« La Force du destin » – Verdi – Opéra de Paris

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Poster le : 16-11-2011 | Par : Edouard | dans : Opéra

Il aura donc fallu attendre trente ans avant que La Force du destin ne revienne au programme de l’Opéra National de Paris. Ce sacrilège est aujourd’hui bel et bien réparé avec la nouvelle production signée Jean-Claude Auvray. Attendue, celle-ci baigne entre l’époque du risorgimento et du romantisme, sans véritablement convaincre.


C’est peu dire que La Force du destin était attendue à Paris. Trente ans que les spectateurs parisiens essayaient de la guetter au gré des saisons qui se succédaient. 2011 aura donc été l’année salvatrice de ce mal qui commençait à devenir de mauvais augure. Coproduite avec le Liceu de Barcelone, la nouvelle production proposée en première à l’Opéra de Paris a été confiée à Jean-Claude Auvray. Illustre metteur en scène d’opéra, Mr Auvray n’en est pas à son coup d’essai, lui qui a déjà mis en scène de nombreuse fois La Force du destin par le passé. À partir de ce constat se pose immédiatement la question de savoir pourquoi Nicolas Joel a choisi un metteur en scène de l’ancienne génération pour une telle reprise. Car le résultat n’est que des plus classiques et manque de folie et d’énergie.

Le principe est ici simple : reprendre le système des toiles peintes par addition ou soustraction (…) afin de créer des images davantage suscitées par le discours émotionnel de la musique, que par l’action purement narrative vécue par les personnages. Ce parti-pris permet de créer de belles images magnifiées par la lumière de Laurent Castaingt et les somptueux costumes d’époque de Maria-Chiara Donato (fin de l’Acte 1 dans l’église du couvent, début de l’Acte 2 avec la plainte mélancolique de Don Alvaro et finale dans l’ermitage). Mais qu’en est-il du reste ?  Que ceux qui s’attendaient à voir un grand spectacle passent leur chemin, le budget semblant être directement allé dans la production de Faust de Jean-Louis Martinotti. Nous aurions par exemple préféré redécouvrir l’excellente mise en scène de David Alden présenté en 2006 à l’Opéra de Munich. Il sera en revanche intéressant de découvrir la captation audiovisuelle de cette nouvelle production réalisée par Olivier Simonnet. Pour cela, il faudra se rendre dans les salles de cinéma le 8 décembre prochain pour se faire une meilleure idée de cette mise en scène somme toute cinématographique.

La force de Philippe Jordan

Rien ne l’arrête, il triomphe dans tous les répertoires qu’il dirige. Après son imposante tétralogie wagnérienne et son Cosi Fan Tutte à Garnier, le chef d’orchestre Philippe Jordan se voit de nouveau couronné maître de la soirée grâce à sa puissante direction. Il faut le voir diriger pour le croire : le buste relevé et la tête haute, la rigueur germanique passe parfaitement chez Verdi. Habituée à être entendue lors de nombreux concerts et autres récitals, l’ouverture si connue de La Force du destin n’a jamais aussi bien résonné que dans l’enceinte Bastille grâce à des cuivres et des percussions élevées au plus haut niveau. Autre moment de grâce, le Pace,Pace entonné par la vigoureuse Violeta Urmana (Donna Leonora) accompagné par la gracieuse harpe d’Emmanuel Ceysson.

Porté malade, Marcelo Alvarez a laissé sa place au ténor spinto Zoran Todorovich (Don Alvaro) qui se débrouille tant bien que mal à la différence du baryton Nicola Alaimo (Fra Melitone), grande révélation de la soirée par sa présence physique et son enthousiasme. À ses côtés, la basse Kwangchul Youn (Padre Guardiano) maintient une voix ecclésiastique à en faire perdre la foi. Il manque simplement de l’audace et du panache à cette production qui ravira les adeptes du genre classique. Qu’importe, la musique est bien à son avantage : Viva V.E.R.D.I comme qui dirait.

« Otello » – Verdi – Opéra de Paris

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Poster le : 21-06-2011 | Par : Edouard | dans : Opéra

Pour son grand retour à l’Opéra de Paris, l’immense soprano Renée Fleming interprète Desdemona dans l’Otello de Verdi. Un retour aux sources magnifié par sa présence en dépit d’une mise en scène un peu simpliste aux décors faussement colonialistes.

Avec Cosi fan tutte de Mozart et Otello de Verdi, l’Opéra de Paris conclue sa saison 2011/2011 en proposant deux œuvres majeures de deux maîtres de l’art lyrique. Pour le premier, il s’agit du dernier volet de sa trilogie écrite avec Lorenzo Da Ponte, pour le deuxième, un nouveau discours musical continu qui s’installe. Les deux œuvres trouvent avant tout leur point de corrélation dans leur inspiration shakespearienne, d’un côté avec implicitement la comédie Peines d’amours perdus, de l’autre avec la tragédie Othello.Pour présenter ces deux chefs d’œuvre, Nicolas Joël, directeur de l’Opéra de Paris, a choisi de recourir à deux anciennes productions de la maison. Pour Otello, ce sera celle d’Andrei Serban créé en 2004. Force est de constater que celle-ci n’atteint pourtant pas la puissance dramatique nécessaire pour retranscrire cette passion dévastatrice entre le maure Otello et la pâle Desdemona. En dehors de son ouverture fracassante et du monologue mortuaire de Jago faisant face à la salle lumière rallumée, le reste n’est que répétition. L’usage vidéographique en est d’ailleurs le premier à souffrir avec des images d’une mer déchaînée, d’orages rugissants, de nuages assombrissant et de feux d’artifice jaillissant de toute part. A ses côtés, un jeu de rideau noir et blanc symbolisant le bien et le mal vient perturber le jeu scénique des chanteurs. Son utilisation peut au début paraître intéressante au regard de l’importance que porte le voile dans cette histoire mais le décor de Peter Pabst est quant à lui bien trop réducteur. Sont présents de simples murs blanc, un palmier qui doit se sentir bien seul, un feu surdimensionné et peu réchauffant et des paravents laissant passer les courants d’air. A l’opposé de ce minimalisme, il y a cependant trois chanteurs habités, hantés et mesurés.

La peur, l’effroi, la mort

Dans sa note de production, le metteur en scène Andrei Serban propose une intéressante vision d’Otello en affirmant que celui-ci souffre d’ « une peur de la sexualité associée à l’effroi de la mort ». Peur, effroi, mort : trois mots résumant parfaitement l’état d’âme d’Otello, Jago et Desdemona. Si ces sentiments ne jaillissent pas de la scène, ils découlent de la voix et de la présence physique des chanteurs. Au premier plan, il y a la soprano Renée Fleming qui dès son entrée sur scène s’impose d’elle-même et vient confirmer son talent. Dans un texte paru en 1888 présenté dans le programme, le librettiste de l’opéra Arrigo Boito conseillait  aux interprètes de Desdemona « de ne pas faire les beaux yeux, de ne pas agir avec le corps et les mains (…) et de ne pas vouloir faire d’effets. Si l’interprète est intelligente et respectueuse de l’œuvre, elle impressionnera sans vouloir faire impression ». Tout le talent de Renée Fleming se retrouve en ces quelques mots. On pourrait en dire de même du baryton Lucio Gallo qui porte en lui le physique et le timbre de Jago, cet « être malfaisant, ce critique au multiples visages ». Face à eux, l’Otello du ténor Aleksandrs Antonenko est bel et bien sombre et profond, manque seulement une vraie folie shakespearienne. Mais comme l’écrit très justement Christophe Ghristi dans le programme : « Ici, les âmes s’accordent et se répondent ». C’est précisément ce qu’entendra avant tout l’auditeur.

Edouard Brane

Opéra en plein air 2009: « Rigoletto » de Verdi

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Poster le : 19-06-2009 | Par : Edouard | dans : Opéra

Pour la neuvième fois consécutive, l’association « Opéra en plein air » nous propose cette année Rigoletto de Verdi dans une mise en scène de l’acteur Francis Perrin. Une belle initiative que l’on ne peut que féliciter, malgré ses places onéreuses et une mise en scène décevante et manquant réellement d’imagination.


Rigoletto est l’un des opéras les plus connus de Guiseppe Verdi, et l’un des plus joués au monde. L’œuvre contient tous les thèmes d’un grand Opéra : l’amour, la vengeance, la mort, la conspiration, sans omettre la malédiction.

Rigoletto est le bouffon du Duc de Mantoue. Aimé par son maître et détesté par la cour, il n’aspire à vivre que pour sa fille Gilda, qu’il garde secrètement dans une vieille demeure abandonnée. Malheureusement pour lui, le duc s’éprend de la jeune femme et va tout faire pour qu’elle devienne sa future conquête. Durant une réception festive, une malédiction est lancée sur Rigoletto due à son irrespectueuse ironie et son esprit qui blesse puisqu’il n’amuse. Pour le bouffon, c’est le début d’un long chemin vers l’enfer…

L’opéra en plein air a ses avantages et ses inconvénients. Tout dépend en effet de la météo et de la qualité sonore. Chance pour nous, la représentation du samedi 13 Juin était sous le signe du beau temps. Il fut très agréable d’assister à une telle œuvre, avec le Sénat devant nous et la nuit faisant petit à petit son arrivée. Tout dépendait cependant de la place à laquelle on était assise. On pouvait en effet apercevoir beaucoup d’invités à l’orchestre tandis que le public était obligé de se réfugier dans les gradins. Car les places sont coûteuses cette année : compter 39 euros pour le dernier rang et 100 euros pour une bonne visibilité.

Voici ce que l’on peut lire dans la note d’intention de Francis Perrin :  « La mise en scène ne peut en aucun cas se servir de cette œuvre magistrale, elle doit tout au contraire se mettre à son service. C’est-à-dire permettre au spectateur d’écouter, d’admirer et de se laisser envahir par les émotions que les chanteurs nous transmettront au travers de leurs personnages (…) ». On reste tout de même perplexe face à ses propos. Car même si la musique a toute sa puissance, il faut impérativement que la mise en scène apporte sa dose d’énergie et provoque des émotions encore plus intenses en s’appuyant sur la force des sentiments. Il n’en est rien ici. Les chanteurs restent statiques, l’espace scénique est dénué de toute inventivité et la lumière semble être présente juste pour faire joli. Même les costumes semblaient venir d’une très ancienne production.

Quant aux chanteurs ce soir-là, on ne pouvait féliciter qu’Olivera Topalovic qui a magnifiquement bien interprété son personnage de Gilda, avec tout ce qu’il contient d’amour et de tristesse. Rigoletto, interprété par Arnaud Guillou, était décevant par son manque de clarté et d’expression vocale, de même que le Duc de Mantoue, chanté par le Coréen Hyan-Jong Roh qui, à force d’en faire trop, tombe dans la caricature et manque cruellement de présence scénique. Enfin, la direction musicale de Mélanie Thiébaut semble faire défaut à la musique de Verdi en ne prenant pas assez son temps dans les moments tragiques et en insistant trop lourdement sur les instants rapides, particulièrement lorsque le chœur chante.


On ne remettra pas en question la création de l’Opéra en plein air qui a le mérite de faire découvrir de nouveaux talents et d’offrir au public des œuvres du grand répertoire. Il serait cependant plus judicieux de choisir de vrais metteurs en scène afin de vraiment nous impressionner et de provoquer en nous les fortes émotions qui découlent de la musique. Même s’il se veut ouvert au plus grand nombre, l’Opéra en plein air 2009 demeure un loisir cher pour un résultat qui n’en vaut pas son prix.

« Opéra en plein air »

Rigoletto de Verdi, Mise en scène de Francis Perrin

Du 10 Juin au 19 septembre 2009 dans 8 lieux de prestige à travers la France

Plus de renseignements :

http://www.akouna.com/rigoletto/