une « journée de repos », il faut repartir à l’attaque. Au programme : la projection du dernier Lars Von Trier, Melancholia. Très attendu, le public est déjà présent dès 7h45 devant le Théâtre Lumière pour accéder dans la salle. Trente minutes plus tard, le panneau affichant « complet » est mis en place. Il faut donc se ruer le plus rapidement possible pour une autre projection vers la Salle du Soixantième, dans une sorte de chapiteau où un cinéma a été spécialement construit le temps de la manifestation cannoise.

Pour information, le film a été découvert avant que la fameuse polémique Lars Von Trierienne vienne secouer le Sud-Est de la France. Que les organisateurs aient donc pris la décision de classer le réalisateur danois Persona non grata suite à ses propos nazis est respectable mais ne doit en rien influer sur la qualité du film.

En l’occurrence, ce dernier laisse à désirer. Hommage au romantisme allemand avec tout ce qu’il englobe de mélancolie et de spleen, Melancholia fascine tout comme l’avait fait Antichrist pour sa première séquence et son final wagnérien. Le reste est long, fastidieux et sans grand intérêt. Les deux parties qui composent l’œuvre nous font juste comprendre que Lars Von Trier est en ce moment d’une triste humeur et qu’il ressentait le besoin de l’exprimer à l’écran. L’usage musical du Tristan et Iseult de Wagner est à ce titre de très bonne circonstance au début du film mais perd de sa force après des répétitions sans fin. En sortant de la salle, le film ne fait ni chaud, ni froid, et pourtant… Tout l’aspect mystique de l’œuvre surgira sans prévenir alors que l’on rentre de soirée en vélo devant une lune blanche qui vous éclaire la voie… Vous vous couchez en découvrant que c’est aussi cela que l’on appelle la magie du cinéma. Autre détail, l’étrange similitude entre le nouveau chef d’œuvre de Terrence Malick, The Tree of Life présenté aussi cette année.

Chaque jour, un dépliant vous permet de connaître les séances du jour dans toutes les catégories. N’ayant planifié à l’avance les séances, on se laisse davantage guidé par le temps et les opportunités. C’est ainsi que l’on tombe sur la reprise du dernier Aki Kaurismaki, Le Havre, présenté la veille en compétition officielle. Réalisateur finlandais connu pour son ironie et son esthétisme nordique, Kaurismaki propose pour son premier film en langue française une réflexion sur l’immigration clandestine à l’heure où la France connait bien ce sujet. Acclamé comme étant une bouffait d’air frais dans la compétition, Le Havre est à vrai dire un récit froid et triste à la fois ne dépassant pas un film d’Eugène Green dont les dialogues sont traités de la même façon, face caméra. Heureusement, André Wilms et Jean-Pierre Darroussin sont parfaitement employés ici et il faudrait saluer le directeur de casting pour avoir trouvé des physiques de circonstances.

Twitter peut s’avérer très utile lors du séjour cannois. Grâce à cet outil nouvel génération, des places de dernières minutes sont proposées par des followers pour assister aux projections du jour au sein du Grand Théâtre Lumière. C’est ainsi que l’on découvrir le dernier Naomi KawaseHanezu no tsuki. Au préalable, dans la file, nous aurons rencontré une productrice canadienne et un autre New Yorkais présent tous deux au marché du film pour vendre leur futur projet. Mais retour au Japon.

Certaines (mauvaises) voix ont affirmé que le film avait été sélectionné alors qu’il n’était pas encore fini afin de rendre hommage au Japon suite au terrible tremblement de terre qui a frappé la péninsule nipone. Certaines langues feraient bien de rester là où elles sont. Hanezu est un film poétique comme seul(e)s les japonsais(es) savent les faireet qui vous transporte par de sublimes paysages de rizières filmés à toute heure de la journée. De cette histoire d’amour à trois, la réalisatrice Naomi Kawase rend un bel hommage solennel à la région d’Asuka à Nara et à sa terre devenue aride. Parfois lent, mais aucunement ennuyant.

Après un passage à la Quinzaine des Réalisateurs pour le beau film franco-indien Chatrak de Vimukthi Jayasundara (Caméra d’or en 2005 pour La terre abandonnée), on découvert avec émotion dans la salle consacrée à cette sélection parallèle un siège vide où figure seulement une pancarte avec le nom du cinéaste iranien Jafar Panahi. Toujours aux mains du gouvernement de Mahoud Ahmadinejad, la Quinzaine des Réalisateurs lui a toutefois rendu un magnifique hommage en lui décernant cette année le Carrosse d’or. On ne peut que saluer cet évènement.

Après tous ces films, le rendez-vous est fixé à la Villa Wild Bunch où John Cameron Mitchell nous a gracieusement invité sur la terrasse VIP nous permettant ainsi de croiser entre autre Christopher Thompson et de nombreux distributeurs et attachés de presse.

19 Mai

Cette journée sera marquée par deux perles cinématographiques et une reprise mythique pour une soirée d’anthologie. Le premier choque nous vient tout droit de France avec Après le Sud, premier film de l’assistant-réalisateur Jean-Jacques Jauffret présenté à la Quinzaine des Réalisateurs.

Quatre destins, quatre humiliations. Lors d’une journée d’été où il fait chaud et humide, une mère, sa fille, son petit ami et leur voisin vivent dans le doute et le silence. Leur malheur et la force du destin vont pourtant les rapprocher. De ce pitch assez simple ressort une œuvre visuelle forte et faisant clairement échos aux œuvres d’Antonioni et de Haneke. Bien que l’on puisse y déceler quelques longueurs et scènes rébarbatives, cette fiction n’en est pas moins un claque cinématographique et voit la naissance d’un grand réalisateur et d’une vraie actrice en la personne de Sylvie Lachat.

Après cette découverte, l’étonnement continue sa trajectoire avec le film norvégien Oslo, 31. August de Joachim Trier, où par ailleurs notre voisin n’était autre le critique de L’Express Eric Libiot (qui demeure fasciné comme nous par le Terrence Malick). Comme pour Après le sud, cette histoire se déroule sur une journée et suit l’errance d’un ancien drogué sortant d’un centre de désintoxication et éprouvant des difficultés à se réinsérer dans la vie professionnelle et sociale. Puissante, propre et avec de belles idées de mise en scène, le climat à la fois nostalgique et sans issu que propose Trier entraine le spectateur dans le même voyage que son personnage Anders. En sortant de la salle, nous croisons une attachée de presse qui vient tout juste d’être mandatée par le nouveau distributeur. Une très bonne nouvelle qui fera plaisir au programmateurs des salles françaises.

Ce fut l’un des moments les plus attendus du Festival et certainement l’un des souvenirs les plus forts qui resteront de cette cuvée 2011. Malcolm McDowell, Christiane Kubrick et Jan Harlan étaient en effet rassemblés à l’occasion de la présentation en copie restaurée du Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Ovationné par un public comblé, le moment de grâce de cette projection est arrivé lorsque Christiane Kubrick a prie le micro pour déclarer: « Je sais que Stanley nous regarde ce soir et qu’il serait à nouveau fier.». L’œuvre, elle, n’a rien perdu de sa puissance et apparait encore plus violente que jamais.

Pour célébrer les 40 ans de la sortie d’Orange Mécanique, la Warner a par la suite prévu une soirée privée dans la Villa du journal les Inrockuptibles où les jardins ont été recouverts des décors du film jusqu’aux habits du personnage d’Alex portés par les serveurs. Oui, Kubrick était bien là ce soir là et semble être encore présent en ce samedi 20 mai avec la présentation de Drive de Nicolas Winding Refn. Mais ceci est une autre histoire à venir.

Edouard Brane

Festival de Cannes 2011 – 14, 15 et 16 mai

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Poster le : 30-05-2011 | Par : Edouard | dans : Articles récents

Festival de Cannes, deuxième. Une semaine après son lancement, la manifestation cinématographique bat son plein, les soirées fusent et la fatigue s’installe. Malick et son Tree of life émerveillent, le film autrichien Michael divise tandis que Charlotte Rampling hypnotise toujours autant.

Qui se ressemble s’assemble. Les journées à Cannes pourraient paraître identiques si ses films et ses festivaliers ne faisaient pas la différence. Le rituel quotidien est le même tout comme les horaires des séances. Mais les rencontres et les diverses découvertes dans les salles cannoises sont de jour en jour plus étonnantes.

Comme exemple, prenons la projection du film autrichien Michael traitant du sujet difficile de la pédophilie. Il fait lourd, gris et la pluie ne va pas tarder. Dans la queue, on rencontre un de nos confrères de France Culture qui vient d’arriver et qui s’apprête à interviewer Robert Guédiguian. Plus tard dans la salle, l’œuvre fait froid dans le dos et le climat oppressant porté par l’acteur Michael Fuith est aussi angoissant que la pluie qui tombe dehors et qui se fait violemment entendre. A la sortie, on est impressionné par la maitrise de cette mise en scène faisant clairement écho aux œuvres de Michael Haneke. Enfin un film pas si mal que cela après le déjà éprouvant We need to talk about Kevin.

En fin de journée, la foule se presse autour des marches pour tenter d’apercevoir Johnny Depp et Penelope Cruz à l’occasion de l’avant-première du dernier opus de Pirates des Caraïbes. Trois jours auparavant, une femme italienne et sa fille nous abordaient dans la rue pour nous demander où elles pouvaient bien trouver l’équipe du film pour un simple autographe… C’est aussi ça Cannes : remuer ciel et terre pour une simple signature sur un bout de papier.

On pense fort à elles tandis que l’on se dirige vers la Quinzaine des Réalisateurs pour découvrir le premier film de Roland Edzard, La fin du silence. De cette histoire de famille qui tourne mal dans le paysage mystique des Vosges, on se souviendra surtout de l’interprétation du jeune Franck Falise en enfant terrible au comportement animal. Le reste est assez brouillon même si une force se dégage de la mise en scène austère et glaciale de Roland Edzard, ancien élève de l’école du Fresnoy.

Pour se remettre de ces deux films rudes, direction la Villa des Inrockuptibles à l’occasion d’un concert en plein air de 2 many DJ’s où l’on croise Xavier Desmoulins ou encore Jean-Paul Cluzel.

On se dirige ensuite au pavillon américain pour la soirée du nouveau film de Jonathan Caouette, Walk away Renée. L’occasion y est de rencontrer de nouveau John Cameron Mitchell, beaucoup d’américains… et de boire de trop.

La soirée se termine chez Variety où l’on rencontre une délégation de Danois aussi ivres que nous et qui vident bouteille de rosée sur bouteille de rosées. Plus dure sera la chute le lendemain matin au réveil…

15 mai

Enfin une bouffée de fraicheur ! Depuis le début du Festival, seul Woody Allen nous avait apporté de la bonne humeur. L’équipe du film The Artist est venue nous en apporter à son tour.

Mais avant l’optimisme vient le pessimisme. Prix de la mise en scène au dernier festival de Sundance, Sean Durkin est venu sur la croisette avec Martha, Marcy, May, Marlene. Campé entre autre par Brady Corbet, ce film typique indépendant made in US est malheureusement au-dessous de nos attentes. Les années précédentes ont pourtant permis de découvrir deux immenses futurs réalisateurs avec Two gates of sleep de Alistair Banks Griffin et Afterschool d’Antonio Campos. Appartenant à ce nouveau groupe de cinéastes conceptuels, Sean Durkin de son côté nous entraine dans une secte remplie de jeunes filles en manque d’amour rassemblées autour d’un gourou qui pratique sur elles des actes peu orthodoxe… Si la lumière tamisée de son film joue beaucoup dans sa réussite, le reste est assez anodin et propose un récit peu accrocheur auquel on adhère peu. Il semble d’ailleurs que l’acteur Andy Gillet qui était notre voisin et qui s’est assoupli a ressenti le même sentiment.

A Cannes, le temps passe vite et tout se fait dans la précipitation. N’ayant pu assister le matin même à la projection de The Artist, il fallait trouver un moyen de le découvrir lors de sa projection officielle avec montée des marches à 19h30. Pari gagné puisqu’un contact propose une place à 19h, de quoi laisser le temps d’enfiler un smoking que l’on a soigneusement entreposé dans les bas-fonds du Palais des Festivals. L’occasion y est de faire la connaissance, une fois assis, d’un jeune étudiant en master de Cinéma à la Sorbonne mais surtout de découvrir un beau pari cinématographique. Malgré un scénario convenu et prédictible, on se laisse entraîner dans ces temps modernes entouré d’un brillant Jean Dujardin et d’une sublime Bérénice Bejo.

Direction ensuite au Chéri-Chéri pour la soirée consacrée au film de Sean Durkin. Un espace VIP est uniquement réservé à l’équipe du film tandis que le reste de l’assistance ne semble absolument pas venir du monde du cinéma. On se couchera donc sobre après avoir longuement parlé cinéma avec l’équipe de rédaction du site Allocine.

16 mai

This is the Day. Enfin, nous allons pouvoir découvrir le dernier film tant attendu de Terrence Malick. Il aura fallu parcourir terre et mer pour obtenir une invitation à l’une des projections, celle de 15h. La première de 8h30 a laissé place aux sifflets toujours aussi inutiles des journalistes. De notre côté, une série d’applaudissements des festivaliers ont été entendus et à juste raison.

Malick a pondu une œuvre cosmico-religieuse magnifique, une messe des morts comme jamais vu et entendu au cinéma où l’on retrouve son style avec toujours autant d’émerveillement. Pour tout dire, on partage les propos d’Eric Neuhoff dans Le Figaro lorsqu’il affirme qu’il s’agit peut-être d’un des plus beaux films au monde.

Une nouvelle projection lors de notre retour à Paris nous en donnera en tout cas une meilleure idée et une attention plus particulière. Après une telle expérience, difficile d’enchainer avec un autre film. On rencontre plutôt par hasard une critique de Variety et un autre deScreen International avec qui on échange sur le film en y livrant chacun notre vision.

La force du destin nous entraine au final vers un documentaire consacré à la sublime Charlotte Rampling. Intitulé The Look en rapport à ses fameux yeux verts perçant, on a bizarrement l’impression d’assister à un prolongement du film de Malick tant les propos de l’actrice anglaise sont proches de la métaphysique. Il en ressort un bel hommage rendu davantage à sa personne qu’à sa carrière. Parfois long, le traitement de ce documentaire réalisé par Angelina Maccarone reste néanmoins original grâce au rapport qu’elle noue avec son sujet. Une projection d’autant plus émouvante par la présence de Charlotte Rampling dans la salle qui s’est vue offrir une standing ovation à l’issu de la projection.

Début de soirée sur le bateau Arte où une soirée est organisée par le couturier Castebajac. Très parisienne, la fête bat son plein rapidement et le monde de la mode semble s’y être donné rendez-vous. De quoi se rhabiller vu notre état de fatigue après une semaine intense de festival.

Edouard Brane

Extrait: « La balade sauvage » – Terrence Malick – 1973

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Poster le : 06-06-2009 | Par : Edouard | dans : Non classé

Bande-Annonce: « Les moissons du ciel » – Terrence Malick

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Poster le : 12-04-2009 | Par : Edouard | dans : Non classé

« Che – 1ère partie : L’Argentin » de Steven Soderbergh – 2008

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Poster le : 08-01-2009 | Par : Edouard | dans : Nouveaux Films

Le « Che » de Steven Soderbergh était très attendu et l’attente au final n’a pas servi à grand chose tellement ce premier épisode est moyen.

D’abord ennuyeux, puis inintéressant, je vous laisse écouter mon commentaire audio à chaud :

Bon il est vrai que j’ai un peu parlé politique, mais voici maintenant mon commentaire à froid !

Tout d’abord je vous invite à lire cet article provenant du journal Le Monde et qui est intéressant pour ceux qui désirent en savoir plus sur le financement et le tournage du film :

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2009/01/06/pour-steven-soderbergh-une-gestation-longue-de-sept-ans_1138436_3476.html#ens_id=1088095

 

Revenons au film lui-même maintenant. La question qui se pose en y sortant est toute simple : Pourquoi ? Pourquoi avoir fait un film sur ce personnage complexe, polémique, aujourd’hui représenté si lointain de la réalité et dont personne ne connaît la vraie nature.

On connaît cependant la vraie histoire et cette vraie histoire n’est pas retranscrite dans le film de Steven Soderbergh. Ce dernier est pour certains un grand réalisateur, pour d’autres un grand guignol. On peut en réalité dire qu’il représente les deux personnages. 

Tandis que Traffic est un film remarquable, au côté de Bubble ou encore de L’Anglais, on ne peut que détester à côté les films de la série Ocean qui servent avant tout à divertir mais qui sont des purs navets. 

Reste quand même un fait établi : Soderbergh est un cinéaste de l’expérimentation et avant tout un vrai passionné de cinéma qui ose jusqu’à faire un remake d’un film difficile de Tarkoski (Solaris) ou encore reprendre des vieux acteurs comme Terrence Stamp en haut de l’affiche.

Alors pourquoi avoir tellement voulu faire ce film ? Voilà ses raisons majeures :

 

« J’ai eu envie de consacrer un film (ou deux) au Che, non seulement parce que sa vie a des allures de roman d’aventures, mais parce que je suis fasciné par les défis techniques qu’entraîne la mise en application d’une vision politique de grande envergure. J’avais envie d’illustrer en détail les efforts psychiques et physiques que nécessitèrent ces deux campagnes ; de montrer le processus par lequel un homme doté d’une volonté indomptable va découvrir sa capacité à inspirer et mener d’autres hommes. Le Che ne l’aurait sans doute jamais admis, mais le style compte. Il compte assurément dans un film, et il est un élément crucial dans la compréhension de ces deux films. Le Che : 1ère Partie est encadré par des images de la visite du Che à New York en 1964. C’est au cours de ce voyage que celui-ci exprima, sur la plus grande scène du monde, son mépris pour l’impérialisme et pour tous les pays d’Amérique Latine qui se plieraient aux demandes des États-Unis. Le corps du film évoque la Révolution Cubaine à travers le regard du Che. Les cadrages en Cinémascope et le formalisme des compositions préfigurent l’issue de cet affrontement classique entre oppresseur et opprimé. Mais combien sommes-nous à connaître le pourquoi, le comment et les acteurs de la Révolution Cubaine ? »

 

Mouais, je ne suis  pas emballé par ces propos. Alors que pensez du film ? Il est lent, on l’a déjà dit et l’histoire assez décousue. En voulant jouer sur les dates et les différents moments qui se sont déroulés entre la première rencontre avec Fidel Castro et le discours à l’ONU, on commence à se perdre peu à peu et à se détacher du film progressivement.

Même si à la fin, on pense que ce personnage est un héros, un être parfait de tous les côtés et un homme profond, quelques pistes nous font dire le contraire. Comme ce court moment où une jeune fille raconte à sa mère que Guevara diagnostique le même problème à tout le monde lorsqu’il est chargé de soigner tous les malades d’un village n’ayant jamais vu de docteur.

La pire scène est certainement l’une des dernières où l’on voit un jeune garçon chargé de s’occuper du Che lors de son séjour à New York et qui a peur de lui demander de se retirer pour rentrer chez lui. On voit alors notre personnage dans son meilleur jour afin de montrer qu’en fin de compte, bah cet individu est aussi un homme gentil et attentionné. Même si c’est vrai, cette scène dégouline de bons sentiments et le fait de la mettre à la fin m’a énervé.

Concernant la mise en scène, il y a un peu de Terrence Malick qui traîne par-ci par-là mais il faut avouer que Soderbergh innove dans sa réalisation, et en premier lieu avec ses scènes de batailles. Car une fois rentré dans l’action, le son se coupe tout de suite pour nous faire part d’un dialogue entre le Che et une journaliste américaine, ou encore les pensées du même personnage sur l’événement en question. Le réalisateur bouscule ainsi la représentation basique que l’on connaît d’une scène d’action pour nous faire réfléchir sur les images mais aussi sur les intentions des personnages et leurs objectifs. De même, nous avons la présence d’une musique de film (nul) qui ne semble pas en accord avec les scènes : décousues, parfois baroques et agaçantes mais tout aussi innovantes malgré tout.

En fin de compte, on a l’impression que le film n’a fait que se baser sur des anecdotes des personnes qui ont connu le Che. Certes, il représente ici la réalité, mais il n’en découle aucune réflexion, aucune pensée adverse. Mieux vaut voir dans ce cas un documentaire sur le personnage ou encore mieux en lire une biographie plutôt qu’en faire un film.

J’ai d’ailleurs trouvé cet article remarquable concernant la représentation du Che et qui est très intéressant à lire après avoir vu le film.

 

 

Le Che de Steven Soderbergh : quand Hollywood fait de la propagande castriste !

Par Laurent Muller, Président de l’Association Européenne Cuba Libre

Termine actuellement une importante biographie sur le Che Guevara



La sortie du Che du réalisateur américain Steven Soderbergh est une magistrale leçon « d’alliance stratégique ». A travers Hollywood, le régime cubain s’offre une gigantesque campagne de propagande. Le « saint laïc » du castrisme est placardé partout sur tous les murs possibles.

 

Propagande, le mot est lancé car le film qui s’avèrera très compliqué à comprendre pour tous ceux qui ne connaissent pas la révolution cubaine, reflète purement et simplement la version officielle du régime cubain publiée après la mort du révolutionnaire, c’était en 1967.

 

Car ce n’est pas un hasard si le film sort au moment où le régime mis en place depuis le 1er janvier 1959 s’apprête à fêter son cinquantième anniversaire. Un demi siècle de parti unique, de pouvoir totalitaire qui a abouti à l’appauvrissement spectaculaire des Cubains et à la mort de dizaines de milliers de personnes de par l’action conjuguée des pelotons d’exécution, des fuyards coulés en mer et des guerres dans tous les coins de la planète. Et voici qu’à Paris, on ose placarder un peu partout le slogan Viva la Revolución !

 

Le film est long, très long. Il reflète de nombreuses demi-vérités qu’il manipule à souhait, telles la liste des problèmes politiques et sociaux de Cuba dans les années 50, assénés comme de pures vérités par Fidel Castro lui-même au début du film. Cuba est décrit comme un pays arriéré gouverné par une sanglante dictature avec le soutien explicite des Américains. Les capitalistes et leurs « laquais » boivent tels des vautours, le sang du peuple cubain….l’expression est connue.

 

L’histoire se limite aux deux années passées par le Che dans la guérilla, deux années au regard de l’histoire, limitées à des escarmouches que le régime a passé  son temps, depuis un demi-siècle,  à réinventer comme une guerre sanglante. Fait saillant, pendant cette période, le traitement des soldats faits prisonniers par les rebelles est d’autant plus humain qu’il tranche avec le sort réservé aux ennemis civils et autres opposants après la prise du pouvoir.

 

Soderbergh rappelle que le Che a reconnu à l’ONU, en 1964, lors d’un discours à partir duquel le film met en scène des flash-backs sur la période de la guérilla cubaine,  que « le régime révolutionnaire avait fusillé, fusillait et continuerait à fusiller tant que cela serait nécessaire ». Le réalisateur ne pouvait pas le cacher. Mais, manipulation ignoble pour les très nombreuses victimes, il ose justifier les exécutions en montrant que les seuls condamnés à mort à Cuba le sont pour des motifs justifiés : assassinats, vols, et viols. Ce que ne montre pas Soderbergh, ce sont les centaines de démocrates rebaptisés « contre-révolutionnaires », « bandits » ou encore « vermine » fusillés, à l’initiative de Guevara, pour leur anticommunisme, et tous les innocents accusés sans preuves de « traîtrise » pour que « l’ Argentin » impose son autorité par la terreur. Pourquoi n’a-t-il pas montré l’exemple le cas du paysan Eutimio Guerra auquel le « Che » tire une balle dans la tête, ou de Juan Pérez, accusé sans preuve et fusillé devant ses enfants. Pire, Soderbergh montre des « casquitos », des jeunes appelés montrés par le film en train de se défendre sur le toit d’un hôtel et qui sont fait prisonniers. Ce qu’il ne montre pas c’est son « Che » ordonnant à un de ses subordonnés, le docteur Sérafin Ruiz de Zaraté, de les faire immédiatement fusiller, ce à quoi ce médecin répond : « Mais Che, il faut leur faire un procès » et Guevara de lancer pour la première fois cette phrase mainte fois répétée : « Ne traînez pas pour dicter les sentences, ceci est une révolution, n’utilisez pas les méthodes légales bourgeoises, les preuves sont secondaires. Il faut procéder par conviction. C’est une bande de criminels, d’assassins…si je le pouvais, je prendrais une mitrailleuse et ta, ta, ta… »

 

Autre sujet choquant pour ceux qui s’attendaient à un minimum d’objectivité, le dernier tiers de « l’Argentin » décrit « la terrible bataille de Santa Clara », une bataille apparemment sanglante avec des bombardements hollywoodiens suivie de la prise d’un « train blindé » qui n’avait de blindé que le nom. Ces épisodes sont depuis la prise du pouvoir par Castro les justificatifs de la qualité de « guérilléro héroïque » et l’attribution au Che de la victoire militaire contre Batista, et ce à l’encontre de la vérité historique. Or, non seulement Guevara n’y participe pas en tant que combattant et encore moins sa future épouse, Aleida March, comme le montre l’affiche du film,  mais la « terrible bataille », selon les souvenirs de Guevara lui-même, est confortée par de nombreux témoins, ne fait qu’un seul mort, un jeune combattant surnommé el Vaquerito, qui avait paradé devant des mitrailleuses ennemies ! Quant au train blindé, il a tout simplement été vendu par son responsable, le colonel Florentino Rosell, parti le jour même en exil à Miami.

 

Autre demi-vérité, Soderbergh montre son héros blessé se faire soigner dans un hôpital mais pas un seul instant il ne laisse comprendre que Guevara s’est luxé le bras en faisant une chute accidentelle. Ce n’est donc nullement une blessure due à son courage légendaire, ce que croiront certainement les spectateurs invités à admirer la bravoure du « héros ».

 

Il y a bien des choses à dire sur le Che, bien des vérités à rétablir, comme celle de l’usurpation de son titre de médecin, sa participation au déluge sanglant qui va mettre en place un système totalitaire, son bilan économique, ou encore les raisons de son départ précipité de Cuba en 1965. Celles-ci ne peuvent pas appartenir au film de Soderbergh. La meilleure preuve est que le film a été projeté, sans la moindre censure à Cuba où l’acteur principal, Benicio del Toro a une fois de plus dédié un hommage au Che et rencontré Fidel Castro. Pour la presse officielle, la seule autorisée dans l’île, le « journaliste » chargé de la critique n’a émis qu’une toute petite réserve, celle que le rôle de Fidel Castro n’ait pas reflété tout le charisme du Lider Maximo…

 

Je vous laisse maintenant en vous invitant à regarder la conférence de presse passionnante qui a suivi la remise du prix du meilleur interprète masculin à Benicio Del Toro pour son rôle donc de Ernesto Che Guevara. Bonne projo !

 

Un jour / Une scène: « Les Moissons du Ciel » de Terrence Malick – 1978

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Poster le : 04-11-2008 | Par : Edouard | dans : Un jour / Une scène

Je vous propose aujourd’hui la bande-annonce du magnifique film de Terrence Malick sorti en 1978 : Days of Heaven.

Alors que je vous avais proposé une scène du dernier film de Malick Le Nouveau Monde, j’ai préféré ici vous présenter sa bande-annonce car il est difficile de ressentir vraiment quelque chose en voyant juste une scène de ce film. Il est un tout. Grandement inspiré des peintures du peintre Edward Hopper, ce film baigne dans une lumière orangée et où la caméra suit doucement les acteurs dans la nature et ainsi permet de mieux cerner la place de l’homme dans l’espace.

Comme dans le premier film de Malick La Balade Sauvage, l’histoire raconte l’errance de quelques protagonistes qui sont perdus et ne semblent plus avoir de repères dans la nature américaine et vont devoir défier la loi afin de survivre. Il est d’ailleurs intéressant de notifier que Terrence Malick n’a réalisé que quatre films dont deux qui se déroulent aux Etats-Unis et deux sur des territoires inconnus qui vont avoir une influence notoire sur les différents personnages du film.

Je vous laisse en attendant voir cette bande-annonce baignée par la musique d’Ennio Morricone et de Camille Saint-Saëns. Bonne projo !

 

 

Un jour / Une scène: « Le Nouveau Monde » de Terrence Malick – 2006

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Poster le : 22-10-2008 | Par : Edouard | dans : Un jour / Une scène

Voici aujourd’hui l’une des plus belles scènes de Cinéma tirée de l’un des plus grands films du septième art : Le Nouveau Monde de Terrence Malick.

Il s’agit de la toute première scène du film. Fermez donc les lumières, fermez votre téléphone, mettez en plein écran et laissez vous emporter par la musique de Richard Wagner et par ces images magnifiques.